La nuit ne dure pas de Olivier Martinelli (13ème note éditions)

Mon problème, c’est que je surfe beaucoup sur Internet et que je suis inscrit à beaucoup de newsletter. Et donc, je reçois les newsletter des éditeurs. Quand il s’agit d’un auteur que je ne connais pas, je lis la quatrième de couverture. Et quand celle-ci est alléchante, je ne résiste plus. C’est le cas de La nuit ne dure pas de Olivier Martinelli publié aux éditions 13ème note, dont voici le sujet.

Ils sont trois frères, ils s’appellent les Kid Bombardos, ce sont des adolescents qui font du rock. Il y a Arthur l’aîné bassiste, Seb le benjamin batteur et Dominic le guitariste qui est aussi le compositeur et le chanteur. Tous les trois sont des fous de musique, la musique c’est leur vie, leur sang, l’air qui leur permet de respirer. Tous trois sont inséparables, tous trois ont des caractères bien différents et traversent cette période difficile qu’est l’adolescence.

Arthur, l’aîné, a quitté le domicile des parents, a plongé dans la drogue et tente de s’en sortir. Il travaille dans une librairie, est fan absolu de Fante et voit le groupe comme d’une part la possibilité de démontrer qu’il est capable de faire quelque chose et d’autre part la réalisation du rêve de vivre de sa passion. C’est aussi un être solitaire qui cherche la rédemption au travers l’amour parfait. Le fait qu’il soit le bassiste montre qu’il est la base de la fratrie, qu’il sert d’exemple aux deux autres.

Seb est le plus jeune des trois, et donc forcément influencé par ses grands frères. Il en a marre d’être considéré comme le petit, a un besoin de s’émanciper, de respirer de l’air pur. Sa fugue à Paris lui fait découvrir le monde des adultes avec ses bons cotés (ses rencontres, ses amours) mais aussi les mauvais (se prendre en charge, c’est aussi se retrouver seul). C’est celui des trois qui porte en lui l’énergie, la puissance, la volonté donc c’est le batteur.

Dominic est celui sur qui repose tout le groupe, car sans chanson, il n’y a pas de groupe. En proie au doute, avec ses peurs des responsabilités, il regarde avec beaucoup d’envie son grand frère qui a osé faire le pas de quitter les parents. Car la fuite est bien tentante quand on est au pied du mur, comme peut l’être tous les excipients qui aident à oublier les contraintes de la vie adulte. Sans toucher à la drogue, probablement pour ne pas faire les mêmes erreurs que Arthur, il va boire et baiser les filles.

Vous l’aurez compris, ce sont trois personnages d’adolescents très complets, très différents que nous propose Olivier Martinelli. Avec sa structure en trois parties, faisant parler chacun des frères à tour de rôle, on entre dans leur tête jusqu’à les comprendre, les écouter, et rêver avec eux. C’est bigrement bien construit et bigrement efficace.

Evidemment, ça parle de rock. Chaque partie est découpée en chapitres dont les titres sont des chansons cultes. Et là encore, le choix est parfait. Des Smiths au Velvet, des Tindersticks aux Vines ou Jesus and Mary Chain, en ce qui me concerne, il n’y a aucune faute de goût, mais plutôt une sorte de discothèque idéale. Les nombreuses références vont faire découvrir de bien belles chansons aux néophytes et donner l’envie de se replonger dans des disques oubliés pour d’autres (dont je suis).

Et le style de l’auteur est d’une précision diabolique et d’une poésie désabusée. Quel plaisir de lire un auteur qui sait écrire, qui s’attache aux moindres petits gestes de la vie quotidienne, pour mieux montrer l’état d’âme. Ne venez pas y chercher un roman d’action, ici, on fouille les pensées, on décortique les cerveaux, on détaille les doigts qui tremblent, pour la logique du personnage. J’ai eu l’impression de lire du Philippe Djian et c’est un énorme compliment ! Olivier Martinelli aime ses personnages, et il nous embarque avec lui. On aime ces adolescents qui ont un rêve, qui travaillent pour qu’il se réalise, qui se prennent des baffes, mais qui repartent à l’assaut.

Ce roman n’est ni véritablement un polar, ni véritablement un roman psychologique mais une belle histoire de jeunes gens qui font quelque chose, de jeunes gens finalement pas si compliqués que cela, qui veulent vivre de leur passion et être aimés. Ce roman est à lire comme une œuvre à part entière, à garder précieusement comme un culte, à relire pour mieux écouter les autres.

Tous ceux qui ont fait semblant de jouer de la guitare en écoutant du rock, tous ceux qui ont rêvé de brûler sous les projecteurs, tous ceux qui ont gardé une âme d’adolescent rêveur, tous ceux qui cherchent à comprendre une partie de ce qu’est l’adolescence devraient lire ce roman. Trois parties, comme trois disques, trois superbes portraits de jeunes qui veulent construire quelque chose, trois gamins pour qui la famille est une maison dont ils sont les pierres, ce roman est d’hors et déjà culte pour moi.

Cotton Point de Pete Dexter (Points-roman noir)

Faisant partie du jury www.meilleurpolar.com, pour cette année, voici un roman faisant partie de la sélection 2011, et écrit par un maître du roman noir : Pete Dexter. Accrochez vous !

Nous sommes dans les années 50, à Cotton Point, petite ville de la Géorgie. Une épidémie de rage s’est déclarée, et Rosie Sayers, petite fille de 14 ans, va acheter des munitions au magasin de Paris Trout pour protéger sa famille des renards. « Les gens de couleur s’arrêtaient sur le seuil et attendaient. Les Blancs entraient et se servaient eux-mêmes ».

Sur le chemin du retour, Rosie se fait mordre par un renard, et sa mère, très croyante, croit qu’elle est envoûtée par le diable. Elle la répudie et Rosir est recueillie par Mary McNutt. Le fils de la famille, Henry Ray Boxer, vient de contracter un emprunt pour s’acheter une voiture. Malheureusement, un camion de bois emboutit la voiture et Henry Ray refuse de payer la voiture.

Mais Paris Trout n’est pas de cet avis. Ce qu’il prête, on doit lui rembourser, quels que soient les moyens. Il débarque armé de pistolets avec un comparse qui s’appelle Buster Devonne, et fait un carnage dans la maison, tuant la petite Rosie et blessant mortellement la mère Mary. Mais dans ce coin des Etats-Unis où Paris Trout fait tout le commerce de la ville, la justice n’est pas forcément la même pour tous.

Ce roman est un roman noir, très noir. Ne cherchez pas une once de pitié ou de dégoût envers les protagonistes de cette histoire. Pete Dexter se veut extrêmement précis dans ses descriptions, analytique dans les situations, et complet dans les psychologies des personnages. Il ne se gêne pas pour faire un portrait au vitriol d’un personnage abominable et ignoble, et si vous pensez que le début du livre résumé ci-dessus est déjà dégueulasse, ce n’est rien par rapport à la suite de l’histoire.

Pete Dexter ne juge pas ses personnages, mais il les place au centre de l’intrigue, construisant son roman en chapitres donnant le point de vue de chacun : Rosie la petite fille noire de 14 ans assassinée, Hanna la femme de Trout victime de son mari, Harry Seagraves l’avocat de Trout et Carl Bonner l’avocat représentant Hanna pour sa demande de divorce. Chacun a ses motivations propres et n’est (excusez le jeu de mots) ni blanc ni noir. Chaque psychologie est bien construite, complexe, réaliste, horrible parfois, avec des motivations cartésiennes dans un monde qui change.

Car c’est une démonstration éclatante que nous fait Pete Dexter : L’abolition de l’esclavage puis l’égalité entre Blancs et Noirs va changer la société et les règles qui la régissent mais les gens, eux, doivent changer leur mentalité, ce qui est plus long. Et puis, les riches ont plusieurs moyens de s’en sortir, sachant que Trout est un personnage qui a su se rendre indispensable car gérant le seul commerce de proximité qui fait vivre la ville. Ce Cotton Point se révèle un excellent roman qui amène de nombreuses réflexions.

Psychose de Robert Bloch (Moisson rouge)

Coup de coeur ! Les éditions Moisson Rouge ont la très judicieuse idée de rééditer cet excellent polar qu’est psychose, dont le film est unanimement reconnu comme un chef d’œuvre. Courez acheter ce roman, sans aucune hésitation.

Est-il vraiment besoin de rappeler l’histoire, que tout le monde a vu au cinéma ou à la télévision ? Pour faire simple, Mary travaille dans un cabinet d’avocat et vole une enveloppe contenant 40 000 dollars qu’elle devait emmener à la banque. Elle part rejoindre son amoureux, Sam, qu’elle voudrait épouser mais qui est endetté avec la quincaillerie familiale. Sur la route, elle s’arrête dans un motel tenu par un jeune homme solitaire de quarante ans, qui vit avec sa mère. Norman Bates subit les attaques incessantes de sa mère qui est acariâtre, autoritaire et folle à lier. Dans la nuit, la mère tue Mary et Norman se retrouve obligé de faire disparaître le corps. Sam va chercher à comprendre où est passée Mary, aidé par Lila, la sœur de Mary.

Comme je le disais, vous avez sûrement vu le film, mais moins sûrement lu le livre. Quelle erreur ! Si la trame du film suit l’intrigue du livre, de nombreuses scènes ou dialogues viennent compléter l’œuvre de Sir Alfred Hitchcock. Le maître du suspense a su mettre en évidence toutes les qualités du livre, en apportant sa touche personnelle sur les scènes chocs. En lisant ce livre, je ne peux m’empêcher de penser qu’il était aisé de faire un chef d’œuvre cinématographique, car le roman est exceptionnel.

Car le roman est réellement fantastique. D’un fait divers réel, Robert Bloch a crée un roman à suspense, à haute tension, ménageant de façon extraordinaire une fin très inattendue. Il parsème les indices de façon à la fois minutieuse et pleine d’humour (noir bien entendu), qui donne envie de relire le livre une fois tournée la dernière page. Les scènes s’enchaînent, faisant monter et le mystère, et le stress, jusqu’à la dernière phrase …

La psychologie est minutieusement détaillée, surtout sur la base de réactions ou d’actes, sans oublier les dialogues, qui sont écrits avec une précision et une véracité diabolique. Chaque chapitre propose la vision d’un personnage influent de l’histoire, ce qui fait que l’intrigue avance sans heurts, et que l’on est littéralement projeté dans les personnages. C’est impressionnant de maîtrise, c’est aussi une expérience de lecture inédite.

C’est donc une riche idée d’avoir réédité ce roman, et il me reste à ajouter que la préface de Stéphane Bourgoin nous présente le cas de Ed Gein, le boucher de Plainfield qui a inspiré Robert Bloch et que c’est tout bonnement hallucinant. Enfin, il y a une interview inédite de l’auteur qui vaut le détour surtout pour les anecdotes concernant Sir Alfred. Ce roman n’est pas seulement un livre culte, c’est un roman fantastique.

L’homme qui rêvait d’enterrer son passé de Neil Cross (10/18)

Ce livre faisait partie de la sélection estivale de Polar SNCF 2010, et vient d’être édité en poche chez 10/18. Ce livre, je l’ai choisi pour son sujet, en étant curieux de voir comment Neil Cross allait traiter son intrigue. Et c’est une déception. En voici le sujet.

Un soir pluvieux, un homme sonne à la porte de Nathan. C’est un homme qu’il n’a pas vu depuis de longues années. Il s’appelle Bob et lui annonce que des lotissements sont en cours de construction, que les ouvriers sont en train de creuser dans les bois et qu’ils vont avoir des ennuis. Ils se sont rencontrés quinze ans plus tôt, en 1993, alors que Nathan louait un petit appartement dans une maison de Marple Road. Les loyers étaient si peu chers que beaucoup de chômeurs habitaient là. Bob était le plus ancien et louait le plus grand appartement. Bob était obsédé par les fantômes depuis la mort de son frère.

Quatre ans plus tard, ils se sont perdus de vue. Nathan a trouvé un travail, il fait des recherches documentaires pour une émission radiophonique locale de Mark Derbyshire, une gloire vieillissante. Il vit avec Sara, qu’il croyait aimer, mais il est sur le point de se séparer d’elle car leur couple a perdu ou égaré la magie initiale. En plus, Sara a une liaison avec son patron, ce qui confirme Nathan dans son envie de rompre. Sara a toujours rêvé d’assister à la fête de Noël organisée par Marl Derbyshire et Nathan a toujours résisté. Mais, cette année, ils y vont tous les deux.

Lors de cette soirée, l’alcool coule à flots, Nathan abuse de la cocaïne, et se sent étranger à la fête. Il y rencontre Bob et une jeune femme prénommée Elise. Pendant que Sara se fait draguer par Mark, Nathan, Bob et Elise partent faire un tour en voiture. Ils font l’amour et Elise meurt d’une crise cardiaque. Bob a l’idée de l’enterrer dans les bois. Ils se quittent sans se revoir et Nathan essaie de se reconstruire, miné par le remords. Sara le quitte, et il trouve un poste dans le département Commerce et Marketing d’une entreprise de cartes postales.

Comme je le disais en introduction, le sujet est connu et ce qui m’intéressait, c’était son traitement. Alors, soyons clair, ce livre est plus un roman sur la rédemption et le remords qu’un thriller. Le rythme est lent et la majorité de l’intrigue consiste à montrer et détailler comment Nathan cherche à se pardonner lui-même. Nathan en est le personnage principal et je ne comprends toujours pas pourquoi l’auteur n’a pas écrit son roman à la première personne, ce qui l’aurait rendu plus fort, plus passionnant.

Car c’est bien là l’un des défauts que j’ai trouvé à ce livre. Tout est lisse, très lisse, trop lisse, avec énormément de dialogues, ce qui en fait au global un roman qui se lit vite car il est réellement très court. Même les scènes fortes ne ressortent pas, il n’y a pas de fulgurances, juste une histoire bien menée, bien écrite, mais que l’on suit sans passion. Et donc, on regrette le prix excessif payé pour ça.

Le résultat donne un roman que l’on lit bien et vite, certes, mais qui m’a semblé bien plat, bien commun, bien décevant. D’ailleurs, j’ai bien peur de l’oublier aussi vite que je l’ai lu. Il ne reste plus qu’à attendre le prochain Neil Cross pour voir s’il sera meilleur. Je serais curieux de savoir ce que vous en avez pensé, alors n’hésitez pas à me laisser vos commentaires.

Onzième parano de Marie Vindy (La Tengo éditions)

Mona Cabriole est de retour. J’avais lu deux épisodes peu convaincants avant d’apprécier celui de Antoine Chainas intitulé Six pieds sous les vivants. Celui-ci se révèle un roman policier distrayant.

Paris 11ème arrondissement − 132, bd Richard Lenoir − 4 heures du matin, on retrouve le cadavre de Clotilde Seger dans le lit de Basile Winkler, le chanteur de Surface Noise, groupe de rock français couronné de deux disques d’or. La rock star clame son innocence sans expliquer la présence du corps de cette fille de 20 ans à son domicile.

Mona Cabriole, journaliste au Parisnews, un magazine d’investigations sur Internet, vient de rompre avec Julien, car elle vient d’apprendre que sa femme est enceinte. Elle n’accepte pas d’être en concurrence et se complait dans sa solitude malheureuse. Son rédacteur en chef l’appelle alors pour qu’elle se lance sur l’affaire Winkler.

Elle apprend rapidement qu’il venait d’inviter chez lui le groupe Womanizer, et qu’il a eu l’air surpris de trouver le corps de Clotilde dans son lit, en état de décomposition. Lors de la conférence de presse de la police, elle rencontre l’avocat de Winkler qui l’engage comme enquêtrice. Il lui dit que le corps de Clotilde a été amputé de ses organes vitaux. La police voit en Winkler le suspect idéal, Mona doit donc trouver le coupable pour qu’il soit libéré. Mais est-il vraiment aussi innocent qu’il le dit ?

Tout le roman repose sur le personnage de Mona Cabriole. Cette jeune femme moderne à la recherche de l’amour mais qui ne veut pas s’engager, qui n’est pas jalouse mais exclusive, et qui boit pour oublier ou qui se jette à corps perdu dans le boulot pour ne pas retrouver son lit trop froid. Par rapport aux épisodes précédents, cela me semble être du classique mais je ne les ai pas tous lus pour être plus affirmatif.

Quant aux autres personnages de l’histoire, son amie Clara est quasi absente et donc se retrouvent au premier plan l’avocat de Winkler et les différents membres des groupes de rock. Et là, on aurait aimé plus de face à face avec Winkler. Ceci dit, l’intrigue est bien ficelée, dévoilant le meurtrier un peu tôt à mon goût, mais cela se lit avec plaisir.

Enfin, j’ai trouvé le style agréable, avec une utilisation des mots qui cherche avant tout l’efficacité et la rapidité, comme le fait que les chapitres soient courts. Tout est fait pour donner de la célérité ou du moins une impression de vitesse, ce qui colle bien avec le sujet, puisqu’il faut sortir Winkler de prison rapidement étant donné ses tendances suicidaires. Onzième parano s’avère un roman bien agréable à lire au moment où les températures en soirée nous poussent à lire de bonnes histoires policières sans autre prétention que de raconter une hsitoire.

Novella : Nouveau monde Inc de Caryl Ferey (La Tengo)

4ème de couverture :

Nouveau-monde-Inc.png

Marie croyait partir au ski avec Pierre, pas qu’elle boirait avec ses amis et participerait à leurs jeux imbéciles.
Marie croyait que les accidents de voiture n’arrivaient qu’aux autres, que la mort était abstraite.
Marie ne croyait pas qu’elle rencontrerait un jour un attaché culturel tchétchène, encore moins qu’il l’emmène sur la lune.
Marie ne savait pas que le monde était comme elle : à l’agonie…

Caryl Férey imagine un nouveau monde où les bruits sont en prison, les voitures roulent avec de la merde, la mer est une poubelle et où les gens inutiles sont exécutés. Un monde pas si éloigné du nôtre… L’auteur revisite de façon anarchique et amusée les dysfonctionnements et les aberrations de notre société : productivisme, consommation, racisme etc…

 

Mon avis :

Ce titre est le deuxième volume de la collection Pièces à conviction après Fractale de Marin Ledun, une collection à suivre de très près.

C’est à un voyage un peu particulier auquel nous convie Caryl Ferey. C’est une sorte d’extrapolation de notre monde actuel, bourré d’humour noir à forte dose. C’est comme une pièce de théâtre, donc avec uniquement des dialogues et pourtant, c’est extrêmement expressif. Alors, c’est délirant, on rit jaune puis noir, puis on ne rit plus du tout. C’est une projection de nos pires cauchemars, de ce que pourrait devenir notre société, pleine de racisme, avec des naissances programmées, des morts obligatoires, des déchets partout, des bruits entassés chez les gens pour ne pas gêner les riches. La lecture de ce livre va vous prendre 1 heure maximum, une heure de frissons … Pourvu que ça n’arrive jamais !

La grande morille de Pascal Leclercq (Coups de tête)

Et allez hop ! Un nouvel auteur à découvrir, une nouvelle maison d’édition à rajouter sur ce site, c’est le genre de lecture où on part dans le noir les yeux fermés. Et ça change des romans noirs standards !

 « L’aube se lève à peine sur les collines liégeoises. Le ciel, rose bonbon, est crotté de minuscules nuages bleu marine. Le coq chante une troisième fois et la rue Sainte-Walburge s’anime soudainement : d’un coup, la boulangerie est pleine à craquer, une file de quinze mètres se forme sur le trottoir, tout ça pour des petits pains. De l’autre côté de la chaussée, un fort gaillard de fromager lève le volet d’acier de sa boutique ; il éructe des insanités sur le monde et sur l’état du monde. Marzi, les bras encombrés d’un énorme paquet, lui fait un signe de tête. «Salut, Micheline !» Le marchand de frometon n’a pas l’air de trouver la formule à son goût ; il n’émet cependant aucune protestation verbale. »

Quand je ne sais pas comment résumer un livre, je commence par les premières phrases. C’est en fait l’histoire de Marzi et Outchj, qui sont de petits mafieux et qui n’ont pas peur de consommer des drogues ou tuer la moindre personne qui les gêne ou les énerve. Marzi est clairement un psychopathe énervé et Outchj un obsédé sexuel stressé. Leurs aventures sur 3 jours vont nous faire rencontrer des gens aussi divers et déjantés que des militaires débiles, des vieux grabataires adeptes de substances illicites ou bien des prostituées au grand cœur. Tout cela pour une chasse aux champignongnons mémorable.

Le moindre que l’on puisse dire, c’est que ce roman est drôle, hilarant pourvu que l’on accepte de rire de tout (mais pas avec tout le monde). Le but est de faire une gigantesque blague, avec le style à l’appui, avec les situations burlesques et des dialogues de mauvais aloi. Tout y est décalé, à prendre au deuxième degré, avec beaucoup d’argot, de bonnes phrases, et je dois dire que je me suis bien fendu la poire tout au long du livre.

Les personnages sont tous sans exception des décalés, des tarés, des ramollis du bulbe, des démoulés trop tôt. Ça court dans tous les sens, ça flingue à tout va et pour se calmer, on se fait un chien ou une vieille. C’est inconvenant, irrévérencieux, bourré d’humour noir crade avec juste le décalage qu’il faut que l’on rie plutôt que l’on soit effrayé.

Alors, évidemment, on pense à San Antonio pour le style imagé et délirant, mais dans le genre trash et grossier voire en dessous de la ceinture. Et c’est une belle référence, qui me semble méritée. Il faut juste savoir que les chapitres sont alternés entre le vendredi et le dimanche, et que le narrateur change ce qui peut être déstabilisant. Après, ce n’est que du bonheur, pourvu que l’on soit un peu dérangé de la tête, et ce roman s’avère un moment très divertissant.

Mortelle hôtesse de Bernard Pasobrola (Rail noir)

Voici un nouvel auteur à ajouter à la liste des bonnes découvertes de Black Novel, un bon roman divertissant pour un bon moment de lecture avec de nombreux rebondissements.

Dans un TGV qui relie Paris à Londres, un homme obèse aborde une jeune femme. Ce qui peut paraître pour une vague tentative d’un plan drague éculé s’avère plus mystérieux. Il lui annonce qu’elle s’appelle Nora Katz, travaille pour Healthylived Technology, et lui annonce que son père, qui était à l’hôpital Estivaux, se trouve en fait à Anvers.

Richard Meyer, qui travaille pour une agence sanitaire privée, éconduit le malotru et rejoint Nora. A l’arrivée à Londres, l’homme obèse qui s’appelle Jean Louis Gropparello, est décédé d’une crise cardiaque alors qu’il était équipé d’un pacemaker dernière génération qui aurait du sonner.

Meyer est justement à la recherche de Humbert Katz, le père de Nora, disparu depuis deux ans. Ils se revoient un soir et elle lui explique que son père sort du coma, et qu’il est immuno-résistant à un virus appelé La cécité des diamantaires qui frappe particulièrement Anvers, la capitale des diamants. Les victimes en deviennent rapidement aveugles. Meyer va donc essayer de comprendre qui a tué Gro, tout en poursuivant Nora dans l’espoir de retrouver son père. Il va avoir affaire aux plus grandes multinationales, celles qui combattent les virus mais aussi celles qui fabriquent des détecteurs de virus (sic !), passant par le commerce des diamants.

Pour vous donner envie de lire ce roman, je commencerai par une comparaison : Imaginez qu’un grand auteur (américain ou autre) se mette à situer son thriller en Europe dans le monde de la haute technologie, et qu’il soit écrit avec un style très littéraire. Car, et ce n’est pas une insulte, c’est un roman qui passe d’un pays à l’autre, d’un personnage à l’autre, d’une piste à l’autre pour le plus grand plaisir de lecteurs avides de voyages, d’intrigues et de complots diverses.

Les personnages sont agréables et plaisants à suivre, et en particulier Meyer, habitué à nager en eaux troubles et qui n’a qu’une obsession : remplir sa mission pour le bien de l’humanité. Et l’intrigue est construite comme une chasse au lapin qui est poursuivi par le loup qui est poursuivi par des chasseurs. On voyage de Paris à l’Angleterre en passant par le Portugal ou la Belgique, entre autres.

Et puis la vision que nous montre l’auteur est un peu l’image que l’on peut en avoir aujourd’hui. Tout le monde s’occupe de tout, tout le monde a des raisons de se plaindre, et les grandes entreprises cherchent à s’entretuer (ici, c’est à prendre au premier degré), créant des virus dont ils ont déjà le vaccin pour faire plus d’argent. En plus, on apprend plein de choses sur le monde de la génétique, des diamants, des virologues.

Bref, ce roman est une bonne surprise, surtout que je ne m’attendais pas à cela. Je pensais à un roman d’enquête classique avec son lot de poursuite, et j’y trouve un roman complexe et intelligent, par moments un peu long à lire, mais toujours intéressant à suivre avec son lot de fous du pouvoir, de fous d’argent et de loufoques en tous genres.

Savages de Don Winslow (Editions du Masque)

Voici le dernier Don Winslow, que l’on ne présente plus. Il reprend des thèmes déjà vus dans ses précédents livres et c’est une vraie bombe.

Ils sont trois, trois amis, trois amants, vivant en Californie. Il y a Ben, l’humaniste, non violent, qui créé des organisations humanitaires pour sauver des victimes de torture, des femmes violées, des persécutés dans des pays étrangers. Il y a Chon, la bras armé, celui qui flingue à tout va, car il n’y a pas d’autres solutions parfois. Et puis il y a Ophélie, dit O, une jeune femme intelligente et jouisseuse de la vie. Tous trois ont une petite « entreprise » de trafic de drogue.

Chon a fait la guerre en Irak et en Afghanistan. Outre son désir de survivre, il a ramené de là bas des graines de pavot. Avec Ben, qui a fait des études de botanique, ils inventent une nouvelle graine qui donne lieu à la meilleure drogue que l’on connaisse : l’Hydro. Chon se débarrasse des concurrents dans le domaine et leur petit boulot marche du tonnerre.

Jusqu’au jour où le Cartel de Baja décide de mettre la main sur leur business. Ils leur envoient une lettre de sommation dans laquelle les conditions sont claires :

1-    Vous ne vendrez pas votre hydro au détail

2-    Nous vendrons votre hydro au détail

3-    Vous nous vendrez toute votre hydro, au prix de gros

4-    Sinon …

Suit une cassette vidéo avec des horreurs qui font réfléchir. La bataille va s’avérer bien difficile face à un cartel prêt à toutes les horreurs.

290 chapitres. C’est ce que compte ce roman hors norme. Ces chapitres sont presque des paragraphes, écrits avec justesse et rapidité. Ça va à cent à l’heure mais cela ne suffirait pas à faire un bon roman, un grand roman, un gigantesque roman. Pour cela il en faut un peu plus. Eh bien, ce roman a tout et va intéresser et passionner tout le monde.

Tout d’abord il y a les personnages, dessinés par quelques chapitres, mais tellement vivants. Ce sont de vrais salauds et pourtant on a de l’affection pour eux. On dirait des chiens lancés dans un jeu de quilles, de gentils nounours au milieu d’une meute de loups. Avec Ben, droit dans ses bottes, pacifiste jusqu’au bout des ongles, non violent et bienfaiteur du monde entier, c’est le gentil extrême. Avec Chon, l’ancien militaire ayant connu toutes les horreurs du monde contemporain, c’est un beau portrait de réaliste. Avec O, on o un des plus beaux portraits de femme fatale, amoureuse, sexuelle, le standard de la femme parfaite.

Et puis il y a le style. Outre les chapitres courts, le style va vite. Les lieux, les actions, les caractères sont décrits avec le juste nécessaire. La priorité est à l’action avec toujours cet humour très noir, très blanc, très drôle, ces petites phrases, ces expressions, ces faux proverbes qui ajoutent le grain de sel et qui ajoutent à notre énorme plaisir de lecture. Et on sourit, on rie tout le temps, même quand il se passe des horreurs, même si le rire se transforme petit à petit en sourire, même si à la fin, le contexte prend le dessus sur l’humour pour nous rappeler la cruauté de l’intrigue, et celle du monde.

Car au travers d’un polar speedé, il y a aussi la démonstration du trafic de drogue, de la responsabilité des Etats-Unis dans ce marché parallèle, qui est devenu part intégrante de la société actuelle par des erreurs répétées des différents gouvernements. Don Winslow nous assène ces vérités à nouveau comme il l’avait génialement fait dans La Griffe du Chien. C’est le petit plus qui en fait un grand roman, qu’on ne peut lâcher tant c’est bien fait, bien écrit, passionnant, du grand art !

Le sang des pierres de Johan Theorin (Albin Michel)

Après L’heure trouble et L’écho des morts, voici le troisième roman de Johan Theorin, dont les caractéristiques tiennent en un mot : Atmosphère. Celui-ci n’échappe pas à la règle.

Nous sommes sur l’île d’Öland, pendant les vacances de Pâques. La fonte des neiges est en cours et la nature reprend ses droits. Gerloff Davidsson, 83 ans, vient de voir mourir de vieillesse un de ses amis, l’ancien gardien du cimetière Torsten Axelsson. Alors, comme il pressent sa fin proche, il décide de revenir chez lui. Il décide donc de quitter la maison de retraite pour revenir chez lui, où il va apprécier le temps qui passe et lire enfin les carnets intimes de sa femme.

Comme le printemps arrive à grands pas, de nouveaux Suédois arrivent pour s’occuper de leurs riches résidences. Gerloff va donc avoir l’occasion de rencontrer de nouveaux voisins. C’est le cas de Max et Vendella Larsson. Vendella connaît bien la région pour y avoir passé son enfance et aime à faire revivre les légendes des Elfes et des Trolls. Max est plutôt un homme taciturne et secret qui prépare un livre de recettes de cuisine et prépare de futures conférences.

Vendella adore le footing et va courir avec Peter Mörner qui vient d’arriver lui aussi. Il a repris la maison de son oncle Ernst Adolfsson, l’ancien tailleur de pierres. Peter vient sur l’ile avec sa fille Nilla gravement malade et son fils Jesper, qui passe son nez plongé dans sa Game Boy. Lorsqu’un incendie ravage les entrepôts de son père Jerry, Peter doit aussi loger ce dernier, qui n’est autre que le propriétaire d’une entreprise de revues pornographiques.

Encore une fois, Johan Theorin prend la cadre de l’île d’Öland, et encore une fois, il imagine de toutes pièces le village où se déroule l’action. Action ? Euh pardon. Johan Theorin n’est pas spécialement connu pour faire des romans d’action. Et d’ailleurs l’intérêt n’est pas là. Dans ce roman, qui est situé au printemps, il ne peut pas déployer son talent à faire vivre des paysages mystérieux.

Qu’à cela ne tienne ! il parsème l’histoire des légendes entre les Elfes et les Trolls, les gentils et les méchants. Il parait qu’ils se partageaient l’île, et qu’ils se sont combattus à un endroit situé près de la carrière de pierres, ce qui a donné à la pierre une couleur rouge sang. Vendella, l’un des personnages de cette histoire a vécu son enfance sur cette île, et elle a toujours vécu en compagnie des Elfes, faisant de ces histoires une part de son passé.

Les personnages sont d’ailleurs ceux qui font avancer l’intrigue. On retrouve avec énormément de plaisir Gerloff, ce qui me manquait dans la précédente enquête, mais aussi Peter, un beau portrait de père dépassé par les événements, obligé de se confronter au passé de son père et d’assumer l’héritage bien peu glorieux que celui-ci lui laisse.

Alors, oui le rythme est lent. Mais les scènes, décrites dans des chapitres courts, s’enchaînent avec une logique implacable, pour faire avancer une intrigue qui peu à peu s’enfonce dans des abîmes qui font une telle opposition avec la beauté du printemps. Et l’on est d’autant plus surpris quand Johan Theorin nous jette à la figure une scène choc : on est tellement bien installé dans notre confort que cela nous frappe d’autant plus fort.

Ce troisième tome m’a semblé à la fois très différent des deux autres, et avec tant de ressemblances aussi. Car il y a tant de maîtrise dans les descriptions de la vie de tous les jours, tant de facilité à passer d’un personnage à l’autre, tant de fluidité dans l’écriture, que c’est un vrai plaisir à lire. Mais rappelez vous bien, que si vous cherchez un roman avec de l’action, ce roman n’est définitivement pas pour vous.