Underworld USA de James Ellroy (Rivages Thriller)

S’il y a un livre que vous devez lire, alors je vous conseille celui-là ! Neuf ans ! Cela fait neuf ans que j’attends ce moment. La suite de Underworld USA, la fin de la trilogie sur les événements qui ont bouleversé les Etats-Unis et ont probablement forgé l’histoire du monde. Alors, dès le premier jour … je cours l’acheter : 840 pages, pas gros mais lourd. Mes prochaines soirées vont être bien occupées. La quatrième de couverture est vraiment bien faite. Elle donne envie de le dévorer. Le seul bémol est la photo que je ne trouve pas belle du tout. Je m’étais habitué aux dessins des deux autres volumes.

La période observée à la loupe par ce monumental roman va de 1968 à 1972. Les assassinats de John Kennedy, Martin Luther King et Robert Kennedy viennent d’avoir lieu. Et celui de Martin Luther King engendre des révoltes de la part de la communauté noire. En parallèle de cela, les Etats-Unis sont toujours noyés dans la guerre du Vietnam, et Fidel Castro est toujours à la tête de Cuba. La première partie du roman montre comment le FBI et la mafia font tout pour faire élire Nixon et pour contenir voire annihiler les noirs. C’est Edgar Hoover, à la tête du FBI, qui mène sa propre croisade contre les noirs. Pour cela, il utilise trois personnages qui vont être les protagonistes de ce roman : Dwight Holly son bras droit, Wayne Tudrow un ancien flic et Eddie Crutchfield un détective privé. Avec en filigrane, le mystère d’un hold-up d’un fourgon blindé en 1964 et la construction de casinos en République Dominicaine par les parrains.

Ellroy est historien : Ce roman parcourt tous les jours (ou presque) chronologiquement qui vont montrer l’avènement de la mafia dans l’économie et la politique américaines. La construction est assez classique chez Ellroy car chaque protagoniste a droit à un chapitre. Son imagination, ajoutée aux faits historiques, font de ce roman un monument aussi bien pour les fans de polar politique que pour les historiens contemporains. Car, ne nous y trompons pas : même si la recherche documentaire est impressionnante, je doute que tout soit vrai. Je pense que Ellroy s’est donné comme objectif de réécrire l’histoire américaine, ou plutôt d’écrire sa propre vision de l’histoire américaine.

Ellroy est va droit au but : Là où il est surprenant, c’est dans son style. Nous étions habitués à un style télégraphique, fait de mots assemblés les uns aux autres pour faire ressentir une ambiance. Ici, Ellroy nous fait des phrases, courtes certes, mais des phrases ; et le récit ne perd rien de son efficacité. Au contraire, il y gagne en force, et même en puissance d’évocation. On reste tout de même dans une écriture épurée au maximum. Sans aucun doute, ce roman sera plus facile à appréhender par les néophytes que certains de ses prédécesseurs.

Ellroy aime-t-il ses personnages ? Comme dans tous les romans de cette trilogie, les personnages ne sont pas sympathiques, on ne passe pas une page à décrire leurs états d’âme, leurs actes suffisent à décrire leur personnalité. Et on ne s’identifiera pas à eux, on les suivra parce qu’on veut savoir comment l’Histoire avec un grand H se déroule logiquement, comment tous les petits actes s’imbriquent les uns dans les autres pour arriver à la conclusion inéluctable et connue de tous. Alors, non, il ne les aime pas, il les utilise, il les manipule à ses fins, menant le lecteur par le bout du nez pour suivre sa démonstration, pour donner la priorité à l’intrigue.

Ellroy s’intéresse enfin aux femmes : La grande nouveauté pour les Ellroynomanes se situe dans les personnages féminins. Enfin, on a droit à des femmes fortes, et plus intelligentes et rusées que nos trois … amis. J’avais cru qu’il était incapable d’une telle profondeur, j’avais cru qu’il était misogyne au point de laisser les personnages féminins au second plan dans ses livres et je me suis trompé. On a droit ici à de beaux portraits féminins, de femmes fatales d’une ingéniosité et d’une perversité rares, et j’ai adoré les femmes que Ellroy nous présente que ce soit Celia, Joan ou Mary Beth.

Ellroy est monumental : Ce roman est un monument comme on en fait peu, comme il n’en sort qu’un seul en France par an, comme seuls les Américains savent les écrire. Un sacré pavé de 840 pages, divisés en 6 parties. 131 chapitres à dévorer tout cru pour le plaisir du lecteur. Car Ellroy est avant tout un charmeur, un savant. Sous ses dehors de brute, il n’écrit pas pour lui, ou pas pour laisser une trace dans l’histoire de la littérature contemporaine, ou pas seulement. Il sait agencer tout cela petit à petit et cela devient forcément passionnant. On pourra trouver que certaines scènes violentes sont parsemées pour relancer l’intérêt de la lecture mais cela ne se voit pas. Il garde son habitude de rajouter des manchettes de journaux, et des extraits de journaux intimes. Plus que pour renforcer la psychologie des personnages, cela relance le rythme et varie les points de vue.

Ellroy est indispensable : Et ce livre l’est encore plus : Passionnant, monumental, grandiose, impressionant, sans pitié, violent, sans concession, brillant, subtil, dénonciateur, en un mot génial. Cet auteur, qui fait partie de mes préférés vous l’aurez compris, est unique en son genre. Il est capable de me surprendre une nouvelle fois, de me faire vibrer une nouvelle fois, de me passionner une nouvelle fois. Pas de pitié ici, les événements sont implacables car ils sont les sillons du champ de l’histoire américaine. Je ne connais pas d’équivalent dans la littérature américaine (polar ou roman noir), donc je n’ai pas peur de le dire : Ellroy est UNIQUE. Je souhaite seulement que ce livre, écrit en forme de testament, ne soit pas son dernier.

5 réflexions sur « Underworld USA de James Ellroy (Rivages Thriller) »

      1. Je dois me faire tout Ellroy, mais pour le moment, seul un est passé entre mes mains « un tueur sur la route », excellent.

        Faut se retrousser les manches, quand on s’attaque à ses trilogies 😉

        J'aime

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