Propriétés Privées de Pascale Fonteneau (Actes sud)

De Pascale Fonteneau, j’avais lu 1275 ares dans la série Suite Noire (Forcément !). Que j’avais moyennement aimé, la faute peut-être aux clins d’œil à Jim Thompson et Jean Bernard Pouy. Mais je ne reste pas sur une impression, fut elle mauvaise. En me baladant dans une librairie, j’avais été attiré par le sujet du livre et je l’ai acheté. Quand j’ai découvert qu’il faisait partie de la sélection Eté de Polar SNCF, je me suis dit qu’il était temps de le lire.

Dans un petit lotissement proche de la cité des Champs, les habitants se sont organisés pour organiser des rondes afin de se protéger des malfaiteurs. Ce n’est pas qu’ils soient en grand danger, mais après l’agression de la petite Martine, alors qu’elle faisait le ménage chez les Durant, et en l’absence de réaction de la police, il fallait faire quelque chose.

Henri Frot fait partie de cette patrouille, celle de nuit souvent. Il fait des rondes avec son ami Robert. Un soir, ils trouvent un jeune homme mort. Robert arrive à décider Henri à l’aider à se débarrasser du corps en le balançant du haut du barrage. Henri dort mal cette nuit là, comme toutes les nuits depuis que sa femme est partie. Il boit, un peu trop, et est réveillé le lendemain par la police qui frappe à sa porte.

Ils l’interrogent sur un corps retrouvé dans le coffre d’un des habitants du lotissement, Denis Lassalle, un ancien militaire. D’ailleurs, Lassalle a disparu. Cela ne peut pas être le même corps ! En allant voir Robert, il s’aperçoit que Robert est parti lui aussi avec sa femme, sous prétextes que sa femme déprime et qu’elle a besoin de grand air. Pour cet homme toujours un peu perdu dans sa vie, trop passif, c’est un peu trop, mais il ne fait pas bon chercher la vérité de trop près parfois.

C’est une bien belle galerie de personnages à laquelle on a droit dans ce roman. Entre ceux qui ne sortent pas de chez eux et qui sont alimentés par les informations télévisées (Henri), ceux qui sont par nature bellicistes envers les autres ou les étrangers (Lassalle), ceux qui font leur beurre sur ces bribes d’information (le journaliste), ou les pacifistes de tout poils (Weiss). Tous sont très vivants et Pascale Fonteneau fait vivre ce petit microcosme avec beaucoup de talent.

Car c’est une sacrée vision de notre société qui ressort de ce livre, en aparté de l’intrigue, très caustique, voire cynique. Il n’y a pas de jugement, juste une certaine logique dans la psychologie de Henri qui démontre comment on en arrive à s’enfermer chez soi, par peur de l’extérieur. Heureusement, l’humour, très noir, par moment, évite de tomber dans des travers ou le ridicule. Alors, on sourit, on rit, en réfléchissant, et il en ressort une énorme jouissance pour le lecteur.

Et puis, il y a aussi toute cette description de la relation entre voisins, ces gens que l’on côtoie, que l’on connaît, que l’on croit connaître, cette pseudo famille qui en fait n’en est pas une. Ces gens bien sous tous rapports dont on n’arrivera jamais à cerner les contours. Et il nous revient en mémoire cette célèbre phrase de Sartre : « L’enfer c’est las autres ».

Quelle belle lecture que ce livre ! Quel plaisir ! Quelle jouissance ! Un livre chaudement recommandé, à ne pas prendre au premier degré, pour éviter de tomber définitivement paranoïaque envers les gens qui nous sont proches, si proches …

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