Suite (s) impériale (s) de Brett Easton Ellis (Robert Laffont)

Un roman de Brett Easton Ellis est forcément un événement, et cela pour deux raisons : c’est un auteur doué tout d’abord, et ensuite il n’est pas très prolifique (5 roman en 25 ans). Voici donc Suite (s) impériale (s), la suite de Moins que zéro, que j’ai eu la chance lire grâce à Blog O Book.

Clay est scénariste pour le cinéma. Il passe son temps entre New York et Los Angeles. Il revient donc à Los Angeles à l’occasion du casting d’un film issu de son nouveau scénario Les auditeurs. Pour ce film, il est producteur associé et passe en revue les acteurs et les actrices amateurs dont le rêve est d’atteindre la célébrité.

De réception en fêtes, logotwitterClay traîne sa solitude comme un chien en laisse, jusqu’à ce qu’il remarque une jeune femme blonde, Rain Turner, d’une beauté éblouissante. A partir de là, il se croit amoureux et son obsession pour cette femme va lui donner un but qui est de l’avoir exclusivement pour lui. Le challenge est grand sachant qu’elle est passée entre les bras (et les draps) de ses amis et ses connaissances.

Lors de ses déambulations, enivrées d’alcool et de drogues diverses, Clay s’aperçoit qu’il est suivi. Une Jeep bleue est garée en face de son hôtel, une Mercedes le suit souvent. Et surtout, il reçoit sans cesse des SMS anonymes lui disant : « Je t’ai à l’œil ». Pour quelqu’un qui ne veut pas s’attacher à la réalité, c’est le seul lien, la seule raison qui peut occuper son esprit malade. Sa paranoïa se développe pour se protéger et il se demande si Rain n’est pas avec lui uniquement pour parvenir à ses fins : obtenir un rôle dans Les auditeurs.

Brett Esaton Ellis, je le connaissais dès Moins que zéro. Les lois de l’attraction et surtout American Psycho m’ont fait l’effet d’une bombe dans les années 80-90. J’avais raté Glamorama (à cause du nombre de pages) et arrêté Lunar Park au milieu (A l’époque, je n’avais pas envie de lire ce genre de roman). Brett Esaton Ellis, c’est un auteur qui oscille entre fantasme et réalité, ce qui fait que le lecteur est désarçonné, ne sachant plus si l’intrigue est vraie ou si c’est un rêve (ou plutôt un cauchemar). Ses personnages ne veulent pas tenir compte du présent, se détachant de leur vie et de leur sentiment pour mieux montrer la vacuité de leur vie.

N’attendez pas de ce livre un roman comme les autres. Le personnage de Clay, qui est le narrateur de cette histoire, est quelqu’un de complètement détaché. En vingt cinq ans, il n’a pas changé. Il ne ressent rien, n’a aucun sentiment, aucune sensation, n’apprécie personne, tant que ça n’atteint pas sa petite personne. C’est aussi pour lui une façon de se protéger, de ne pas se mettre en danger.

Ce roman est court, 227 pages, formé de paragraphes plus ou moins longs. Il y a très peu de dialogues. Cette structure sert complètement l’histoire et la psychologie de Clay puisqu’il est tellement absent de sa vie qu’elle se résume à des scènes, ou du moins celles dont il se rappelle et qu’il interprète. De même, il parle peu avec les autres et les écoute à peine. Il glisse sur sa vie, attend que le temps passe, à coups de vodka, de cocaïne ou de Xanax.

En lisant des interviews de Brett Easton Ellis, où il serine qu’il écrit avant tout sur lui, je m’interroge. Car ce livre est l’illustration même de l’Ennui, c’est son sujet. Clay n’a rien à faire, il ne cherche pas de nouvelles émotions ni de nouveaux amis. Si réellement Ellis parle de lui, alors je le plains. Un tel détachement par rapport au monde, aux gens doit être dur à supporter … mais ce n’est que ma vision.

Suite (s) impériales (s) est un bon Ellis, mais seulement. C’est du Ellis sans surprises, et je dirai même du classique. Les fans adoreront, ceux qui n’aiment pas détesteront. Il n’en reste pas moins que l’écriture est neutre mais extrêmement précise. Chaque phrase est parfaitement construite, chaque mot soigneusement choisi, chaque scène décrite de façon très analytique. C’est un auteur doué que j’attends dans un autre registre de peur d’avoir l’impression de relire un de ses précédents romans.

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