Le retour de Robert Goddard (Sonatine)

Le retour

Attention, coup de cœur ! Cela faisait un certain temps que je voulais lire un roman de Robert Goddard, depuis Heather Mallender a disparu, qui avait obtenu le prix des lecteurs du Livre de Poche. Finalement, c’est sa dernière parution française qui est passé entre mes mains. Ce roman, publié en Grande Bretagne en 1997, ne sort dans l’hexagone que maintenant. Et le seul adjectif qui me vient à l’esprit pour parler de ce roman est MAGNIFIQUE.

1981, dans les Cornouailles. Christian Napier revient parmi sa famille après une absence d’une douzaine d’années. Il débarque dans le domaine de Tredower House, situé dans la petite ville de Truro, à l’occasion du mariage de sa nièce Tabitha. Propriétaire d’une entreprise de vente de véhicules de collection qui fonctionne à merveille, il vit avec une certaine assurance financière, malgré son divorce d’avec Melody Farren, une chanteuse à succès. Surtout, ces douze années d’absence lui ont permis de prendre du recul et d’arrêter sa consommation excessive d’alcool.

A la fin du mariage, un homme mal habillé, aux allures de clochard, apostrophe Christian. Il s’agit de son meilleur ami d’enfance, Nicky Lannion. La famille Lannion a toujours été hébergée par le grand oncle de Christian, Joshua, puisque la grand-mère de Nicky était la gouvernante de Tredower House. Nicky, lors de leur brève entrevue, annonce à Christian qu’il a des preuves pour innocenter son père, Mickael, qui a été pendu pour avoir assassiné l’oncle Joshua. Le lendemain matin, on retrouve Nicky pendu à un arbre, devant les fenêtres du domaine de Tredower House.

En effet, en 1947, Mickael Lannion fut accusé avec son complice Edmond Tully d’avoir poignardé Joshua. Si les témoins s’accordent à dire que le tueur est Tully, l’un d’entre eux assure avoir vu Mickael donner une enveloppe brune pleine d’argent pour commanditer le meurtre. Le mobile supposé fut que l’oncle Joshua envisageait de modifier son testament en faveur de la famille Napier. Tully fut condamné à perpétuité, et Mickael Lannion condamné à mort. Si Christian Napier, qui s’est éloigné de sa famille, ne veut pas plonger dans les affres du passé familial, sa rencontre avec la sœur disparue de Nicky va le décider à remuer les sables mouvants du passé.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman avec un tel souffle romanesque. Dès les premières lignes, on est emporté par le style de l’auteur, tant toutes les phrases sont d’une justesse et d’une beauté impressionnantes. Au passage, je tiens à saluer l’excellent travail d’Elodie Leplat, qui a su rendre justice à ce magnifique texte. J’ajoute une précision quant au sujet de ce roman. Ceux qui ne sont attirés que par des thrillers ou des romans rapides ou courts ne seront pas attirés (voire intéressés) par ce roman, car c’est un sacré pavé (certes il fait 430 pages mais l’impression est dense) et l’auteur prend le temps de décrire les paysages, d’installer la psychologie de ses personnages, et petit à petit nous prend dans ses filets grâce à des rebondissements surprenants.

C’est un roman que j’aurais donc mis longtemps à lire (une semaine, c’est exceptionnel pour moi !) mais j’ai adoré me laissé porter par ces phrases si belles, si subtiles, où chaque mot est important. J’ai adoré côtoyer Chris, sa vie, ses failles, ses doutes, ses envies, sa volonté de savoir, ses drames, ses souvenirs. Car l’auteur va sans cesse faire des allers retours entre les recherches de Chris et les passages du passé dont il est capable de se rappeler. Et plus il va en savoir, plus il va se retrouver emprisonné dans une vase qui va le toucher personnellement lui et sa famille.

C’est bien une saga familiale que nous allons suivre, ou plutôt plusieurs sagas où, à aucun moment on a l’impression que l’auteur en fait trop. Tout est parfaitement dosé, logique, jusqu’à son dénouement à la fois dramatique et énigmatique. On n’a jamais envie de poser le livre, on a juste envie d’en savoir plus, comme si on avait en face de soi Christian qui nous raconte tout, comme si nous faisions partie de cette famille. L’immersion dans l’histoire de cette famille tout au long du vingtième siècle est totale.

Enfin, on y trouve des rebondissements qui remettent sans cesse à plat ce que l’on a pu échafauder comme hypothèses. Et à chaque fois, on reconstruit soi-même son scenario, avant que Robert Goddard nous remette tout à plat. Ce roman, c’est du grand art, c’est de la grande littérature, c’est du grand roman à suspense, c’est du grand polar, et ce ne peut être qu’un coup de cœur Black Novel.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

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6 réflexions sur “ Le retour de Robert Goddard (Sonatine) ”

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