Moi comme les chiens de Sophie Di Ricci (Moisson Rouge)

Attention coup de coeur ! J’avais besoin d’un roman noir, allez savoir pourquoi ? Après avoir lu quelques best sellers très formatés mais néanmoins intéressants, le premier roman de Sophie Di Ricci me tendait les bras … les pages. En voici le début :

Willy est un jeune homme qui vit chez ses parents. Il déteste ce prénom et préfère se faire appeler Alan. Le jour où son père lui propose d’aller vivre dans un mobile home près de la dune de Pilat, il s’enfuit de chez lui pour débarquer dans la grande ville. C’est un garçon très beau, sur qui tout le monde se retourne, passionné de musique et dont le rêve est d’aller au Canada. Ne trouvant pas de boulot, il s’arrange pour trouver de bons samaritains qui, contre quelques faveurs, vont lui payer une chambre d’hôtel ou à manger ou quelques disques.

Alan va se rendre compte qu’il peut gagner plus d’argent en se prostituant, ce qui lui permettrait de se payer des habits, de la drogue, des disques, et de mettre de l’argent de coté pour son billet pour le Canada. Sa rencontre avec deux prostitués drogués, Mickey et Bouboule, va l’initier au monde de la nuit. Alors qu’il peut se permettre d’être arrogant avec les clients grâce à son coté androgyne, eux prennent tous les clients qui s’arrêtent devant leur abribus.

Hibou est un homme d’une quarantaine d’années mystérieux. Tout le monde dit le connaître mais en fait, ce sont plus des bruits véhiculés par la rumeur. On dit de lui que c’est un ancien bandit sorti de prison, riche et violent. Tous les soirs, il vient regarder les prostitués sous l’abribus du boulevard dans sa vieille 306. Il hait les homosexuels, et pense sans cesse à les tuer avec le revolver dont il ne se sépare jamais. Il passe ses journées à traîner dans les bars, à observer les gens et entretenir sa haine.

Un soir, un de ses fidèles clients ne se satisfait pas de ses séances de masturbation. Il demande plus, et devant le refus d’Alan, le tabasse. C’est alors que Hibou le sauve, alors qu’initialement il voulait le frapper à mort. Hibou emmène Alan chez lui, pour le soigner de ses plaies, En remerciement, Alan le suce, puis ils finissent par faire l’amour. Hibou voudrait se débarrasser d’Alan mais il revient sans cesse et Alan s’imagine qu’Hibou est amoureux de lui.

La moindre des choses que je puisse dire, c’est que j’ai été bluffé par cette auteure. Car j’ai déjà lu pas mal de romans sur le monde des prostitués (masculins ou féminins), mais celui-ci est vraiment particulier par le fait que Sophie Di Ricci a décidé de s’attacher aux personnages. Car, après une cinquantaine de pages décrivant le quotidien de ces pauvres hères drogués, on passe à une analyse psychologique fouillée minutieusement par ce style neutre mais extrèmement détaillé et imagé.

D’un coté, on a Alan, un jeune homme dont la malédiction est d’être beau et d’avoir des rêves. Sa beauté lui permet une certaine arrogance et une immaturité, car rien ne peut lui arriver. Mais il est aussi à la recherche des autres, de leur contact, d’une affection qui se situe entre l’amour et l’amitié. Et puis, il y a cette absence de père, sa famille qu’il a laissé derrière lui mais dont il a besoin inconsciemment. Sans illusion sur ce monde et cette société, il vit sa vie avec un but, un objectif, qui est de partir, de s’enfuir ailleurs, car il n’a plus d’illusion.

De l’autre coté, il y a Hibou. C’est tout le contraire de Alan. Il ne cherche pas de contact ou d’amitié, car il ne veut pas ou ne peut pas s’attacher, se faire des amis. Il vit comme un blaireau (je précise : l’animal), sauvegardant le mystère de sa vie privée. Mais on n’échappe pas à son destin, et son malheur va être de tomber amoureux de Alan, bien qu’il fasse tout pour le rejeter. Il vit dans une relation Amour / Haine sans être maître de son destin. Mais peut on encore aimer dans ce monde inhumain ?

Mais dans ce milieu interlope ultra violent, rien ne se passe comme il faudrait. Car, nous avons droit ici à un roman noir, un vrai de vrai. Sophie Di Ricci nous refait le coup de Roméo et Juliette version année 2010. Et elle garde toute la distance, toute la pudeur qui font mal dans les scènes fortes de ce livre, avec un style très agréable à lire, tout en descriptions neutres, presque cliniques. Et puis, elle nous brosse là des portraits de personnages haut en couleurs, même si le ton est noir, avec beaucoup de dialogues très bien faits.

Ce livre m’a envoûté, m’a remué, m’a emporté, m’a ému, m’a secoué. Vous vous doutez que le sujet m’impose de vous avertir que certaines scènes sont explicites et donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais Sophie Di Ricci fait preuve d’une maîtrise impressionnante tout au long de son histoire. Je viens de découvrir un nouvel auteur, son livre est grand, son livre est fort, son livre est à lire, et il mérite un grand coup de cœur.

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4 réflexions sur “ Moi comme les chiens de Sophie Di Ricci (Moisson Rouge) ”

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