Cold in hand de John Harvey (Rivages Thriller)

Le dernier John Harvey en date vient de sortir. Il s’agit d’une enquête de son personnage Charlie Resnick, c’est sa onzième. Charlie est un personnage bourru que l’on a appris à connaître et aimer au fur et à mesure et même si je ne les ai pas (encore tous lus), cet épisode là est plus noir que les précédents.

Nous sommes au jour de la Saint Valentin. Charlie Resnick vit avec Lynn Kellogg, sa jeune collègue, qui vient de passer son diplôme de négociateur. Justement, ce matin là, elle est appelée pour un mari ingénieur qui rentre de voyage d’affaires et trouve sa femme au lit avec son meilleur ami. Elle arrive à sortir de la prise d’otage les deux enfants et la femme indemnes. Le mari, qui rate son suicide, se rend à la police indemne lui aussi.

En revenant de cette affaire rondement menée, elle reçoit un avis sur sa radio : une bagarre est en train de se préparer entre bandes rivales à l’angle de St Ann’s Hill Road et de Crammer street. Arrivée sur place, elle voit un attroupement de jeunes gens en cercle. Alors qu’on lui conseille d’attendre les renforts à la radio, elle décide d’y aller. Deux jeunes filles s’apprêtent à se battre. Elle tente d’intervenir mais l’une des jeunes sort un couteau et coupe son adversaire au visage. C’est alors qu’un jeune homme armé se détache du groupe avec un revolver, il tire sur Lynn en pleine poitrine puis sur la jeune fille armée d’un couteau au cou.

Le département des homicides fait appel à Charlie Resnick pour les épauler, qui est à la tête du département des vols. Charlie accepte cette mission et décide de se faire épauler par une enquêteuse de son équipe : Catherine Njoroge. A l’hôpital, il retrouve Lynn qui est contusionnée mais n’est pas blessée grace à son gilet pare-balles. Kelly Brent, l’adolescente de quinze ans, n’aura pas cette chance : elle mourra de sa blessure au cou. Lors de la conférence de presse, le père de Kelly Brent prend les officiers à partie et déclare que Lynn a utilisé sa fille comme bouclier humain pour se protéger.

Lynn doit aussi témoigner dans un procès lors d’un meurtre qui a eu lieu quelques mois auparavant. Dans un salon de massage situé au dessus d’un sex-shop, une masseuse, Nina, a été égorgée. Le propriétaire, Viktor Zoukas, soutient que c’est un client qui l’a tuée. Une autre masseuse, Andreea Florescu, sait que c’est Viktor qui l’a tuée. Lynn décide de la protéger contre d’éventuelles représailles d’autant plus que Viktor va être libéré sous caution.

Dire que John Harvey sait mener un récit de deux enquêtes en parallèle est une évidence. Dire qu’il est capable de faire vivre en quelques lignes des personnages secondaires est aussi une évidence. Dire qu’il sait écrire de façon simple et passionnante pour n’importe quel lecteur est trivial. De son œuvre en cours, du cycle Resnick au cycle Elder, j’en ai adoré et j’en ai bien aimé mais je n’ai jamais été déçu. Et John Harvey n’est jamais aussi fort que quand il rentre dans la psychologie de ses personnages pour nous montrer par petites touches subtiles une facette de notre société. Dans ces moments là, John Harvey devient brillant, et c’est le cas ici.

Cette enquête donne l’occasion à John Harvey de montrer les évolutions de notre société face à un Charlie Resnick qui n’a plus envie d’essayer de comprendre ni de suivre le rythme alors qu’il est si près de la retraite. Entre l’omnipotence des medias et les nouvelles méthodes policières, entre les attitudes des gens envers les policiers et le manque de respect des plus jeunes, Charlie prend cela avec philosophie, s’enfermant le soir dans l’écoute de ses disques de Jazz. Etre professionnel jusqu ‘au bout des ongles mais ne plus se battre pour rien, telle est sa philosophie. Une fois n’est pas coutume, je vous livre un extrait :

Je vis depuis trop longtemps dans cette satanée ville, pensa-t-il, et plus ça va, plus il y a de fantômes qui viennent frapper à ma porte.

Car John Harvey est aussi un styliste, autant qu’il est un analyste. Tout y est orchestré avec minutie, tout est exprimé avec justesse, c’est du grand art : en faire le minimum pour un plaisir maximum. Et il semble prendre un plaisir fou à montrer l’envers du décor : que fait Charlie quand il a terminé son travail. Harvey est aussi à l’aise dans ces passages que dans le déroulement de l’enquête.

Enfin, il faut dire que cette enquête est tout de même plus noire que les autres (que j’ai lues). Et cela lui donne aussi plus de valeur, plus d’humanité, plus de réalité. Cela fait aussi de ce roman un des plus aboutis de John Harvey, du niveau des Cœurs Solitaires, la première enquête de Resnick, celle que je préfère. John Harvey a écrit de bons, de très bons et des excellents romans. Celui-ci est d’une excellente veine.

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