Beau temps pour les couleuvres de Patrick Caujolle (Editions du Caïman)

Une nouvelle fois, les éditions du Caïman nous ont dégotté un auteur qui mérite le détour. Ce roman, sous ses allures de roman policier, s’avère une sorte de témoignage, une vision de l’intérieur du métier de policier.

Gégé, c’est Gérard Escaude, un vieux de la vieille au commissariat de Toulouse. Il est chargé de former un jeune stagiaire, Victor Galéras, tout frais sorti de l’école de formation de Cannes-Ecluse. Et comme les deux ont le même humour grinçant, ils vont s’entendre comme larrons en foire.

Ce devait être un week-end tranquille, jusqu’à ce que le téléphone sonne en ce vendredi 12 avril. Madame Duval vient d’être retrouvée poignardée à son domicile, et son mari, à ses cotés, indemne mais en état de choc et couvert de sang. C’est une véritable boucherie, elle a reçu plus d’une trentaine de coups de couteau de cuisine. Très vite, Marcel Duval est envoyé à l’hôpital, en observation.

Quelques heures plus tard, Marcel Duval s’échappe de l’hôpital, mais Gégé lance un appel aux voitures qui sillonnent le coin et il est vite rattrapé. Lors de son premier interrogatoire, Marcel Duval, personnage très cultivé et amateur de peinture, lui décrit sa vie maritale, tombée dans la routine et l’ennui. C’est, dit-il, un message reçu sur son portable de la part de son amante Marie-Jo Vigouroux, qui a rendue folle de rage sa femme.

A la question : « Avez-vous tué votre femme ? », Marcel répond que oui. Il faut dire que le couteau comporte ses empreintes et que lui même était couvert de sang. Mais le légiste observe quelque chose de bizarre : Madame Duval a vomi avant d’être assassinée. Elle avait, semble-t-il, avalé de nombreux comprimés de Phénobarbital, un médicament interdit depuis de nombreuses années. Si la hiérarchie de Gégé aimerait classer l’affaire rapidement pour faire du chiffre, Gégé ressent le besoin de creuser encore un peu.

Excusez-moi du terme, mais Patrick Caujolle a des couilles. Je m’explique : Partant d’une affaire la plus simple qui soit, il arrive à nous intriguer tout au long des quelques 250 pages que dure son roman, et voire même à nous épater. Car je vous le dis tout de go : Ce roman est une petite pépite, qui recèle bien des trésors. Commençons par le début :

L’intrigue, qui avance doucement, est d’une logique implacable. Aucun indice ne vient comme un cheveu sur la soupe et on suit avec délectation les réflexions de Gégé. Patrick Caujolle démontre aussi, à travers cette histoire, qu’il n’est pas utile d’en faire des tonnes pour intéresser le lecteur, une simple affaire familiale suffisant pour passionner tout amateur de roman policier.

C’est aussi la vie des gens simples qu’il nous montre dans Beau temps pour les couleuvres. Là encore, pas besoin d’ultra-riches, d’ultra-pauvres, Marcel Duval est un retraité de la SNCF, il nous détaille sa vie, faite de petites passions simples et de son couple qui se délite doucement sous le poids de la routine.

C’est aussi un des gros points forts de ce roman, cette façon de montrer la psychologie des personnages au travers de dialogues extraordinaires. Entre l’humour cynique des policiers (pour se détacher des horreurs auxquelles ils sont confrontés) et le ton hautain de Marcel Duval, on a affaire là à de somptueux passages, de savoureux moments doucement grinçants. J’ai adoré Gégé et son stagiaire, j’ai traité de con son supérieur Le Nizir (Mais quel con celui là !), j’ai compris les difficultés des juges …

Et puis, il y a ce petit plus, ces passages positionnés dans les scènes, où l’auteur nous montre la réalité du métier de policier. Mais il n’en fait pas trop, il se contente de montrer, avec humour le plus souvent, les conneries du système, le fonctionnement erratique de la justice, l’imbécilité des chiffres ou bien seulement la façon dont les policiers sont traités par la population. Ces passages-là, extrêmement bien écrits, sont passionnants en même temps qu’ils s’intègrent bien à l’histoire. On s’apercevra vers la fin du livre qu’ils passent à la première personne du singulier ce qui montre que l’auteur devient la personne qui nous parle de notre société.

Voilà donc un très bon roman, qui tient la route du début à la fin (d’ailleurs, ne ratez pas la fin, extraordinaire !), et qui grâce à des personnages formidables, un excellent sens du dialogue et un aspect témoignage attachant, font que c’est une sacrée découverte. A votre tour de le découvrir ! D’ailleurs, l’ami Claude ne s’y est pas trompé et lui a décerné un coup de cœur.

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3 réflexions sur “ Beau temps pour les couleuvres de Patrick Caujolle (Editions du Caïman) ”

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