Rictus de Jean Pierre Ferrière (Plon – Noir Retro)

Je persiste dans la découverte du roman noir français des années 50 à 70 avec cet excellent roman noir signé Jean Pierre Ferrière, toujours édité par Plon dans leur décidément excellente collection Noir Rétro.

Que faire quand on est père de famille et que l’on se sait condamné à court terme pour mettre sa famille à l’abri du besoin ? C’est la situation à laquelle est confronté Mathieu Collard, marié à Jeanne, père d’un petit François de deux ans, et ouvrier aux Cartonneries du Loiret. Depuis quelques temps, il a des douleurs à l’estomac et dort très mal. Son docteur généraliste Jean Louis Tristan l’ausculte, lui fait passer des radios et en arrive à la terrible conclusion qu’il lui reste entre six et huit mois à vivre. Comme il doit payer sa maison et assumer la vie future de sa famille, Collard cherche une solution rapide pour gagner de l’argent : gagner au loto ou commettre un acte illégal.

Alors, Collard erre dans les rues, ne laissant rien transparaître de ses problèmes de santé, ni à sa femme, ni à son travail. Il rencontre Sandra, une prostituée, à qui il se confie, puis Mlle Simone, la secrétaire du docteur Tristan qui va lui apporter une solution : en l’échange de 150 000 francs, il devra tuer Alexandre Chassagne. Après négociation, il touchera 100 000 francs avant le meurtre, et 50 000 francs après. Une nuit, il intercepte la voiture de Chassagne et l’étrangle.

Il ne verra jamais la deuxième partie de la somme, mais cela lui permet de payer sa maison et de s’offrir une voiture. Lors d’un accident de la route, sa femme et son enfant meurent, et il se retrouve à l’hôpital, seul rescapé, seul. Il apprend alors par le docteur Brunel qu’il n’est pas condamné, qu’il n’a qu’une simple gastrite. Commence alors pour Collard sa quête de vengeance.

Ce roman est l’exemple type d’une histoire simple racontée avec logique. Outre le fait que le roman soit court (170 pages), il se lit vite grâce aux grandes qualités littéraires de la narration. Si l’intrigue est positionnée dans les années 60-70, la psychologie des personnages n’a pas d’age. Car nous suivons Collard dans toute sa logique de père de famille responsable, dont l’obsession est de sauver sa famille d’une vie pénible, sans argent, sans avenir. Puis, après son drame, il se retrouve sans attache, sans but, sans avenir. La logique de Collard est effrayante, la talent de Jean Pierre ferrière pour nous le faire ressentir énorme.

Les autres personnages ne sont pas là en tant que faire valoir. Ils sont aussi importants dans le déroulement de l’histoire que peut l’être Collard. Faire vivre six ou sept caractères en aussi peu de pages, c’est aussi une épreuve de force réalisée par ce livre. Du docteur à la prostituée, tous ont leur motivation, leurs objectifs, leur petite vie, leurs amours, leurs soucis. Parfait dans sa description, subtil dans son style simple et imagé, ce roman est un régal dans une collection qui s’affirme de plus en plus comme une mine de petits trésors.

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