L’été tous les chats s’ennuient de Philippe Georget (Jigal – Polar)

Ce roman aura donc été le dernier que j’aurais lu pour la sélection 2010, pour laquelle il est sélectionné pour la finale. Bien que je l’ai acheté tôt, je n’avais pas trouvé le temps de le lire. Et c’est un bon polar un peu particulier et original dans le traitement de son intrigue.

Nous sommes dans les Pyrénées Orientales, c’est le début du mois de juillet, il fait chaud et les touristes vont bientôt débarquer en masse. Robert est un ancien ouvrier à la retraite, qui vient toujours au même camping en vacances à Argelès. Comme tous les matins, il se lève à 4 heures du matin, pour uriner puis aller se promener sur la plage. Ce matin là, il découvre le corps d’une jeune femme assassinée. Au même moment, une autre jeune femme, néerlandaise aussi est portée disparue.

Au commissariat de Perpignan, les affaires ronronnent avec une régularité et une routine exemplaire. Les deux personnages principaux, Gilles Sebag et Jacques Molina gèrent les affaires courantes de vols de motos en petits larcins. Le cœur n’y est plus, et la priorité est clairement donnée à la vie personnelle, même si Molina est divorcé et Sebag heureux en ménage. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Sebag n’a jamais eu d’avancement et n’en attend plus.

Ce matin-là, Sylvie Lopez vient pour signaler la disparition de son mari, José, chauffeur de taxi. Cela fait deux jours qu’il n’est pas apparu, et même s’il lui arrive de découcher, cela fait suffisamment longtemps pour que sa femme s’inquiète. Sebag, poussé par son instinct, va mener l’enquête. Il s’avère que José a été vu en compagnie d’une jeune hollandaise avec un tatouage d’oiseau sur l’épaule droite deux jours avant de disparaître. Or, cette jeune fille n’a pas donné signe de vie à ses parents. Les coïncidences ne font que commencer et le mystère va s’épaissir.

Ce roman est épatant, d’autant plus que c’est un premier roman. Le style est fait de belles phrases explicites, d’une fluidité qui méritent le respect. C’est très agréable de lire un roman où le contexte (lété, la pression sur les policiers due aux touristes qui vont débarquer) est bien décrit, où les paysages (Perpignan et ses environs, les Pyrénées et ses montagnes à l’horizon) sont bien peints, où les personnages ont une vraie profondeur et où l’enquête est bien menée.

J’ai pris un vrai plaisir à me balader en compagnie de nos deux inspecteurs dans les environs de Perpignan, à arpenter les rues de cette petite ville où se trament de petits trafics à cause de la proximité de la frontière avec l’Espagne, d’entendre les habitants parler catalan. Et malgré une structure faite de petits chapitres, le rythme est assez lent, comme écrasé par la chaleur de l’été.

Et le gros point fort de ce roman, et son originalité réside dans la vie privée de ses personnages et en particulier de Sebag. Il me semble que c’est la première fois que je lis un personnage avec autant de détails sur sa vie privée, ses relations avec sa femme malgré le cynisme de son collègue Molina, ses sentiments envers ses enfants, de leur naissance jusqu’à l’adolescence d’aujourd’hui. Cela permet de suivre la philosophie de la vie, somme toute simple, d’un homme qui considère son travail comme alimentaire et qui a placé sa vie familiale au premier plan.

Alors, oui, le rythme est lent, l’enquête avance doucement mais n’est ce pas plus réaliste, et puis, les auteurs nordistes le font aussi. Certaines situations et dialogues sont un peu longs, mais au global, j’aurai passé un bon moment au soleil en compagnie d’une personne profondément humaine, qui veut vivre tranquillement et sereinement sa vie de famille. Je voudrais en lire beaucoup des premiers romans comme ça, et j’espère en lire beaucoup des romans de Philippe Georget.

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