Mortelles rencontres de Richard Philippe (Edition du bout de la rue)

L’avantage d’avoir un blog, c’est de pouvoir rencontrer (virtuellement) des gens avec qui on n’aurait pas eu de contact autrement. L’auteur m’a contacté pour que je lui donne mon avis, et ce roman est à la fois très bon et une sacrée surprise.

Jamel est un jeune beur de la banlieue lyonnaise, qualifié de sérieux, travailleur et faisant des études à Lyon III. Cet été là, il a décidé de ne pas suivre sa famille en vacances au bled, mais de rester pour travailler et se faire de l’argent. Mais en terme d’activité, il a fait des photos d’une femme mariée et a rendez vous avec son mari pour toucher l’argent du chantage qu’il exerce. Lors de leur rencontre dans la cave d’une cité des Minguettes, l’homme égorge Jamel : On ne fait pas chanter Arlequin.

Christian Barnier est un ancien militaire, passé cadre par la suite pour être licencié économique. Au bout de deux ans de chômage, il a décidé de créer son agence de détective privé, et ce n’est pas un métier où on roule sur l’or. Le quotidien est la filature de femmes infidèles, de maris trompeurs pour faciliter des cas de divorce. Une jeune femme belle comme le jour fait son apparition. Elle s’appelle Sheraz et veut que Barnier trouve l’assassin de son frère Jamel, dont la police se moque.

Alors qu’il n’est pas trop motivé par cette affaire, il promet de faire le minimum. Après une brève visite au commissariat, il apprend que Jamel se livre à la prostitution. Cela ouvre le champ des suspects mais Barnier est surtout furieux que sa sœur lui ai caché cela alors qu’elle était au courant. Au nom de la justice, Barnier va quand même creuser cette affaire et se retrouver à la poursuite d’un tueur en série qui traque les femmes via les sites de rencontre sur Internet.

Richard Philippe nous a construit un polar classique, avec tous les codes du genre : une affaire dont la police ne veut pas, un détective privé qui s’il est sympathique, n’en est pas moins désabusé et impulsif, des femmes fatales dont on ne compte plus le nombre, et un contexte actuel très ancré et dans le réel et géographiquement, puisque tout se déroule à Lyon et dans ses alentours.

Ce qui retient l’attention du lecteur, et fait que cela se lit avec plaisir, c’est la qualité de l’intrigue. Les chapitres sont courts mais surtout remarquablement écrits, avec un bon dosage entre l’intrigue et les dialogues. Et puis, le personnage de Barnier, ce grand échalas qui prend sur lui avant d’exploser est facilement identifiable.

Il faut dire que, dans ce livre, aucune concession n’est faite sur notre société moderne. Sans pour autant prendre position, Richard Philippe nous narre un monde où les étudiants sont obligés de se prostituer pour payer des études toujours plus chères ou juste pour vivre. Ceux qui en profitent, les bourgeois, les nantis sont présentés comme des pervers qui peuvent se le permettre car jamais ennuyés par la police. Du classique, en somme, ou presque.

Et puis, Arlequin, ce chasseur sur Internet nous fait nous poser des questions. Quelle drôle de société avons-nous créé là ? Une société où les gens ne se parlent plus, où ils ne se rencontrent plus, sauf pour réaliser leurs fantasmes. Une société faite de barrières, entre ceux qui ont l’argent et qui vivent dans de luxueux appartements, et les autres entassés dans des cités dortoirs.

Alors Barnier regarde cela comme un témoin, voit sa ville et sa vie changer sans savoir ni comprendre où elle est ni où elle va. Ses motivations : Sheraz (même s’il est marié) et la volonté de bien faire son travail. Et quand la coupe est pleine, il gueule ! Décidément, c’est un polar contemporain, qui revisite les classiques, agréable à lire et bien sympathique.

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