Savages de Don Winslow (Editions du Masque)

Voici le dernier Don Winslow, que l’on ne présente plus. Il reprend des thèmes déjà vus dans ses précédents livres et c’est une vraie bombe.

Ils sont trois, trois amis, trois amants, vivant en Californie. Il y a Ben, l’humaniste, non violent, qui créé des organisations humanitaires pour sauver des victimes de torture, des femmes violées, des persécutés dans des pays étrangers. Il y a Chon, la bras armé, celui qui flingue à tout va, car il n’y a pas d’autres solutions parfois. Et puis il y a Ophélie, dit O, une jeune femme intelligente et jouisseuse de la vie. Tous trois ont une petite « entreprise » de trafic de drogue.

Chon a fait la guerre en Irak et en Afghanistan. Outre son désir de survivre, il a ramené de là bas des graines de pavot. Avec Ben, qui a fait des études de botanique, ils inventent une nouvelle graine qui donne lieu à la meilleure drogue que l’on connaisse : l’Hydro. Chon se débarrasse des concurrents dans le domaine et leur petit boulot marche du tonnerre.

Jusqu’au jour où le Cartel de Baja décide de mettre la main sur leur business. Ils leur envoient une lettre de sommation dans laquelle les conditions sont claires :

1-    Vous ne vendrez pas votre hydro au détail

2-    Nous vendrons votre hydro au détail

3-    Vous nous vendrez toute votre hydro, au prix de gros

4-    Sinon …

Suit une cassette vidéo avec des horreurs qui font réfléchir. La bataille va s’avérer bien difficile face à un cartel prêt à toutes les horreurs.

290 chapitres. C’est ce que compte ce roman hors norme. Ces chapitres sont presque des paragraphes, écrits avec justesse et rapidité. Ça va à cent à l’heure mais cela ne suffirait pas à faire un bon roman, un grand roman, un gigantesque roman. Pour cela il en faut un peu plus. Eh bien, ce roman a tout et va intéresser et passionner tout le monde.

Tout d’abord il y a les personnages, dessinés par quelques chapitres, mais tellement vivants. Ce sont de vrais salauds et pourtant on a de l’affection pour eux. On dirait des chiens lancés dans un jeu de quilles, de gentils nounours au milieu d’une meute de loups. Avec Ben, droit dans ses bottes, pacifiste jusqu’au bout des ongles, non violent et bienfaiteur du monde entier, c’est le gentil extrême. Avec Chon, l’ancien militaire ayant connu toutes les horreurs du monde contemporain, c’est un beau portrait de réaliste. Avec O, on o un des plus beaux portraits de femme fatale, amoureuse, sexuelle, le standard de la femme parfaite.

Et puis il y a le style. Outre les chapitres courts, le style va vite. Les lieux, les actions, les caractères sont décrits avec le juste nécessaire. La priorité est à l’action avec toujours cet humour très noir, très blanc, très drôle, ces petites phrases, ces expressions, ces faux proverbes qui ajoutent le grain de sel et qui ajoutent à notre énorme plaisir de lecture. Et on sourit, on rie tout le temps, même quand il se passe des horreurs, même si le rire se transforme petit à petit en sourire, même si à la fin, le contexte prend le dessus sur l’humour pour nous rappeler la cruauté de l’intrigue, et celle du monde.

Car au travers d’un polar speedé, il y a aussi la démonstration du trafic de drogue, de la responsabilité des Etats-Unis dans ce marché parallèle, qui est devenu part intégrante de la société actuelle par des erreurs répétées des différents gouvernements. Don Winslow nous assène ces vérités à nouveau comme il l’avait génialement fait dans La Griffe du Chien. C’est le petit plus qui en fait un grand roman, qu’on ne peut lâcher tant c’est bien fait, bien écrit, passionnant, du grand art !

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