Village nègre de Olivier Chavanon (ArHsens éditions)

C’est toujours un plaisir de faire une petite place à de jeunes auteurs publiés par de petites maisons d’édition. C’est grâce à un partenariat avec Les agents littéraires que celui-ci est arrivé chez moi. Le résultat est d’une part original, et d’autre part surprenant.

Le lieu et l’époque ne sont pas définis dans ce roman. Tout juste sait on qu’il s’agit d’une ville au bord du fleuve, qu’en centre ville habitent les riches, en périphérie les pauvres et de l’autre coté réside le village nègre. Le village nègre est un genre de bidon ville où sont parqués les illégaux, en clair les étrangers sans papier. C’est l’hiver, et il est rigoureux.

Martin Vilano fait partie de ces pauvres qui habitent au bord du fleuve, juste en face du village nègre. L’hiver fait rage, et c’est l’époque de la Mascarade, une fête où l’alcool coule à flots et où les gens font des descentes dans les quartiers pour tabasser les illégaux. Martin rentre chez lui avec du combustible pour chauffer sa petite maison, quand l’agent Bidal, des services judiciaires l’apostrophe et lui demande de passer au poste pour parler du corps d’une jeune femme assassinée.

Au poste, l’agent Bidal se comporte comme si Martin était coupable. En effet, la victime a eu les deux yeux arrachés avec une grande précision. Justement, Martin venait d’emprunter un livre à la bibliothèque où était décrites dans le détail ce qui devait être fait pour enlever les yeux. Puis, l’agent Bidal exhibe un bout de papier trouvé dans la poche de la victime où est inscrit : « Martin va frapper encore ». Avec ce poids, Martin va essayer de vivre.

A travers une intrigue policière telle que celle là, on peut imaginer à peu près tout, avec dix mille façons de faire avancer l’histoire. Ça aurait pu être un roman d’enquête, un thriller haletant, ou bien un roman à rebondissements. Olivier Chavanon a décidé de prendre tout le monde à revers en livrant un roman étrange, déroutant mais que j’ai trouvé intéressant à bien des égards.

Tout d’abord, ce roman est écrit à la première personne, on vit à l’intérieur de la tête de Martin, qui est un homme solitaire, qui s’est retiré du monde pour se concentrer sur la lecture. Par pur dédain pour la matérialité des choses, il préfère se nourrir de culture, empruntant jusqu’à 10 livres par semaine à la bibliothèque. Il accorde peu d’importance à ce qui l’entoure, ne parlant que peu, évitant de se lier avec d’autres gens, il s’enferme dans une spirale de la solitude sans pour autant s’en plaindre.

Cela l’amène à voir le monde à sa façon, décrivant avec des termes très savants la moindre des situations, faisant des digressions à chaque petit événement, de sa vie scolaire à la naissance des papillons, en passant par des réflexions sur la ville, le fleuve. Par moments cela marche bien, par moments, c’est un peu hors sujet. Mais comme cela fait partie de la psychologie du personnage, on joue le jeu. Il faut dire tout de même que les 30 premières pages sont surprenantes, puis avec la découverte du corps, on suit l’auteur.

Ensuite,  il y a le contexte. L’auteur ne décrit ni lieu, ni espace de temps, mais on se doute que cela a lieu avant la deuxième guerre mondiale (merci la 4ème de couverture). L’ambiance du livre est un vrai moment de lecture. Tout y est froid, brouillardeux, glauque, les autres sont effrayants, les paysages sont mornes. Seuls les passages érudits de Martin éclairent la lecture. En lisant, j’ai bien évidemment pensé à Kafka par cette volonté de plonger le lecteur dans un lieu inconnu avec des gens bizarres dont on a du mal à comprendre les attitudes. Il y a beaucoup de similitudes avec Le Château par exemple.

Et puis, Olivier Chavanon veut nous faire revivre ce que furent les Villages Nègres, ces lieux de désolation où on parquait les immigrés, les « illégaux » dans le livre, mais pas de l’intérieur, plutôt vu par un pauvre qui aurait pu y habiter. Et que dire des autres, ceux qui font des descentes pour casser des illégaux ? De toute ma lecture, je n’y ai vu aucun espoir, juste une peinture sale d’une société où les gens s’enferment dans leur propre citadelles par la peur des autres, par peur de perdre leurs avantages. D’où le retrait de la vie sociale de Martin, qui préfère la compagnie des livres à celle des hommes, car c’est moins dangereux.

Décidément, ce roman n’est ni un roman policier, ni un thriller, ni un roman à rebondissements, mais un roman curieux et remarquablement écrit, qui ne plaira pas aux purs fans de littérature policière mais plutôt à ceux qui sont curieux ou qui sont à l’affût de lire des romans écrits avec style.

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