Une enquête philosophique de Philip Kerr (Editions du Masque)

Bien que je connaisse Philip Kerr pour sa trilogie berlinoise, que j’ai achetée et que je n’ai pas encore lue,  voici une réédition d’un de ses romans qu’il a écrit en 1992, et qui se passe en 2013. Et c’est impressionnant.

Nous sommes donc en 2013, en Grande Bretagne. Un programme appelé Lombroso, mis en place par une société privée, et appuyé par le ministère de l’intérieur, a permis de déterminer un facteur qui prédétermine les gens potentiellement violent, voire appelés à devenir des psychopathes. Sur la base du volontariat, celui-ci permet de tenir un listing de ceux que l’on appelle les NVM-négatifs.

L’inspecteur principal « Jake » Jacowicz est en charge d’une enquête sur le tueur au rouge à lèvre. Alors qu’elle est plutôt cantonnée sur des affaires dont les victimes sont des femmes, elle va être choisie par le ministre pour s’occuper d’un meurtrier qui élimine les NVM-négatifs. Celui-ci les abat de six balles dans la tête, tirées avec un pistolet à gaz.

Jake est une femme qui déteste les hommes. Elle n’est pas non plus lesbienne, mais les trouve trop linéaires, pas assez logiques, comme s’ils étaient revenus des bêtes. Avec sa sensibilité et son opiniâtreté,  elle va rechercher celui qui se fait appeler Wittgenstein, un tueur érudit, qui va justifier ses actes au nom de la philosophie et de son rôle dans la société.

Hallucinant ! C’est le premier terme qui me vient à l’esprit en refermant la dernière page de ce roman. Car, bien qu’il ait été écrit il y a vingt ans, le sujet est d’une actualité confondante. Pas de véhicules volants ici, Philip Kerr nous décrit un monde qui est finalement le nôtre aujourd’hui, et on ne peut que penser qu’il est doué d’une qualité de visionnaire, tant on a l’impression que ce roman pourrait être écrit aujourd’hui.

Et que dire du personnage de Jake, cette femme désagréable mais douée, qui déteste les hommes parce que … (je ne peux pas vous le dire, désolé !), mais qui pour autant est parfaitement consciente de ses faiblesses. Philip Kerr sait éviter les poncifs qui auraient fait de ce portrait une démonstration balourde. Tout se justifie par ses pensées mais aussi par son dialogue avec le meurtrier, par chapitres interposés.

Car la construction est alternée entre Jake et le meurtrier, ce qui donne des allers retours entre l’enquête et les pensées les plus intimes du tueur. Cela permet d’aborder de nombreuses pensées philosophiques (d’où le titre) qui vont de la vie à la mort, de la culpabilité à Dieu, mais surtout la faculté d’une société à fabriquer ses propres monstres au travers de ce dispositif permettant de prédéterminer les individus potentiellement dangereux.

Ne venez pas y chercher un roman d’action, mais un roman qui va vous faire réfléchir, au travers de sujets contemporains. Même si certains passages sont un peu longs, ils sont toujours justifiés, l’ensemble est tout bonnement hallucinant, car je n’ai jamais rien lu qui s’en rapproche. Et cela m’a démontré que la philosophie est un domaine passionnant. Peut-être faut-il faire lire ce roman à tous les étudiants qui préparent le BAC ?

Je m’aperçois que je ne l’ai jamais dit : Un grand merci à Anne Blondat pour toutes ces découvertes !

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