Mémoire Assassine de Thomas H.Cook (Points2 Seuil)

Attention coup de cœur ! Ceux qui sont des inconditionnels de ce blog auront compris que cette introduction est aussi la conclusion de ce billet. Pour les autres, ne lisez pas ce billet, courez acheter ce roman remarquable à tous points de vue.

Dans les années 1990, Steve Farris est travaille dans un cabinet d’architectes. On pourrait dire de lui qu’il est un homme comme les autres. Il vit heureux avec sa femme Marie et son fils Peter, a comme tout un chacun ses joies et ses peines. Sauf que Peter porte en lui un drame qui l’a marqué et qui fait qu’il ne sera jamais comme tous les hommes : un jour, son père William a abattu sa famille et seul Steve en a réchappé, sans comprendre vraiment pourquoi.

Un jour, Une jeune femme prend contact avec lui. Elle se nomme Rebecca et est en train d’écrire une étude sur cinq cas de meurtres similaires, et cherche à comprendre ce qui a pu pousser ces hommes à exécuter ces atrocités. Elle a déjà terminé quatre de ses études et le cas Farris est le dernier qu’elle veut élucider. Elle va donc discuter avec Steve lors de rendez vous de ses souvenirs.

Steve, qui a gommé ce pan dramatique de sa jeunesse puisqu’il a été élevé par sa tante puis son oncle, va retrouver des bribes qu’il va assembler petit à petit. La soif de comprendre le pourquoi va devenir obsessionnelle et revivre pendant un moment la vie de famille de l’époque avec son père William, quincaillier passionné de bicyclettes, sa mère Dorothy une femme effacée à l’air toujours malheureux, Jamie le frère aîné toujours révolté, solitaire et de mauvaise humeur, et Laura, sa grande sœur pour qui il avait une admiration et un amour sans bornes.

Remarquable, beau, passionnant, dramatique, subtil, profond, tels sont les quelques adjectifs que je pourrais donner pour vous donner envie de lire ce livre. Car je ne vais pas répéter tout le bien que je pense de Thomas H.Cook, le talent de parler de sujets difficiles en partant d’une histoire simple. Son style fluide est un vrai plaisir à lire, et il va sûrement faire partie, comme pour moi, de vos auteurs favoris.

Ce roman, à la construction implacable (et j’y reviendrai) est écrit à la première personne. Et cela donne d’autant plus de poids à la psychologie de Steve, cet homme marqué à vie, avec cette cicatrice qu’il a refermée lui-même et qui, tout au long de l’intrigue, va se rouvrir, jusqu’à devenir sa seule obsession, au risque de se perdre. C’est un portrait d’un écorché vif, qui vit avec une seule question : Pourquoi a-t-il réchappé de ce massacre, et pourquoi son père a fait cela ?

Et c’est bien l’un des sujets du roman : Comment construisons nous notre vie, sur quels souvenirs, quelle est la part de subjectivité dans nos événements passés, comment et pourquoi nous aveuglons nous nous-mêmes ? Car petit à petit, Steve va retrouver des petites scènes, des mots, des expressions qui vont, comme de petites touches sur un tableau de peinture, dresser une image de sa famille qui va s’avérer moins idyllique que ce qu’il a toujours cru.

C’est une histoire aussi de l’innocence perdue, de la prise de conscience des autres, de la famille, de la versatilité de l’amour, du fragile équilibre des relations entre les êtres qui s’aiment, des rêves qui ne restent que des rêves, des cauchemars qui sont des cauchemars indélébiles. Tout au long du roman, Thomas H. Cook nous dissémine des indices qui ne s’expliqueront qu’à la fin, et on ne peut qu’être admiratif devant l’art du maître, devant cette construction implacable et dramatique.

Car, il y a aussi la vie présente. Ce livre ne fait pas que fouille dans les limbes de la mémoire de Steve. Il décrit aussi tous les petits gestes de la vie de tous les jours, toutes les petites discussions avec sa femme ou son fils, les petites expressions si insignifiantes qui vont aussi aboutir à construire cette histoire dramatique et même si je ne peux vous en dire plus, le passage entre les pages 400 et 420 sont un grand moment de roman noir comme j’en ai rarement lu et vécu. Ce roman est un monument, à classer juste à coté de Les feuilles mortes, c’est dire son niveau ! Il faut aussi, à mon avis, rendre hommage au traducteur Philippe Loubat-Delranc qui a su retranscrire toute la subtilité du style de Thomas H.Cook.

C’est un inédit qui date de 1993 et il est publié en format poche, alors n’hésitez pas ! Le format Points2 et un format particulier qui propose une lecture verticale. Un petit mot sur ce format, d’ailleurs : Si la lecture est aisée grâce à une excellente qualité du papier et de l’impression, j’aurais aimé quelques millimètres supplémentaires sur les marges droite et gauche du texte pour faciliter la prise en main ainsi qu’un liseré marque page … pour marquer les pages. Sinon, le format ultra compact du livre est une grosse qualité de cette collection Points2 avec une très bonne lisibilité.

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