Red room lounge de Megan Abbott (Editions du Masque)

Adieu Gloria, son précédent roman paru en France aux éditions du Masque, était un coup de cœur Black Novel. Ce roman, paru en 2005, est en fait le premier de cet auteur hors norme.

Elle s’appelle Lora King et vit avec son frère Bill. La vie ne les a pas épargné car ils ont perdu leurs parents très jeunes lors d’un incendie. Ils ont été bien élevés par leurs parrain et marraine mais ont surtout gardé des liens incassables, une relation que personne ne peut expliquer et qui peut traverser toutes les tempêtes. Leur petite vie va être bouleversée par l’arrivée d’une femme.

Un soir, Bill se rend sur les lieux d’un accident de voiture. Au volant, une superbe jeune femme, Alice est blessée. Bill l’emmène à l’hopital, et rapidement en tombe amoureux. Alice est costumière pour le cinéma. D’ailleurs, six mois plus tard, Bill et Alice se marient. Lora, qui est institutrice, va réussir à faire embaucher Alice dans son école.

Sauf que, avec ce mariage, Lora y perd beaucoup. Malgré la gentillesse de Alice, malgré sa volonté de se faire accepter dans les associations de quartier, malgré les dîners qu’elle organise avec les collègues de Bill, Lora voit Bill s’éloigner. Elle met en doute la sincérité de Alice, trouve que tout est bizarre, et en vient à enquêter sur sa belle sœur.

Le titre du roman original est Die a little, tiré de la célèbre chanson de Gerschwin, et il résume tellement bien ce roman. Car ce roman parle du doute, de la jalousie, de l’amour, et de la perte d’innocence. Lora était tellement bien installée dans sa petite vie, en plein confort, qu’elle va essayer de résister pour conserver ses relations avec son frère. Son monde était tellement beau, tellement propre, que quand elle gratte la surface huilée de sa belle sœur, elle va plonger dans un environnement qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.

Ce roman est fait de milliers de petites scènes, écrites par la narratrice, et ce procédé est redoutable pour raconter une histoire avec le manque d’objectivité suffisant pour faire planer le doute. Car Lora va occulter des faits, des gestes la concernant, et par contre, elle va décrire dans le détail son enquête. On sent bien que c’est une personne qui va perdre son innocence, ou du moins qui veut paraître innocente. La description de l’époque (les années 50) est parsemée de petits détails qui permettent de nous plonger dans la vie de tous les jours d’une femme comme toutes les autres.

Avec le rythme lent et minutieux, je me suis par moments demandé où Megan Abbott voulait m’emmener, mais j’ai tout le temps été attiré par cette intrigue sinueuse. Et finalement, ce roman est hypnotique, vénéneux comme il faut, terriblement addictif. Il n’y a aucune action, le style est froid comme de la glace et la psychologie est redoutablement juste. Pour un premier roman, c’est tout simplement impressionnant et Megan Abbott nous l’a démontré par la suite.

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