Black Music de Arthur Dapieve (Asphalte)

Voici le petit dernier de chez Asphalte, une nouvelle histoire plongée au plus profond des bas-fonds citadins. Cette fois-ci, c’est au Brésil que cela se passe, dans les favelas de Rio de Janeiro.

C’est la fête de Saint Judas Thadée en centre ville. C’est la folie, les marchands ambulants envahissent les rues, les gens se dirigent vers l’église, et la circulation est extrêmement difficile. Le bus qui doit amener les étudiants à l’école est bloqué dans les embouteillages. Michael aurait du aller pisser avant de partir de chez lui ce matin !

Soudain, trois personnes débarquent, affublées d’un masque de Ben Laden. Ils sont lourdement armés, et se précipitent dans le bus à la recherche de Maïcom Filipi. En fait leur prononciation est mauvaise, et ils enlèvent Michael Philips, jeune adolescent noir américain de 13ans, fils d’un cadre qui travaille pour une grosse société américaine.

Les kidnappeurs s’avèrent être des amateurs, leur demande est au départ de 200 000 real, mais elle devient 200 000 dollars après une question innocente de Michael. Tous vivent dans les favelas, ils sont tous adolescents entre 13 et 17 ans, ils sont menés par Musclor et vivent de petits larcins. Michael va petit à petit les connaître, apprendre et se rapprocher d’eux.

Ce roman est un petit livre (120 pages), et c’est probablement le principal et seul défaut que je pourrais lui adresser. Le roman est découpé en trois parties bien distinctes, toutes narrées à la première personne du singulier. Ces trois personnages vont nous narrer leur vision de la vie dans les favelas. Michael, attaché sur sa chaise, va découvrir ses ravisseurs et se trouver des points communs d’adolescent. Il va aussi perdre son innocence, être plongé dans un monde de violence sans se rendre vraiment compte de l’arsenal que ces jeunes trimballent.

C’est un monde de brutes, répondant à la loi de la jungle, une lutte constante pour la survie. La deuxième et la troisième partie en sont la parfaite illustration. Musclor nous décrit son quotidien au travers d’un poème, ou d’une chanson de rap. Il grave sa haine, sa violence quotidienne, sa volonté de se battre contre la police, contre tout, contre tous, contre lui-même, avec les armes qui le rendent plus fort.

Puis vient Jo, l’une des petites amies de Musclor. A la fois naïve parce que c’est une jeune fille et mature parce q’à 16 ans, elle a déjà beaucoup vécu, son rêve d’avoir un enfant remplit sa vie et constitue son seul espoir. Son instinct maternel est en contradiction avec l’inhumanité du monde des favelas, sorte de microcosme en vase clos, où on n’a pas le droit de rentrer si on n’en fait pas partie. Et je ne vous parle pas de la fin …

Comme je vous le disais, c’est un portrait sans concession, sans jugement de ce monde à part, à coté du monde dit civilisé, où le trafic de drogue permet d’acheter des armes pour se défendre. Vu de l’intérieur, sous la forme d’un huis clos, le portrait est éloquent, ces jeunes survivent en sachant qu’à tout moment, ils peuvent tomber, mourir. J’aurais aimé que ce roman soit un peu plus long comme je l’ai dit, mais, à la dernière page, il m’est resté comme un goût amer dans la bouche.

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