De chacun selon sa haine de Maurice Zytnicki (Editions Loubatières)

Après l’excellent Letal rock, j’étais curieux de lire le nouvel opus de Maurice Zytlicki. Avec une quatrième de couverture comme cela, cela ne pouvait qu’être alléchant, et cette lecture le fut à beaucoup d’égard.

De nos jours, entre Toulouse, Paris et Lyon. Deux corps sont retrouvés égorgés chez eux à Toulouse ; deux professeurs qui avaient une vie sans problèmes. Le capitaine Leïla Hilmi est chargée de l’enquête. Et les pistes ne mènent nulle part, jusqu’à un communiqué provenant d’un mystérieux groupuscule appelé le CLN ne vienne mettre le feu aux poudres.

Le CLN, ou Comité Louis Negrette, du nom d’un ouvrier plombier qui fut tabassé à mort alors qu’il venait réparer un dégât des eaux dans une cité, revendique la résistance contre l’invasion des non-français. Se positionnant comme une force de libération de la république, ses communications sont inspirées de tous les groupes opprimés que l’histoire a connus de l’Algérie à l’Indochine ou la Yougoslavie, et ses actes terroristes vont aller crescendo dans la violence.

Ces actes vont rompre le fragile équilibre de la société, et trouver des échos dramatiques aussi bien auprès des immigrés intégrés que des Français qui se sentent en danger. Le message porte d’autant mieux qu’il ne revendique aucun message extrémiste raciste, et qu’il veut rassembler ceux qui croient à la suprématie de la nation et de la République. Quoi de mieux pour fédérer que de demander une réaction du peuple devant une invasion ? Le pays va alors sombrer dans le chaos.

Si vous ne connaissez pas Maurice Zytnicki, autant que vous sachiez que le personnage de flic est au centre de la trame, mais que Leïla est en fait un personnage secondaire. Comme dans Letal Rock, la place est laissée au CLN et à ses membres actifs, tous affublés de noms de code allant de Marsouin à Melchior en passant par Clémentine ou José Luis. Ils sont tous d’origine sociale différente, mais ont tous un idéal commun, cette idéologie d’opprimés, qui va mener au chaos.

J’aurais tant aimé donner un coup de cœur à ce roman, tant il y a des scènes tout bonnement hallucinantes, telles les scènes d’après attentats où, sans faire d’esbroufe, on découvre les lieux balayés par les idées destructrices de ce petit comité, ou bien les luttes intestines entre les membres qui cherchent qui à monter dans la hiérarchie, qui à se faire bien voir du chef. La psychologie des personnages est redoutablement bien fouillée, même si parfois, je l’ai trouvée un peu trop descriptive.

Ou encore, je peux citer ces scènes de discussion entre Leïla Hilmi, d’origine turque, et son père sur l’intégration des étrangers. Leïla croit à l’impossible, juste parce qu’elle a des amis français, qu’elle fait partie de la police, qu’elle se sent bien dans ce pays. Son père, lui, a perdu ses illusions, sans pour autant faire de manifestation ; il sait que quoi qu’il fasse, il ne sera jamais accepté, il ne sera jamais français. J’ai trouvé ces scènes poignantes, incroyablement et émotionnellement fortes.

Le seul bémol, ce sont ces scènes de discussion ou de négociation entre les membres du CLN pour savoir quelle cible ils vont prendre, ou comment ils vont s’y prendre, qui m’ont paru longues. Et puis, le CLN étant organisé en branches indépendantes, la branche parisienne est en concurrence avec celle de Lyon. Mais on ne voit jamais les gens de Lyon apparaître dans le roman.

Ce sont de petits détails qui ne gênent pas la lecture mais qui font que ce roman n’est qu’un très bon polar, alors que j’aurais aimé plus. Cette peinture de la société, où les dirigeants tirent sur une corde déjà tendue à l’extrême, se révèle être une bonne réflexion en même temps qu’un cauchemar. Et en refermant le livre, on regarde cet édifice s’écrouler, que l’on a mis tant d’années à construire.

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