La ligne de tir de Thierry Brun (Editions Le passage)

Lorsque j’avais lu Surhumain, j’avais pressenti la patte d’un auteur qu’il fallait suivre. De la composition des personnages jusqu’aux situations très cinématographiques, il y avait des promesses pour l’avenir. Voici le deuxième bébé de Thierry Brun, plus grand, plus complet, plus ambitieux.

Difficile de trouver un personnage central dans ce roman, car on a droit à une pléiade de vies, qui se suivent, se pourchassent, se traquent, se rencontrent et s’entrechoquent. Le commissaire Fratier est celui qui va déclencher le cataclysme. Depuis la mort du parrain local nancéen, Hocine Albane, qu’il a fait éliminer pour cause de concurrence, les juges Lachaume et Clira ont décidé de le poursuivre pour au moins le délit de corruption.

Car Fratier est un vrai pourri, trafiquant de drogue en mèche avec le nouveau parrain Shadi Atassi le Syrien, entouré par ses gardes du corps sans pitié. Fratier sait que toute l’accusation repose sur le témoignage de Loriane Ornec, une flic infiltrée qui est passée du coté obscur avant de se ranger des trafics. Dans ce petit monde de truands, fourmille de nombreux tueurs, dont Patrick Jade, formidable personnage froid et sans pitié, atteint d’une maladie oculaire qui va lui faire perdre la vue dans l’année.

Loriane Orsec va disparaître, à la suite d’une négociation ratée pour le compte de Atassi. Tout le monde va la rechercher pour la tuer. Patrick Jade, qui est amoureux de Loriane, va aussi la poursuivre pour la sauver.

C’est un véritable coup de force que Thierry Brun nous concocte là, en nous narrant une course poursuite avec plusieurs chasseurs et plusieurs lapins. Chacun court après l’autre, chacun devient le chasseur avant de devenir le chassé, et cela permet de laisser le lecteur dans l’expectative, car il ne sait pas qui va vivre, qui va survivre et qui va mourir. L’intrigue est foisonnante, passant d’un personnage à l’autre, avec des chapitres courts qui ne laissent pas le temps de respirer.

Pour autant, on n’est pas perdu au milieu de ce microcosme. Chaque personnage a son passé, son histoire, et c’est probablement là le vrai sujet du roman. Thierry Brun essaie de nous montrer quelles sont les actes qui forgent une vie, les moments qui font que l’on passe de l’autre coté de la ligne jaune, que l’on devient froid comme l’acier d’une lame. On a droit à des scènes d’une violence inouïe, sans être démonstrative, laissant le lecteur imaginer les détails et qui construisent la psychologie des tueurs mercenaires par petites briques. C’est aussi l’occasion de passer par les dénonciations des horreurs au Congo, en Serbie, et l’utilisation de tueurs payés par l’état pour nettoyer le linge sale.

Et effectivement, le style de Thierry Brun a beaucoup progressé, ou plutôt évolué depuis Surhumain. Chaque scène est impeccablement construite, servie par un style d’une efficacité bluffante. Chaque phrase vise avant tout l’efficacité, il n’y a pas un mot de trop, pas une description inutile, et les dialogues font mouche à tous coups. J’ai trouvé que chaque page était un plaisir à lire, par la mise en scène simple, et les petits détails qui font mouche dans l’imagination du lecteur.

Sous couvert d’une course poursuite multiple, ce roman démontre que Thierry Brun est bien un auteur à suivre, et qu’il va falloir suivre de très près ses prochaines productions. Car La ligne de tir est un roman impressionnant, un roman sur la construction d’une vie.

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