Triple crossing de Sebastian Rotella (Liana Levi)

Ce roman m’a été fortement conseillé par Coco, alors, du coup j’en profite pour passer un message personnel : merci pour tes conseils, merci pour les bouquins que tu me donnes et merci pour m’avoir poussé à lire cet excellent roman.

Ils sont deux, deux hommes, chacun d’un coté de la frontière américano-mexicaine. Le premier s’appelle Valentin Pescatore, d’origine italienne, et travaille dans la police frontalière étatsunienne ; le deuxième s’appelle Mendez, flic mexicain incorruptible, à la tête du groupe Diogène, sorte d’équipe de terrain qui lutte contre le trafic de drogue. Entre les deux, la superbe Isabel Puente, agente américaine, va se servir d’eux et tirer les ficelles de cette histoire.

Le rôle de la police frontalière est de récupérer tous les migrants illégaux qui passent la frontière. De plus en plus Valentin récupère des AQM (Autres Que Mexicains), ce qui lui occasionne plus de paperasse. Alors que ses collègues profitent de la détresse de ces gens pour laisser libre cours à leurs instincts bestiaux, Valentin est un gentil, pris d’empathie envers ces gens qui espèrent sortir de leur misère. Alors qu’il course Pulpo, un passeur, il passe la frontière ce qui passe pour un acte illégal.

Mendez va interroger valentin et souhaite l’inculper, car il pense que Valentin est un pourri qui cache son jeu. Isabel Puente va récupérer Valentin et l’obliger à infiltrer le gang de son chef Garrison, soupçonné d’être en affaire avec les gangs qui détiennent le trafic de la Triple Frontière (Brésil, Paraguay, Argentine).

Quoi ? Triple crossing est un premier roman ? Alors, permettez-moi de tirer mon chapeau à Sebastian Rotella. Car vous trouverez ici de quoi vous passionner du début à la fin de ce livre, dont le seul reproche que je pourrais faire (si c’en est un) est parfois son coté enquête et investigation qui prend le pas sur la fiction. Mais sans doute est-ce du au métier de l’auteur, car il est journaliste et nous dévoile une connaissance aussi étonnante qu’ébouriffante sur les cartels de la drogue et la situation effarante des trafics de la drogue à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et leurs conséquences jusqu’au plus haut point des états.

La construction est efficace et connue : passer d’un personnage à l’autre à chaque chapitre. Et c’est d’autant plus prenant que cela nous permet de voir les deux cotés de la frontière : d’un coté, la police mexicaine embourbée dans ses problèmes de corruption généralisée (voire plus), de l’autre l’organisation sans faille des narcotrafiquants du plus bas de l’échelle jusqu’aux plus hautes instances dirigeantes. La loi n’a plus voix au chapitre, c’est juste « tu te soumets ou tu meurs ». Les scènes d’assassinat sont d’ailleurs un autre des points forts de ce roman, arrivant sans prévenir, décrite succinctement pour avoir plus d’impact.

Alors, certes, ce roman n’a pas le souffle épique de La griffe du chien de Don Winslow, ou les envolées lyriques de Tijuana Straits de Kem Nunn. Mais le coté reportage ne peut que nous faire froid dans le dos, et les personnages sont bien attachants. Et puis, n’oublions pas que c’est un premier roman, et en cela, c’est un roman à ne pas rater, c’est bien plus efficace et mieux fait qu’un reportage d’Envoyé Spécial.

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