INTERROGATOIRE DE THOMAS H. COOK par Jean

Retour de mon ami Jean dans la rubrique des invités du vendredi. Il me devait un article sur un roman qu’il avait aimé, adoré. Et quoi de mieux que de lire un roman de Thomas H.Cook, auteur qu’il a découvert car j’ai tant insisté pour qu’il lise les Feuilles mortes !

Comme d’habitude, il est inarrêtable. Et quand on lit son avis, on ne peut que se précipiter chez son libraire pour acheter son roman. Alors, courez acheter Interrogatoire de Thomas H.Cook, vous ne serez pas déçus ! Et bien entendu, allez faire un tour sur son blog dont le nom évoque Jack Taylor : http://jackisbackagain.over-blog.com/

Après Les feuilles mortes, Interrogatoire est le deuxième roman que j’ai lu de cet immense auteur.

L’un comme l’autre sont des incontournables. Je vous mets en garde : ce n’est pas un sourire béat qui vous barrera le visage quand vous refermerez ces écrins. Le visage, vous l’aurez plutôt en forme de point d’interrogation, la bouche en O; votre entourage risque de vous demander si vous allez bien.

1952. Albert Jay Smalls, un vagabond est interpellé près d’un terrain vague où est retrouvé le corps d’une fillette de huit ans. Je précise que notre vagabond vit dans un tunnel cylindrique en béton. Il voit et sait tout ce qui se passe alentours.

Les inspecteurs Jack Pierce et Norman Cohen sont chargés de l’interrogatoire.

Tous deux convaincus de la culpabilité de « Jay », ils n’ont aucune preuve et ont douze heures, pas une minute de plus, pour faire craquer leur « client ». Faute de quoi, la loi les y oblige, ils seront contraints de relâcher leur suspect.

Cette affaire touche les deux policiers au plus profond d’eux-mêmes.

Jack Pierce a perdu sa fille, assassinée par un sadique que la police n’a jamais arrêté ; ou plutôt, il y a bien eu arrestation d’un suspect mais la police n’a jamais pu rassembler les preuves de la culpabilité de cet homme qui est ressorti libre comme l’air.

Norman Cohen, lui, a été marqué au fer rouge par ce qu’il a vu en 1945, lorsqu’il a participé à la libération des camps nazis.

L’homme aime avoir des certitudes, savoir ce qui est bien ou mal, qui fait le bien, qui fait le mal. Cette frontière est rassurante, elle permet de vivre sa vie en étant du bon côté. Tout ce qui nous rapproche de cette frontière, là où les extrêmes se touchent, se heurtent, s’affrontent nous plonge dans le malaise, le mal-être.

Si l’on vous dérobe votre portefeuille, vous préférez pouvoir affirmer « c’est lui » que dire « c’est peut-être lui ». Dire « c’est lui » clôt presque instantanément l’incident, vous pouvez classer l’auteur du larcin dans la colonne du mal. Par contre, « c’est peut-être lui » ouvre la porte des suppositions, du doute, de l’incertitude. C’est extrêmement dérangeant, pas de quiétude possible, sérénité envolée.

Thomas H. Cook nous plonge avec génie dans le registre de l’ambiguïté. Le bien et le mal cohabitent, flirtent, il n’y a pas de frontière. On passe de l’un à l’autre au gré de nos convictions de l’instant, convictions balayées l’instant d’après.

On se sent très mal. A quoi nous raccrocher ?

Je vous pose une question : avez-vous jamais grimpé un escalier en béton d’un immeuble en construction dont la rampe n’a pas encore été placée ? La terreur s’installe au fur et à mesure que vous gravissez les marches inégales, vous longez les murs qui n’offrent aucune prise, vous ne pouvez vous empêcher de jeter un regard d’effroi vers le vide, vos jambes n’ont plus l’assurance du début, vous êtes tentés de poser vos mains sur la marche devant vous et puis vous le faites, carrément. Vous songez à vous asseoir un instant, c’est encore pire ! Vous avez la bouche sèche, vos muscles sont tétanisés, sueurs froides. Poursuivre l’ascension ou redescendre marche après marche sur votre postérieur ? Vous n’êtes plus capables ni de l’un ni de l’autre.

En revanche, vous n’auriez probablement aucune difficulté à monter ce même escalier équipé d’une main courante ou d’un garde corps en bois, provisoire et nullement garant d’une chute mortelle. C’est cela, l’ambiguïté, ce garde-corps symbolique dont seule la vue vous rassure mais qui, en réalité, ne vous protège de rien.

Pierce et Cohen vont commencer à interroger Albert Jay Smalls ensemble. Mais Jay n’est pas du genre causeur. En langage policier, on dit le soi-disant Albert Jay Smalls; en effet, on ne sait rien de sa véritable identité ni de l’endroit d’où il vient, âge approximatif : 25-30 ans.

Au hasard de l’interrogatoire, en réponse à une question de Cohen, Jay lâche que sa mère l’emmenait tous les jours sur la grande roue quand il était gosse.

Cohen en déduit en déduit que cette grande roue devait être installée en permanence. Or, la seule grande roue permanente dans la région était située à Seaview. Et Jay a l’accent du coin.

Pierce, après un échange verbal un peu rude avec Cohen, va partir à la recherche du passé de Jay ; l’interrogatoire a commencé à 19h17. A 21h37, Cohen se retrouve seul aux commandes et ce jusqu’à 06h le lendemain matin.

Thomas H. Cook est un virtuose. Son récit est remarquablement balancé autour des scènes d’interrogatoire de Jay et les recherches de Pierce à Seaview…qui vont l’emmener ailleurs.

Au gré des réponses vagues et laconiques de Jay, l’auteur nous plonge dans le parc où la fillette a été retrouvée. Jay dit beaucoup de « conneries », du genre, « il y avait un autre homme… ». Tout ce qu’il lâche sera minutieusement vérifié.

Le parc et la plaine de jeu n’auront plus de secret pour vous.

Vous découvrirez d’autres lieux et d’autres protagonistes ; moi, je descends ici mais avant, je ne peux m’empêcher de vous dire que le final de cette petite perle est tout bonnement époustouflant. Que du bonheur !


Interrogatoire

Thomas H. Cook

Le livre de Poche

317 pages

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