La fin de l’innocence de Megan Abbott (Jean Claude Lattès)

Je pense que nous sommes plusieurs à attendre les romans de Megan Abbott, car ils sont d’une subtilité rare, et nous offrent bien souvent des sujets de réflexion intéressants alliés à des intrigue noires de grande qualité. Celui-ci est conforme à mes attentes.

Lizzie est une jeune fille de treize ans, et sa meilleure amie est sa voisine Evie Verner. Leur relation est telle qu’elles passent toutes leurs journées ensemble. Comme les parents de Lizzie sont divorcés, elle aime se retrouver parmi la famille de Evie, au milieu d’une famille normale. D’autant plus que la sœur ainée de Evie, Dusty, est une grande de 17 ans, une icône, un exemple à suivre.

Un soir, à la sortie de l’école, Evie disparaît. Toute la région se mobilise pour retrouver la jeune fille, imaginant le pire. Lizzie est la dernière à lui avoir parlé, lui demandant si elles rentraient ensemble, mais Evie va refuser. Lizzie va donc être particulièrement impliquée dans l’enquête, devenant aussi de plus en plus présente dans la famille Verner. D’autant plus qu’elle se rappelle avoir vu une voiture de couleur Bordeaux trainer devant la maison des Verner. Or, Harold Shaw, l’assureur de la famille possède ce genre de voiture. Lizzie est donc persuadée qu’il est le coupable.

Le titre anglais est bien plus précis que le titre français. The end of everything (La fin de tout) indique clairement ce à quoi vous devez vous attendre. Ce roman, narré à la première personne du singulier, nous place dans la peau d’une jeune fille de treize ans, innocente, naïve, vivant dans un monde idéal entre sa famille et surtout ses amies. Et c’est là toute la qualité de ce roman, subtil comme tous ceux de Megan Abbott.

Car La fin de tout nous montre bien la fin de la jeunesse, la fin de l’enfance, la fin de la pureté et l’entrée dans l’âge adulte. A son niveau, elle va être submergée par des émotions qu’elle ne comprend pas encore, être à la fois sure de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle raconte, de ce qu’elle invente, et faire progresser l’intrigue à son niveau. Toujours, nous allons nous retrouver devant cette petite fille qui va à la fois être subjuguée par Dusty, puis attirée par M.Verner, tout cela décrit par de petites scènes mises bout à bout, comme de magnifiques petites briques montant un mur imparable.

Et là où je suis abasourdi, c’est par la maitrise du suspense psychologique mis en place par Megan Abbott, utilisant un mot flou à plusieurs significations, nous laissant avec plusieurs interrogations, et impatients de connaître la suite. D’ailleurs, je voudrais souligner l’excellent travail de la traductrice Isabelle Maillet, pour avoir aussi bien rendu toute la subtilité, le doute et l’insouciance cachés dans le texte. Quelle maitrise dans le choix des mots, dans la construction des phrases, dans le flou des expressions.

C’est un roman que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher, tant on est envahi par les pensées de Lizzie, tout en gardant ce léger détachement pour se rendre compte de ce qu’elle raconte ; en gros, c’est une expérience assez bouleversante, qui nous rappelle sans cesse qu’un drame est en train de se dérouler. Le suspense est très bien entretenu, avec une grande tension car c’est Lizzie qui est aux commandes, et jamais on ne se doute de ce qui va arriver. Elle nous démontre combien il est difficile de descendre de la vie de princesse, de sortir de l’enfance pour entrer dans la vie des grands. Un roman tout simplement magnifique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s