Le jour du fléau de Karim Madani (Gallimard série noire)

De Karim Madani, j’avais été époustouflé par l’ambition de Cauchemar périphérique, découvert grâce à Polar SNCF. Impossible par conséquent de rater son nouveau roman Le jour du Fléau. Un roman noir dans la plus pure tradition du genre.

Paco Rivera est flic à Arkestra. Il entre à la brigade des mineurs, après avoir travaillé à la brigade des stupéfiants. En fait, il a changé de boulot, car il vient d’échouer dans une précédente enquête qui s’est terminée par son informatrice, Katia. Cette jeune droguée a en effet été torturée, puis droguée par ceux que Paco poursuivait. Toute la scène a été filmée en direct, puis envoyé à son adresse.

Changer de service ne veut pas dire que le travail va être plus facile, loin de là. Le métier de flic à Arkestra veut dire côtoyer la fange de l’humanité, les bas-fonds de l’âme : entre fréquenter les shootés overdosés et les victimes de violence enfantine, le résultat est le même : rencontrer le pire dans ce l’homme est capable de créer.

Paco fait donc équipe avec Gina, une lesbienne noire, efficace et professionnelle et leur équipe fait des merveilles. Ce jour-là, on les charge de retrouver Pauline, une jeune fille de seize ans. Cette enquête minutieuse va les mener sur la trace d’un mystérieux personnage qui se fait appeler le Photographe, et l’intrigue va mettre à jour une organisation à faire froid dans le dos.

Quand j’ai rencontré Karim Madani à Lyon, nous avons discuté de son livre et des différences que j’allais y trouver par rapport au précédent. Il m’a dit alors cette phrase dont je me rappelle encore aujourd’hui : Construire une histoire dans une ville imaginaire, cela laisse plus de liberté. A la lecture de ce Jour du fléau, l’impression (double) que cela me laisse, c’est une noirceur totale et le plaisir que l’auteur a eu à écrire cette histoire.

Ce roman est une bonne synthèse de roman noir. Tous les ingrédients (d’aucuns diront les clichés) sont présents, du flic désespéré alcoolique et drogué au sirop contre la toux, des tueurs en série mystérieux, des flics véreux. Tout y est, et tout est assimilé, intégré dans une intrigue que l’on suit avec plaisir, pour peu que l’on aime le roman noir (et j’adore), car le ton y est définitivement noir.

Les quartiers sont crades, les personnages en voie de désespoir final, le ton est glauque. Bref, ne comptez pas sur ce livre pour vous remonter le moral. A la lecture, on a l’impression de revivre et revoir Blade Runner, le film je veux dire, avec cette absence de lumière et cette pluie incessante, déprimante. Et si Arkestra est complètement imaginaire, Karim Madani insère dans son livre des détails, des marques qui nous rappellent que la réalité n’est jamais très loin. On y retrouvera aussi de nombreuses références à la musique ou aux auteurs de romans noirs. Un livre en forme d’hommage ? Pas seulement.

Un pur roman noir, dans le plus pur style du genre, écrit et décrit avec célérité, comme si on était sous amphétamines, voilà ce à quoi il faut s’attendre. Les grognons diront qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les amateurs aimeront ce roman, justement pour ce ton sans espoir, glauque, humide, noir mat. Le ton et le personnage principal donnent un roman très convaincant, et le sous-titre du roman (Les chroniques d’Arkestra) nous donne à espérer qu’il y aura d’autres intrigues dans cette ville en décomposition, ce que je souhaite de tout mon cœur.

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