Chamamé de Leonardo Oyola (Asphalte)

« Ils ne commencent jamais.

Ils explosent.

D’un coup.

Ils sont comme ça, mes rêves. »

Ainsi parle Perro, un jeune délinquant complètement déjanté. Encore qu’il y a pire dans le genre, à savoir son ami le pasteur Noé. Ils se sont rencontrés en prison, où ils se sont battus ensemble contre des paraguayens pour sauver leur peau. Depuis, ils sont inséparables, les meilleurs amis du monde : Perro le fou de la route, le dingue du volant et Le Pasteur Noé chargé de porter la bonne parole ensanglantée.

« J’ai fini par me faire tatouer un truc qui me rappelait ma première copine. Celle qui m’avait fait prendre conscienceque je ne faisais pas et ne ferais jamais partie du camp des gentils. »

A travers leur périple, dans un environnement toujours plus violent et sans limites, Ils envisagent le kidnapping comme potentielle source de revenus. Ils prennent donc la fille d’un ingénieur américain et demandent une rançon. Lors de la remise de l’argent, Perro se retrouve trahi et piégé par son ami de toujours, et enfermé en prison pour kidnapping et meurtre. Libéré par le pasteur Noé, il va le poursuivre pour se venger. Car il doit suivre les 10 commandements de la corporation :

« Tu ne trahiras pas.

Tu n’abandonneras pas ton partenaire après un coup qui aurait mal tourné.

Tu ne coucheras pas avec sa sœur.

Tu veilleras sur sa famille.

Tu exploseras le ou les flics qui ont causé sa perte.

Tu choperas le fric et tu feras jamais dans ton froc.

Tu baiseras bien profond ceux qui ont du pognon, jamais ceux qui n’en ont pas.

Tu ne feras pas de bruit.

Lorsque tu auras la maille, alors tu pourras te reposer.

Et quand ce sera ton tour de danser avec la plus moche, Guns N’Roses … tu seras aveugle et sourd-muet, comme dans la chanson de Shakira. »

Si Perro et Noé occupent le premier plan, leur périple va permettre de rencontrer une belle pléiade de personnages, tous plus ou moins cinglés et certains flics qui eux sont destinés à mourir, et plutôt rapidement. Pour vous imager un peu plus, Perro est un tueur avec des tendances romantiques par moments mais d’un caractère violent, très violent. Noé est un illuminé qui ressemble à un bulldozer dont le réservoir serait rempli d’amphétamines, et qui fait tomber tous les obstacles qu’il trouve en face de son objectif, à savoir batir une paroisse.

Ceux qui ont lu Golgotha vont en avoir pour leur argent. Accrochez vous, car Chamamé va encore plus loin. Et comme Chamamé a été écrit avant Golgotha, on peut se dire que Chamamé est la version décomplexée de Golgotha ou que le deuxième est la version assagie du premier. Car, si l’histoire est classique, nous avons là un livre noir, à la limite du cauchemar, dont on n’est pas près d’oublier ses phrases assassines, tranchées, coupées au couteau ou à la machette.

Il ne faut pas y chercher de message, dans ce road book, cette course poursuite, mais une volonté de faire vivre des personnages et des décors, en suivant scrupuleusement une intrigue très savamment tissée. Car le roman n’est pas linéaire, allant de digressions en souvenirs, de rêves en scènes hallucinantes et hallucinées. Tous les ingrédients sont fort bien intégrés sous la forme d’un polar dont on pourrait dire qu’il est un hommage au hard- boiled américain.

C’est aussi un roman imprégné de culture populaire, aussi bien américaine qu’argentine, faisant référence aux séries télévisées (le scenario fait penser à Shérif, fais moi peur la série navettissime des années 80) ou aux musiques (tout au long du roman on trouve des extraits de paroles) ou au cinéma (avec des phrases issues de Dirty Harry par exemple). C’est définitivement une constante chez cet auteur de revendiquer la culture des années 80.

Attendez vous à un rythme effréné, un roman écrit sous amphétamines, avec des dialogues savoureux, et des scènes très visuelles dans un style très cinématographique : pas de descriptions longues mais juste des petits détails pour donner un ton, une ambiance. Les phrases sont courtes, parfois hachées. Et la faculté de trouver les mots justes, les petits détails dans le décor, la petite touche d’un habillement font penser à un scenario de film. Et quel pied ce serait, de voir ce roman sur grand écran.

Sur la quatrième de couverture, il est dit qu’on y trouve des « scènes de bagarres d’anthologie dignes des films de Tarantino ». Effectivement, on ne peut penser qu’à Pulp Fiction tout au long de cette lecture, sans que Leonardo Oyola ait copié ou pastiché le film. Et si on peut y voir un hommage au hard-boiled ou aux Pulp Fictions américains, il est clair que j’ai eu entre les mains un livre culte. Et nul doute qu’il va devenir culte pour vous aussi !

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3 réflexions sur « Chamamé de Leonardo Oyola (Asphalte) »

  1. Là, ça m’intéresse ! Je note…

    Ils m’avaient fait rire, chez « Points », avec leur bandeau titre « ceci n’est pas un polar suédois » en référence à la déferlante de polars nordiques qui nous avait envahie.

    Mais heu… c’était pas chez eux qu’on trouvait le plus de polars nordiques ??? 😆

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