Sale temps pour le pays de Michael Mention (Rivages noir)

Dire que j’attends les romans de Michael Mention est une évidence. Je l’avais découvert grâce à Holden de Unwalkers, qui m’avait passé La voix secrète (GENIAL !) et Maison fondée en 1959 (Ambitieux). Sale temps pour le pays est un roman brillant, sur une période narrée par David Peace dans sa tétralogie de Leeds.

22 mars 1979. La Grande Bretagne se débat dans ses affres économiques et les attentats de l’IRA. Dans la salle de rédaction du Daily Mirror, Dennis Vaughn, appelé Darth Vader par ses employés pour sa sévérité, donne son avis sur la maquette du lendemain. Un courrier arrive, avec marqué URGENT dessus. Il l’ouvre, puis choqué, appelle Walter Bellamy, le responsable du poste de police de Wakefield. La lettre provient de l’éventreur de Leeds.

22 janvier 1976. Walter reçoit dans son bureau George Knox, son meilleur élément. Emily Oldson vient d’être retrouvée assassinée par des coups de marteau derrière la tête, puis plusieurs fois poignardée. C’est la deuxième victime d’une série qui va durer cinq longues années. George va être détaché sur cette chasse à l’éventreur.

Si vous comparez ce roman avec la tétralogie de David Peace, sous prétexte que l’affaire est la même, ce serait une grave erreur. Et passer à coté de cet excellent roman serait une lacune. Alors que David Peace exhorte sa jeunesse, fait sa propre psychologie pour soulager ses cauchemars, Michael Mention dessine un pays en désuétude, tombant en ruine, et des portraits de policiers formidables. Là où David Peace joue sur les ambiances et les obsessions de ses personnages, Michael Mention se concentre sur ses deux flics intègres et avant tout obsédés par leur boulot.

Mais parlons d’abord des personnages principaux. George Knox est un roc, un enquêteur à l’ancienne, à la fois doué et méthodique, dans tous les cas un travailleur hors norme. Il cherche à noyer ses problèmes personnels dans le travail. Sa femme se plaint de maux de tête récurrents, il est partagé entre son désir d’être avec elle et son besoin de traquer la bête. Il va faire équipe avec Mark Burstyn, plus jeune mais aussi doué. La rencontre entre les deux est assez particulière, ils vont s’affronter comme deux montagnes en mouvement, mais vont mutuellement s’apprécier pour leurs compétences reconnues. Sans en rajouter outre mesure, leur réserve fait qu’ils ne vont jamais dire ce qu’ils pensent l’un de l’autre, mais vont nouer une relation professionnelle et respectueuse, à la limite de l’amitié retenue.

Du contexte, je ne dirai qu’une chose, il m’a époustouflé. On assiste à un pays en pleine déchéance, les pierres tombent une à une, et l’avènement de Margareth Thatcher ne va pas améliorer les choses. C’est l’avènement de la modernité, la fin des travailleurs et l’arrivée de la finance. La documentation de cette période est tout simplement impressionnante, reprenant des articles de journaux, décrivant en un paragraphe des émeutes, en une phrase le désarroi de tout un peuple. Et le parallèle entre la situation du pays et le fonctionnement de la police est évident et tellement bien trouvé. Finies les enquêtes d’antan, finis les durs au labeur comme George, le pays tombe, la police patauge, George lui-même se tasse, se renferme, Mark le suit juste derrière. C’est clairement cet aspect, cette métaphore qui rend ce livre indispensable à lire.

Et puis, il y a ce style, cette façon de brosser un portrait en une phrase, un sentiment en un mot. Michael Mention est un styliste pur, un puriste stylisé. Sa volonté de rapprocher son intrigue d’une enquête journalistique, c’est pour ne pas alourdir le propos, pour le rendre si simple, si facile à lire. Et quand on tourne la dernière page, on veut déjà lire le prochain roman, car cela se lit vite, très vite, trop vite (malgré ses 270 pages). Vous l’aurez compris, Sale temps pour le pays est un livre à lire d’urgence.

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