La poule borgne de Claude Soloy (Editions Lajouanie)

Ce roman là, vous n’aurez jamais l’idée d’aller le chercher. Déjà, la couverture vous fait de l’œil, un œil rouge qui passe au travers d’un trou percé dans une caisse en bois et ça fait peur … Ensuite, si vous tournez le livre pour lire la quatrième de couverture, vous y verrez une histoire de borgne qui rencontre une poule. Rassurez-vous, tout ceci est vrai, terriblement vrai.

L’homme faisait du vélo quand il rencontra une poule. Dans cette rencontre, qui fut aussi un accident, la poule y perdit un œil, là où l’homme l’avait déjà perdu. Il l’adopta, ce qu’elle sembla accepter, et quand il l’appela « Saloperie », elle tourna la tête. C’est ainsi qu’elle fut baptisée.

L’homme habitait un petit village, a vingt cinq ans, et allait se distraire au bar La Louvette. Outre qu’il y allait pour boire un coup, il y allait aussi pour rencontrer Geneviève, la jeune serveuse de quinze ans. Elle l’appelait « son petit mari », et lui faisait l’honneur de lui accorder des faveurs dans l’arrière salle. Il faut dire que le patron ne demandait en échange que la modique somme de quinze euros …

L’homme se rappelait sa jeunesse : son père alcoolique qui rentrait beurré chaque soir, sa mère qui acceptait les coups et fermait sa gueule, sa sœur qui aidait sa mère et supportait les regards lourds du père. Il se rappelait quand il avait cassé un verre et que le père lui avait envoyé une baffe à cause de laquelle il avait perdu son œil. Mais tout cela était bien oublié, entre son boulot de chantier et ses virées au bar … jusqu’à ce que deux gars de la ville ne débarquent …

Outre la couverture, le sujet et la façon de le traiter va vous surprendre, et je dirai même vous secouer. Avec Claude Soloy, on ne s’ennuie pas, et on n’est pas là non plus pour faire du politiquement correct. On est donc plongé dans une histoire dont le personnage principal est un borgne … pendant les deux tiers du livre. En effet, sur la dernière partie, sommairement appelée chapitre 5, on suit l’enquête d’un inspecteur appelé Dumbo, que l’on nomme ainsi pour ses oreilles, et qui va résoudre (on se demande comment) le meurtre … mais je ne vous en dis pas plus.

Donc, le sujet, s’il faut en donner un, est un personnage solitaire, brusque, sauvage, que le patron du bar nomme Macon, mais peut-être est-ce un surnom. Par ses descriptions minimalistes, on devine que l’on est dans un village. En fait, on a plutôt affaire avec les réflexions et les actes des personnages. Et ça parle cru, et ça cause vulgaire, et ça cause gras. Pour autant, le but n’est pas de se moquer des gens de province, mais plutôt dans un atmosphère le plus simplement possible.

Et le langage va bien avec cette série de personnages déjantés, sales, méchants, tous autant les uns que les autres. Et ça prostitue la petite pour faire plaisir à la clientèle, et ça se tape sur la gueule quand on n’est pas d’accord, et ça picole. Ils sont tous aussi cons les uns que les autres mais ont tous un point commun : Ils n’en ont rien à faire des autres, seule leur gueule compte. Au milieu de cette troupe de salauds, Macon et Geneviève font figure de nouveaux nés innocents, avec leur amour qui illumine ce monde crade et dégueulasse.

Alors, on se fout de l’intrigue, même s’il y en a une. On passe un vrai bon moment à s’enivrer de bons mots, d’expressions salaces, ou de scènes très visuelles et d’autant plus choquantes (je pense en particulier à celle où Macon se fait attaquer par les deux gars de la ville). Et que l’on soit clair, ce roman est de la couleur de la Terre, il est sale, et quand on l’a refermé, on en a pris plein la tête, et surtout on s’aperçoit qu’on a les mains sales, et l’âme aussi. Car ceux qu’on a aimé ne sont pas ce qu’ils paraissent être et ceux que l’on a détesté aussi. C’est vraiment un livre à part, original de bout en bout, qui n’est pas là pour vous plaire, et qui ne brosse pas dans le sens du poil. A noter que quelques scènes de sexe et de violence font qu’il vaut mieux réserver ce livre à un public averti.

Publicités

12 réflexions sur “ La poule borgne de Claude Soloy (Editions Lajouanie) ”

    1. Je te l’aurais bien prêté mais il te faudra attendre, il est déjà parti. Ceci dit, les éditions Lajouanie éditent des textes pas comme les autres. Celui ci est plus amer que celui de Jeanne Desaubry mais dieu que c’est noir … et crade ! Amitiés

      J'aime

  1. Ben mon colon, qui aurait cru qu’on dénicherait un roman pareil ?? Je serais passée à côté dans un magasin, même en bouquinerie, tiens.

    Tu as éveillé ma curiosité, toi ! Saloperie de poule avec deux yeux ! 😀

    J'aime

    1. Si ma petite contribution peut permettre de faire un éclairage sur ce roman pas comme les autres, alors ma mission est remplie. Bonne lecture et surveille les éditions Lajouanie, car ils éditent des romans vraiment à la marge.

      J'aime

      1. Déjà que je ne connaissais pas cette maison d’édition 😳

        Heureusement que tu es là pour mettre ton bec là om il faut et nous faire découvrir des petites perles rares 😉

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s