Déliquescence de Deborah Kay Davies (Editions du Masque)

Bizarrement, quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai tout de suite été attiré par le sujet, bien qu’il ne soit pas forcément original. Pourquoi ? Peut-être par sa façon de raconter brièvement une situation pas forcément facile à aborder. Ce roman s’avère, au bout du compte un bon premier roman.

La narratrice travaille dans un centre social, où elle reçoit des hommes pour les aider à remplir leur dossier. Débarque alors un jeune homme blond. Par son magnétisme et ses sous-entendus, elle va être attirée, et accepter de le suivre. Ils vont descendre dans un parking et faire l’amour …

Commence alors pour la narratrice une longue période qui va durer plus d’un an où elle va l’attendre, espérer qu’il arrive, passer quelques soirées en sa compagnie, délaisser ses amis et en particulier Alison sa collègue de travail, s’éloigner de ses parents. La descente aux enfers peut commencer …

Ce premier roman est assez particulier à aborder. Il faut savoir que tout le livre est écrit à la première personne du singulier, dans un style très pauvre, très plat. On n’y trouve aucune description, juste des états d’ame, des pensées, des sentiments. Si la démarche est louable, au sens qu’elle donne l’impression de lire un témoignage, elle parait parfois maladroite, voire lassante.

En effet, j’aurais aimé un peu plus de passion dans les passages où elle retrouve le jeune homme blond, un peu plus de lassitude dans les moments passés au travail, un peu plus d’impatience à force d’attendre un désir qui ne vient pas. Mais non ! rien ! Et si c’est quelque chose qui m’a gêné, je comprends parfaitement la démarche artistique de l’auteure.

Pour en revenir à l’intrigue, comme il y a peu de descriptions, c’est un livre abordable, pas trop trash mais assez cru, où on voit une femme se transformer en esclave, acceptant de s’abaisser jusqu’à l’état d’animal. C’est donc un livre assez dur à lire, surtout si on s’identifie au personnage. En tout état de cause, Deborah Kay Davies signe là un premier roman suffisamment insolite et jusqu’au-boutiste pour suivre son prochain roman.

Grâce de Delphine Bertholon (Jean Claude Lattès)

Si ce roman n’avait pas été sélectionné pour le meilleur roman français de Confidentielles.com, je ne l’aurais probablement pas lu. Et cela aurait été dommage tant l’intrigue est à comparer à Johan Theorin par bien des égards.

Peut-on pour autant comparer ce roman à un polar ? Cette question, d’ailleurs, a-t-elle une quelconque importance ? Le début démarre lentement, avec des chapitres alternant entre deux époques, 1981 et noël 2010. Des chapitres qui se parlent, s’appellent, se rappellent et parfois se tournent le dos. 1981, c’est le journal intime de Grâce. 2010, c’est Nathan le fils de Grâce qui vient passer les fêtes de fin d’année en famille. Le fait d’avoir des visions subjectives de deux personnes permet de découvrir petit à petit les drames qui minent cette famille.

1981. Grâce vit seule avec ses deux enfants, Lise l’ainée et Nathan le cadet. Son mari Thomas est tout le temps en déplacement, et ne revient à la maison que ponctuellement. Elle est infirmière, souvent de nuit, et est aidée par une fille au pair originaire de l’est. Elle a décidé de commencer un journal intime, où elle va parler à son mari, de sa vie, ses doutes, ses questions, ses difficultés et de son cruel besoin d’amour.

2010. Nathan débarque avec ses deux jumeaux Colin et Soline chez Grâce, pour fêter Noël. Il retrouve sa mère, vieillissante, toujours un peu malade et préoccupé. Il retrouve Lise, sa grande sœur perturbée qui n’aime pas son travail et qui est malheureuse en amour. Débordé et débordant d’amour pour ses enfants, il doit tout assumer seul car sa femme est morte à la naissance des jumeaux.

Cette année là est particulière, annonciatrice de drames passés et futurs. D’étranges phénomènes vont petit à petit apparaître dans la maison familiale, Nathan va apprendre que son père est récemment revenu, et Grâce va dans son journal intime se dévoiler une femme exclusive et jalouse envers Christina, la jeune fille au pair.

Que ceux qui pensent que, seuls les auteurs nordiques sont capables de créer un roman tout en ambiance lourde de secrets, courent acheter Grâce. L’histoire va se dérouler lentement, commençant comme deux histoires simples avant de petit à petit devenir bizarre, dévoilant des pans de secrets enfouis sans jamais les nommer explicitement.

D’ailleurs, le style de l’auteur et sa façon de construire son roman sont admirables, tant elle parvient à créer une tension après de longs passages calmes, par une phrase ou juste un dialogues. Le choix des mots est d’une justesse remarquable et les surprises délicieusement torturantes. Et je dois dire que je ne m’attendais pas du tout à un roman, et qu’il m’a fait penser à un tableau auquel on met des couleurs pastel, avant de rajouter rageusement des traits rouges d’une façon tout à fait impromptue.

Au-delà d’un roman à l’ambiance opaque, Delphine Bertholon aborde aussi beaucoup de sujets qui nous amènent à réfléchir, que ce soit l’éducation des enfants, la solitude, l’absence d’un être cher (et la similitude entre Nathan et sa mère), l’importance de l’absence d’un des parents, l’amour, la jalousie. Ce roman, qui est maitrisé de bout en bout, est finalement bien passionnant et dépasse la simple lecture au premier degré. Une bien belle découverte, à situer entre Thomas H.Cook et Megan Abbott. Pas mal, hein ?

En attendant les vers de Michael Moslonka (Riffle noir)

Voici ma lecture de En attendant les vers de Michael Moslonka, pour laquelle j’ai organisé une lecture commune. Voilà un roman foisonnant, exploitant plusieurs thèmes, mais avant tout attachant.

Auchel, 2012. Eric Bastien, habitant la région Rhône Alpes, décide de montrer sa ville d’enfance à sa famille, qu’il a quittée il y a plus de vingt cinq ans. Il débarque donc avec sa femme et ses trois enfants. Alors qu’il débarque à Auchel, un homme les prend à parti, puis après une série d’insultes, les bat à mort avant de leur tirer une balle dans la tête.

Après la précédente affaire, le capitaine Virgile David Blacke a quitté la police à une condition : Que Amélie Laribi prenne sa place. Ce qui fut fait. Alors il regarde le temps passer, en attendant les vers, essayant de surmonter sa déception amoureuse avec Amélie, un bête baiser volé dans une voiture. Amélie, elle, se débat avec ce meurtre, mettant de coté cette parenthèse romantique sans oser retourner le voir.

La massacre de Eric Bastien et sa famille mène vite les policiers vers une bande de jeunes qui a failli tomber dans le grand banditisme dans les années 80, soit il y a 25 ans. Ils se nommaient eux-mêmes les sept mercenaires, se donnaient des surnoms de super-héros. Puis ils ont tous eu leur trajectoire. Ils étaient sept, six garçons et une fille. Il y avait Eric dit Riton, Lucien Jambier, Beau parleur, Blondin, le Polak, Mehdi et Myrtille.

Evidemment, Amélie va devoir démêler les fils de cette intrigue, et bien évidemment, remonter dans le passé, essayer de comprendre ce qui s’est passé vingt cinq ans plus tôt. Et si le lecteur aura l’impression d’avoir compris dès le début l’identité de l’assassin, bien vite Michael Moslonka va compliquer son intrigue, surtout en décrivant la vie de ces six personnages. Je dis six car Myrtille a disparu …

Je parlais de roman foisonnant, car les chapitres alternent entre Virgile et Amélie, entre l’un des mercenaires à un policier, du passé au présent. Et en tant que lecteur, j’ai apprécié d’être face à un puzzle bien compliqué, mais j’ai regretté de ne pas avoir plus d’aide pour suivre l’intrigue, par exemple en ayant des titres de chapitres plus explicites avec l’indication du lieu et du temps.

Sinon, je dois dire que les personnages sont fort bien brossés, avec des dialogues tout simplement brillants, et une intrigue bien complexe. J’ai particulièrement apprécié au début les pensées de Virgile, cynique au possible, méchant et revanchard, jugeant notre société si futile avec ses publicités pour des choses que les gens ne peuvent acheter (par exemple). C’est aussi un portrait du Nord, de son évolution pendant 25 ans qui transparait dans ces pages, au travers un groupe d’amis qui a explosé … pour le meilleur et pour le pire. Et il ne faut pas croire, le pire est à venir.

Peut-on renier ses origines ? Peut-on oublier ce que nous fûmes ? Un jour ou l’autre, le passé se rappellera à vous, et la situation dans laquelle vous vous retrouverez ne sera rien d’autre que la cons équence de vos actes passés. Voilà une belle démonstration d’un auteur dont l’ambition de son roman est impressionnante.

Dans le ventre des mères de Marin Ledun (Ombres noires)

Après Les visages écrasés, il fallait évidemment que je lise le roman suivant de Marin Ledun, que je considère comme une des révélations personnelles de l’année dernière. Après un roman noir bien ancré dans la société d’aujourd’hui, Marin Ledun s’écarte du quotidien en écrivant un roman qui flirte avec le fantastique.

2008, le petit village de Thines, en Ardèche est complètement dévasté par une explosion dont l’origine est inconnue. Quatre vingt sept corps sont retrouvés dans un état horrible. Parmi eux, on dénombre des hommes, des femmes, des enfants. Alors que le commandant Vincent Augey débarque pour s’occuper de cette affaire, les premiers signes avant coureurs sont inquiétants autant que bizarres : Le village n’est recensé nulle part, les factures sont payées en liquide ou à partir de comptes invérifiables, les habitants eux-mêmes sont inconnus au bataillon.

Alors que les corps sont déblayés un par un, un gendarme aperçoit une jeune femme, qui semble être rescapée de la catastrophe. Elle s’appelle Laure Dahan, et semble résister mieux que les autres à  un terrible virus. Elle part à la recherche de son enfant, qu’on lui a enlevé, et Vincent va essayer de suivre Laure à la trace, en sachant très bien qu’elle le mènera à la solution de l’énigme.

Il parait que Laure Dahan était l’héroïne d’un des premiers romans de Marin Ledun, Marketing viral, et que Dans le ventre des mères en est la suite. N’ayant pas lu Marketing viral, je me demande bien ce qu’il peut y avoir dedans, tant l’intrigue de ce roman tient la route et ne semble jamais une suite d’un quelconque roman précédent. En fait, le lecteur est plongé dans un paysage de désastre dès le début, et Marin Ledun, avec sa baguette de chef d’orchestre, va nous faire faire un marathon à une allure de dingue.

Difficile de trouver le moindre point commun entre la noirceur des Visages écrasés et la célérité de ce thriller. Nous avons droit à une course poursuite à distance, qui finit par prendre plus de place que la vraie question de ce roman : mais comment et pourquoi ce village est-il passé inaperçu ? En fait, la démonstration de Marin Ledun est là pour dénoncer la folie des hommes dès lors qu’elle essaie de s’inventer Dieu à la place de Dieu, en espérant créer, par manipulation génétique, l’homme (ou la femme) idéal (e).

Donc, le roman est bigrement bien fait, car Marin Ledun est probablement l’un de nos auteurs français les plus  talentueux, capable d’être aussi à l’aise dans les scènes d’action que dans les scènes intimistes, sachant gérer les moments forts et les temps calmes. Ce roman, c’est de la belle ouvrage, et une excellente affaire pour Ombres Noires, qui inaugure sa création avec ce roman.

Alors, je me permettrais d’être un peu tatillon, ou exigent selon le point de vue. J’ai trouvé parfois que les dialogues étaient un peu trop longs. Pour un roman rythmé, je trouve que cela ralentit le rythme de lecture (mais pas celui de l’intrigue). C’est le seul bémol que j’ai trouvé à ce roman prenant de bout en bout et qui mérite un grand succès commercial, tant il est à la marge de différents genres, du polar au policier, de la course poursuite au techno-thriller. De la belle ouvrage, vraiment !

N’hésitez pas à aller voir du coté des copains sur internet :

http://cannibaleslecteurs.wordpress.com/2012/10/02/dans-le-ventre-des-meres-de-marin-ledun/

http://lespolarsdemarine.over-blog.fr/article-dans-le-ventre-des-meres-marin-ledun-109775120.html

http://actu-du-noir.over-blog.com/article-marin-ledun-revient-vers-le-techno-thriller-111143078.html

http://leblogdupolar.blogspot.fr/2012/10/marin-ledun-dans-le-ventre-des-meres.html

Le démon de Ken Bruen (Fayard Noir)

Mon pote Jack Taylor revient, en grande forme et je ne sais comment vous dire le plaisir que j’ai eu de retrouver mon privé irlandais préféré. Nous l’avions laissé chez Gallimard Série noire, nous le retrouvons chez Fayard, avec un changement de traducteur en prime. Et comme pour tous les autres tomes de la série, les thèmes et le personnage évoluent, pour former un véritable cycle que l’on pourrait appeler : L’histoire contemporaine de l’Irlande vue au travers le prisme d’un détective privé sous amphétamines et sous fortes doses d’alcool. J’ai adoré cet épisode dont voici un bref résumé.

Jack Taylor a décidé de quitter son quartier, son pays, ses amis, pour rejoindre les Etats Unis, considérant qu’il a semé suffisamment de malheur derrière lui pour s’exiler. Mais, malheur de malheur, il est refoulé à la frontière, et est donc obligé de retourner dans sa verte contrée. A l’aéroport, il rencontre un étrange personnage, qui se prénomme Kurt, et qui semble bien malfaisant.

Dans une Irlande qui subit de plein fouet la crise financière, Jack reprend son métier de détective privé. Sa première affaire semble facile, il s’agit de retrouver un jeune étudiant qui se nomme Noel qui a disparu. Quand le corps de Noel est retrouvé horriblement mutilé selon des rites sataniques, quand des adeptes de Lucifer semblent harceler Jack, celui-ci va vite réagir … et plutôt violemment.

A force d’avancer dans le cycle Jack Taylor, je me suis souvent demandé si Jack n’était pas l’incarnation du mal, tant il semait le malheur auprès de ses amis, et tant il vouait une haine féroce envers l’église irlandaise et du père Malachy en particulier. Cet épisode va nous montrer qu’il n’en est rien, puisque Jack va devoir se battre en duel contre le diable lui-même, par meurtres et adeptes de sectes interposés. Je ne vous dirai pas qui va gagner, mais cela va nous donner des scènes d’anthologie où Jack va se mettre en rogne … et quand il est en colère, ça déménage.

Evidemment, il a besoin de soutien, pas tant de ses quelques amis restants, mais de ses excipients tels que le Xanax, le Jameson et la Guinness. Evidemment, l’enquête n’est pas forcément l’atout principal de ce roman, mais ce n’est pas ce qu’on y cherche. Les dialogues sont excellents, les répliques cyniques à souhait, et l’on rit jaune … ou noir comme le diable. D’ailleurs, la traduction m’a paru très bonne et légèrement différente de celles de Pierre Bondil, avec des phrases moins sèches et moins directes et plus humoristiques par moment.

C’est surtout l’image de l’Irlande que nous renvoie Ken Bruen qui montre toute la qualité de cette série. De l’image d’un homme enraciné dans son quartier de Galway, Ken Bruen le transforme en témoin de la déchéance d’un pays qui croyait pouvoir vivre éternellement au dessus de ses moyens. Et si Jack Taylor arrive à nous tirer un sourire amer, il est aussi et surtout en position de donneur de leçons.

Et puis Ken Bruen, comme son héros, est un amoureux des livres, peu avare de ses références, et n’hésitant pas à donner des coups de pouce. Une nouvelle fois, il nous offrira des citations de son cru ou d’auteurs pas forcément très connus, ainsi que des auteurs à découvrir (cette fois ci c’est Seamus Smith, dont je vous recommande la lecture). Bref, une nouvelle fois, ce démon est très bon, excellent même. Vous pouvez y aller les yeux fermés.

A noter enfin, la couverture que je trouve superbe !

Vengeance sans visage de Fabrice Pichon (Editions du citron bleu)

Ceux qui passent par ce blog doivent savoir que j’aime lire les premiers romans de jeunes auteurs, non encore connus. C’est le cas pour Vengeance sans visage de Fabrice Pichon, un roman policier régional prometteur.

Besançon, de nos jours : On vient de découvrir le corps d’un homme crucifié sur la porte de la Citadelle. Peu après, C’est sur le fronton de la Porte Noire que l’on découvre un deuxième corps. De toute évidence, le même tueur a sévi deux fois. Le seul point commun entre ces deux morts : Ils sont tous les deux architectes.

La commissaire Nicole Desvignes va avoir la charge de cette enquête. Elle a trois jours pour résoudre cette énigme. Alors qu’elle vient de perdre son collègue, le commandant Victor, qui s’est suicidé pour éviter de se voir condamné par l’Inspection Générale des Services, elle va subir l’arrivée d’un nouvel adjoint en la personne de Alexandre Pulien.

C’est ensuite Stéphane, le fils du commandant Victor qui disparait. Sachant qu’il a effectué des stages chez les deux architectes morts, il devient le suspect numéro 1, en même temps que cela renforce la potentielle culpabilité du commandant Victor. Les nerfs du commissaire Nicole Desvignes vont être mis à rude épreuve.

Si je vous dis que ce roman est un roman policier régional plein de charme, vous n’allez pas lire la suite de ce que j’ai à vous dire. Vous auriez bien tort de ne pas faire ce petit voyage en Franche-Comté, et à Besançon en particulier, la ville où il fait bon vivre. Et apparemment, il fait bon y mourir aussi. Car ce qui ressort de ce roman, c’est que l’ensemble est étonnamment maitrisé.

D’un roman régional, Vengeance sans visage en a toutes les qualités. Sans être lourdingue, il nous montre cette belle région de Franche-Comté, son architecture, ses bois, ses collines. Il me semble qu’il n’y manque que la gastronomie. Et comme c’est très bien écrit, on dévore ça avec grand plaisir !

Du roman policier, il en a tous les ingrédients et surtout toutes les qualités. L’intrigue est menée avec beaucoup de rigueur, mélangeant l’enquête sur le meurtre des architectes avec le dilemme du commissaire Desvignes quant à sa volonté d’innocenter son adjoint. Comme le titre l’indique, la solution est à chercher dans le passé des protagonistes. Si les moyens utilisés par le tueur sont un peu extrêmes, l’auteur montre son intérêt pour les racines et l’importance ou les conséquences que peuvent avoir certains actes sur le devenir des gens.

Il y a aussi et surtout toute une pléiade de personnages, dont le commissaire Desvignes, une femme qui en a, qui semble bien peu sympathique au premier abord, mais qui, par sa volonté et son obsession, finit par emporter l’adhésion du lecteur que je suis. Et puis, il y a aussi les autres enquêteurs, qui ne sont pas là juste pour le décor, mais qui font partie intégrante de l’histoire. Et l’auteur en dit suffisamment pour laisser présager une suite dans ce commissariat de Besançon.

Que disais-je déjà ? Vengeance sans visage est un roman policier régional. Mais c’est un premier roman fort réussi et prometteur pour la suite. D’ailleurs, la suite s’appellera Le complexe du prisme, et sortira l’année prochaine, toujours aux éditions du citron bleu. Je serai au rendez vous.

Si vous voulez plus d’avis, voici une petite sélection webienne :

http://unpolar.hautetfort.com/archive/2012/04/01/vengeance-sans-visage-de-fabrice-pichon.html

http://www.livresque-du-noir.fr/2012/09/vengeance-sans-visage-par-fabrice-pichon/

http://lenoiremoi.overblog.com/vengeance-sans-visage-de-fabrice-pichon

http://ivre.de.livre.chroniques.over-blog.com/article-vengeance-sans-visage-de-fabrice-pichon-105320114.html

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=2290

Demain j’arrête de Gilles Legardinier (Fleuve noir)

Voici un roman résolument positif et optimisme, au ton gentiment délirant et déjanté que j’ai lu dans la cadre du Meilleur Roman du site Confidentielles.com. Un roman que je vous conseille pour rigoler un bon coup.

Quatrième de couverture : Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides.
Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu’elle n’a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier… Mais tout cela n’est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu’elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut
désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu’à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons-nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

Mon avis : Gilles Legardinier a publié à ce jour deux polars, à savoir L’exil des anges et Nous étions des hommes. Dire que je n’avais pas été convaincu par le premier est un euphémisme, et du coup, je n’avais pas lu le second. Je dois dire que la lecture de Demain j’arrête a remis en cause mon avis. Autant je regrettais dans L’exil des anges un manque de suspense et un style plat, autant je trouve que, dans cette comédie, il se lance à corps perdu et je me suis beaucoup amusé à suivre les (més) aventures de Julie.

Julie est une fille délirante, à moitié immature, à moitié irresponsable, à moitié gaffeuse (ça fait beaucoup de moitiés, ça !). Elle se fait des films, imagine des trucs impossibles, change de direction sur un simple coup de tête (au sens propre comme au figuré), voire même de vie. Ecrite sur un mode comique très premier degré, cette comédie n’est définitivement pas sérieuse mais bigrement réussie et bien agréable à lire.

Au-delà des situations comiques, on y trouve la vie de quartier, les voisins que l’on rencontre dans les escaliers, les commerçants toujours prêts à s’inquiéter du petit tracas de la veille, le club des folles (traduisez les amies de Julie) dont les soirées sont tout bonnement hilarantes. La galerie des personnages est attachante et fait partie des qualités de ce roman. Et vous voulez que je vous dise ? La prochaine comédie de Gilles Legardinier sort au mois d’octobre 2012, ça s’appellera Complètement cramé ! et je vais la lire.

Copycat de James Patterson et Michael Ledwige (L’Archipel)

Par moments, il fait bon chercher des lectures distrayantes, telles un bon thriller américain. Le dernier (en date) de James Patterson est idéal pour ça : De l’action et un bon scenario.

4ème de couverture :

copycatUne bombe explose dans Grand Central, faisant six morts et des dizaines de blessés. Une autre est retrouvée dans la principale bibliothèque de la ville. Puis c’est au tour du Rockefeller Center d’être la cible d’attentats…

New York est plongée dans la terreur et le chaos. Les autorités de la ville décident alors de faire appel à l’un des meilleurs limiers de la police, le détective Michael Bennett.

Épaulé par Emily Parker, du FBI, Bennett découvre assez vite que ces explosions sont le fait d’un copycat, un tueur qui imite Mad Bomber, un poseur de bombes qui terrorisa New York dans les années 1940.

Puis d’autres crimes sont commis, qui tous reprennent le mode opératoire d’un célèbre serial killer new-yorkais : Son of Sam, le Vampire de Brooklyn…

Derrière l’aspect erratique de ces différents meurtres, Bennett et Parker perçoivent un plan précis, une vengeance. Plusieurs des victimes ont en effet fréquenté, des années auparavant, la même université.

Mais il faut agir vite, le temps est compté…

Mon avis :

Nous allons donc suivre l’enquête de Michael Bennett, sur une bombe retrouvée dans la principale bibliothèque de New York. Alors qu’il est en vacances avec ses dix enfants (adoptés) et leur nounou, il est rappelé d’urgence et va se confronter à un tueur d’un genre particulier.

C’est la troisième enquête de Michael Bennett après Une ombre sur la ville (2008) et Crise d’otages (2010). Et comme cette histoire est racontée à la première personne du singulier par Bennett lui-même, et qu’il a pas mal d’humour, la lecture s’avère agréable. Les chapitres de Bennett sont alternés avec ceux du tueur, ce qui est classique mais permet de faire monter la tension. Et surtout de se demander comment tout cela va finir.

On ne va pas chercher de psychologie profonde, de critique quelconque, ou de personnage inoubliable. L’objectif est de raconter un bon scenario avec beaucoup de vitesse. Les phrases sont courtes, les chapitres de quatre pages maximum, et on tourne les pages, on tourne les pages, on tourne les pages. De temps en temps, on a l’impression qu’il manque une ou deux phrases par ci par là.

Mais le but n’est pas là. Au bout du compte, j’avais envie de divertissement. Eh bien j’ai été servi. J’ai passé un peu plus de quatre heures à lire cette histoire. Et j’en ressors heureux car c’est ce que je cherchais : Un bon thriller rythmé.

Aimer et laisser mourir de Jacques-Olivier Bosco (Jigal)

Ce roman est ma deuxième lecture de Jacques-Olivier Bosco, après le Cramé, et je dois avouer que j’y ai pris autant de plaisir. Avec un titre à la James Bond, c’est un roman en forme d’hommage aux films d’action américains, en même temps qu’un beau pied de nez aux plus célèbres thrillers américains.

On l’appelle le Maudit, mais en réalité, son nom est Lucas Belveaux. C’est un tueur à gages, respectant tous ses contrats, un des meilleurs du milieu. A la suite d’un contrat en France, il a été obligé de s’exiler en Colombie, laissant derrière lui sa femme enceinte. Plusieurs légendes circulent quant à son nom. La plus célèbre, c’est qu’il se serait fait torturer et, par vengeance, aurait décimé le camp de paramilitaires. Il sait qu’il ne peut retourner en France, et porte sa croix en faisant son travail sanglant, et en étant droit dans ses bottes avec ses principes : on ne touche pas à une femme ou à un enfant.

Amanda est une pute de luxe, de celle qui se font payer quelques milliers d’euros pour une nuit. Elle est incroyablement belle, et est une experte du sexe, rendant les hommes fous. Cette nuit là, elle termine un de ses contrats, et entend, dans le couloir d’un hôtel de Nice, une femme crier. En étant trop curieuse, des tueurs croates la séquestrent et veulent la violer. Elle s’en sort par chance et tue l’un d’eux avant de s’enfuir.

Seulement, ces tueurs appartiennent au clan de Tcheck Mordeck, un psychopathe à la tête d’un gigantesque empire de proxénétisme. Il a en charge des fermes, où il dresse les jeunes femmes qu’il mettra ensuite sur les différents trottoirs d’Europe. Tcheck n’accepte pas qu’on ait tué son lieutenant. Il va tout faire pour retrouver cette femme qui a tué son ami et a disparu. Et tous ces personnages vont se rencontrer … en enfer.

Ce roman confirme tout le bien que je pense de Jacques-Olivier Bosco, dit JOB. Son sens de l’intrigue et son style percutant font de ses livres des romans boostés, allant à une vitesse folle, sans que le lecteur ne puisse se douter de l’issue. Dans ce roman, plus que jamais, on sent que l’auteur maitrise les temps forts et les temps calmes. Si vous êtes des inconditionnels de thrillers américains speedés, vous allez trouver ici un pur joyau. Car vous allez adorer cette histoire, et vous allez aimer ces personnages si profonds, si droits, avec leurs principes de loyauté et d’amitié, ce qui semble une constante dans les romans de JOB.

Je parlais de style, je vais essayer de vous le décrire : Prenez une scène de carnage, ça tire dans tous les coins, c’est une embuscade. JOB va faire un long paragraphe, fait de petites phrases, dont les mots sont soigneusement choisis pour que cela imprègne une image dans l’imagination du lecteur. Chaque phrase va créer une image, ça va à toute vitesse, cela donne une impression à la fois cinématographique et kaléidoscopique. C’est redoutablement efficace, et diablement bien fait, cela donne une impression de voir un film d’action juste derrière nos yeux. Que j’aime ça, quand je sens mes yeux s’ouvrir devant les scènes de flingage, uniquement par la suggestion des phrases et la fumée qui sort des pages.

Derrière ce style et ces personnages, il ya aussi le sujet de fond, dégoutant au possible, cette traite des blanches par des hommes qui se croient supérieurs mais qui, en fait, n’ont du pouvoir que parce qu’ils ont des armes. Comme dans le Cramé, c’est très détaillé, très documenté, et tellement bien décrit que l’on n’a aucun doute sur le fait que cela existe. Si JOB ne s’éternise pas sur le sujet, certaines scènes sont suffisamment explicites pour qu’on se demande comment tant de cruauté peut exister.

D’ailleurs tous les personnages sont cruels, L’image que JOB renvoie de ce monde semble si noire. Tous les personnages ont des surnoms pour déshumaniser l’homme qui est derrière. Cela fait parfois un peu kitsch, mais on rentre facilement dans le jeu. D’ailleurs, on notera au fil des pages un Cramé (Tiens !) ou même Philippe Georget (Tiens, tiens !), petits traits d’humour qui font sourire. Le seul bémol que j’apporterai à ce livre, c’est une fin un peu trop rapide, en particulier pour le duel avec Mordeck. S’il y avait eu quelques dizaines de pages de plus, je n’aurais pas dit non ! Et surtout, ne ratez pas le final … le chapitre final, je veux dire. Quand je vous dis qu’on ne sait pas comment ça peut se terminer ! Ce roman, c’est de l’adrénaline à l’état pur, du pur plaisir, et j’en redemande !

Philby, portrait de l’espion en jeune homme de Robert Litell (Points Seuil)

Si je ne suis pas forcément un fan des romans d’espionnage, je dois bien avouer que ceux que j’ai lus m’ont marqué, sans doute parce que j’ai lus les meilleurs du genre. Que ce soient avec John Le Carré (La Taupe, s’il vous plait) Ian Fleming (dans le genre aventures) ou plus récemment Olen Steinhauer (L’issue), ce qui m’intéressait et m’intéresse toujours, ce sont la psychologie des hommes qui sont derrière, leur motivation poussée par leur croyance en un idéal.

Quand j’ai attaqué Philby, portrait de l’espion en jeune homme, un roman sélectionné pour le prix du Meilleurpolar.com de Points, je savais à quoi m’attendre. Lire une biographie d’un des personnages les plus emblématiques de l’espionnage du siècle dernier, les plus mystérieux aussi, c’était bigrement tentant. C’était une occasion d’essayer de comprendre une personne difficilement compréhensible, d’avoir une ébauche de quelqu’un difficilement cernable, d’avoir un portrait un peu moins flou dans un contexte brouillardeux.

Car Philby est doté d’une aura que personne n’aura réellement réussi à percer. C’est l’un de ces personnages, dont on peut dire tout et n’importe quoi, sans jamais toucher à la vérité. Il fut à la fois agent secret communiste, mais aussi britannique, et peut-être américain. Agent double, triple, quadruple ? Dans le petit monde des espions, c’est la paranoïa qui y règne. Et personne n’est capable de dire ou savoir la réalité.

C’est un peu le principe de ce roman, ou plutôt devrais-je dire cette biographie romancée. Au travers de plus d’une dizaine de chapitres représentant des témoignages écrits à la première personne, nous allons essayer d’approcher la personnalité, voire la psychologie de ce personnage hors norme. Et quand on croit avoir à peu près compris son rôle dans l’histoire de la deuxième guerre mondiale, le dernier chapitre remet toutes nos certitudes en jeu.

Le roman va couvrir la période allant de 1933 à 1945. Harold Russell Philby, surnommé Kim, va s’engager dans la lutte contre les nazis, et trouver dans le communisme une organisation et une idéologie qui soit sans équivoque à ce propos. Rapidement, il est approché par les « rouges », et se retrouve en Autriche, juste avant l’Anschluss. Il y rencontre Litzi, une jeune juive communiste qui va devenir sa femme. Ils vont fuir vers l’Angleterre et plusieurs missions vont lui être proposées en tant qu’ancien de Cambridge.

La qualité de ce roman n’est plus à démontrer. Tous les témoignages sont faciles à lire, et tellement bien écrits que l’on s’y croirait. Et, on s’amuse tout au long du livre, à essayer de cerner Philby. Si certains indices sont parsemés par ci, par là, on referme le livre avec la même question qu’au début : Mais qui donc était Philby ?