La mort du scorpion de Maurice Gouiran (Jigal)

Voici la deuxième lecture des romans de Maurice Gouiran, en ce qui me concerne. Et encore une fois, je suis emballé par la façon de construire l’intrigue, et par les sujets abordés. Bref, voici un très bon polar pour ouvrir bien grands les yeux du lecteur.

Les deux personnages principaux sont Clovis Narigou, journaliste à la retraite toujours prêt à se lancer dans une enquête, surtout quand on lui demande gentiment. Ici, c’est Emma Govgaline, fliquette, qui lui apporte une affaire violente : un corps a été retrouvé brulé attaché à une chaise, une mort atroce qui mérite une explication. Et quand c’est la belle et torride Emma qui demande, Clovis ne peut que se jeter dans cette enquête à corps perdu.

Ce qui peut apparaitre comme un règlement de comptes, recèle des mystères. Déjà, le meurtre, ou plutôt l’exécution, a été filmée et le DVD est arrivé au poste de police. Clovis va vite arriver sur la piste d’une de ses connaissances, un peintre renommé et nommé JAD, dont le succès sur le marché de l’art est aussi soudain que foudroyant. JAD est hébergé par un trouble milliardaire russe, M.Sacha.

M.Sacha s’avère être en contact avec une comtesse hongroise, qui propose au monde entier des œuvres de grands peintres, ainsi que les tableaux de JAD. Il n’est pas sur du tout que les tableaux qu’elle propose soient de vrais, ceux-ci arrivant de l’ancienne Yougoslavie. Et c’est là que l’enquête se complique pour nous plonger dans un monde qui a connu l’un des pires massacres du vingtième siècle.

Maurice Gouiran nous propose une nouvelle fois de revisiter une période de l’histoire contemporaine que beaucoup aimeraient oublier, à commencer par les ex-yougoslaves eux-mêmes. Car, à partir du trafic d’œuvres d’art, dont il nous démonte tous les rouages et les magouilles, il lance son sujet de façon brutale, nous assénant des vérités et des descriptions qui ressemblent à s’y méprendre à des témoignages.

Car outre que c’est très bien écrit et que les dialogues sont remarquables, Maurice Gouiran écrit du polar intelligent qui rend plus intelligent. La méthode utilisée est la même que dans Train bleu, train noir, deux événements (un passé et un présent) sont mis en parallèle. Ici, le meurtre va découvrir des pans des massacres de Srebenica.

Et si parfois je regrette que l’enquête soit un peu trop linéaire, les passages décrivant ce que le peuple yougoslave a subi, qu’il soit serbe croate ou musulman ou que-sais-je, font froid dans le dos. Et si, bien installés dans notre fauteuil tels que nous sommes, nous sommes au courant dans les grandes lignes de l’horreur qui a eu lieu là-bas, ce roman nous montre par le détail le parcours d’un des personnages qui rend plus humaine, voire humaniste la démarche de l’auteur et plus inhumaine l’attitude de certains hommes.

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