La mort n’a pas d’amis de Gilles Schlesser (Parigramme)

J’avais raté Mortelles voyelles, il était hors de question que je passe à coté de ce roman, d’un auteur dont je ne cesse d’entendre du bien. Et pour une découverte, ce roman policier est tout simplement épatant.

Fin 1924, début 1925. La Grande Guerre est encore dans tous les esprits, et la société se dirige vers une situation politique chaotique. Camille Baulay, jeune journaliste à succès au Petit Journal, s’occupe des faits divers. Grace à ses relations avec le commissaire Gardel, elle arrive à être au courant avant les autres des derniers meurtres survenus dans la capitale. Ce matin-là, Gardel l’appelle, un corps vient d’être retrouvé.

En plein Marais, un corps est retrouvé affublé d’une cape rouge et le sexe peint en noir. La mort est survenue à cause d’un coup de stylet porté en plein cœur, avec une précision chirurgicale. La mise en scène fait aussitôt penser au célèbre tableau surréaliste Au rendez-vous des amis de Max Ernst. C’est donc dans ce milieu assez particulier que Camille va diriger son enquête en parallèle de celle de Gardel.

Cela va être l’occasion pour Camille de fréquenter des personnages aussi anarchistes qu’artistes tels que Aragon, Eluard, Prévert, Breton ou Desnos. Tout le monde pense à Fantômas, ce personnage étrange et qui nargue la police. Au travers de sa relation avec Blanche, la femme  du député Théodore Dieuleveult, Camille est aussi en contact avec les hommes politiques, qui sentent bien que la situation peut dégénérer si le coupable n’est pas arrêté rapidement. Bientôt, un deuxième corps est découvert avec la langue peinte en noir.

Ce roman est un roman policier, classique dans sa construction, avec des enquêteurs et des indices qui font avancer l’intrigue. Mais là où il se distingue des autres, c’est au travers de la peinture de ce microcosme que fut le groupe des Surréalistes. A travers une documentation sans faille, faisant vivre de multiples personnages historiques avec des attitudes ou des dialogues formidablement écrits, ce roman est une perle à lire, du pur plaisir à chaque page.

Bien qu’il soit relativement court, j’ai trouvé ce roman passionnant, démontrant que l’art peut être considéré comme une arme politique, plus surement que tous les fusils de l’armée. Il y est aussi parfaitement décrit la lutte entre le dadaïsme, qui fait l’apologie du rien et le surréalisme qui fait l’apologie du tout. Sans être pompeux, Gilles Schlesser nous montre de façon éloquente comment la philosophie peut servir à régir la vie et la société.

Et l’enquête, me direz-vous ? Elle avance rapidement, ce qui fait qu’il n’y a pas de temps mort, et que l’on va trembler, s’émouvoir, adorer, suivre, aimer Camille. Sans en faire trop, avec un très bon équilibre entre descriptions et dialogues, ce roman montre une parfaite maitrise des codes du roman policier tout en nous faisant réfléchir sur ce mouvement artistique, anarchique et politique. Et comme il est publié en format de poche, cela fait de ce roman un excellent rapport qualité/prix. Alors n’hésitez plus, jetez vous dessus et plongez dans le monde des années 20 et du surréalisme.

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