On the brinks de Sam Millar (Seuil)

Coup de coeur ! si je lis des romans, c’est bien pour ressentir ce genre d’émotions, pour être emporté par des émotions qui me dépassent. Et si ce roman n’en est pas un, puisque c’est une autobiographie, la vie de Sam Millar s’avère être un scenario de roman noir tellement extraordinaire que l’on ne peut pas rester insensible, ni dans le fond, ni dans la forme à ce qui y est raconté. Ce livre est divisé en deux parties, l’une qui se déroule en Irlande, l’autre aux Etats Unis.

Belfast. Alors qu’il nait dans une famille protestante, sa mère lui donne une éducation catholique. Toute son enfance est bercée par les conflits entre les catholiques irlandais, les protestants et l’armée britannique. Nous allons suivre ses premiers pas dans le monde adulte ; sa prise de conscience politique s’éveille quand il commence à travailler aux abattoirs et l’assassinat de son meilleur ami Jim Kerr. A dix sept ans, Sam est enfermé à la prison de Long Kesh, pour activisme terroriste. Là bas, il va y subir les pires pressions et les pires tortures que l’on puisse imaginer.

Je peux vous dire que cette première partie n’est pas près de vous laisser tranquille, tant elle est forte et horrible. J’en ai perdu quelques nuits de sommeil, non pas parce que je me suis identifié au personnage de Sam, mais par la description de ce que l’on faisait subir aux prisonniers. Car cette partie est écrite avec un détachement, une froideur qui fait froid dans le dos, justement.

Le but de cette partie comme l’ensemble de ce livre n’est pas de prendre position pour les uns ou les autres, mais bien pour l’auteur d’écrire son histoire en forme de testament, de mettre noir sur blanc ses traumatismes pour en faire un exorcisme personnel. Le détachement et le regard froid de ces passages joue beaucoup dans la pression permanente que vivent les prisonniers, que j’ai ressenti à la lecture.

Cette première partie ne vous laissera pas tranquille, vous empêchera de dormir, car Sam Millar additionne les scènes, d’une efficacité incroyable et sans sentiment. Ce que nous donne à voir Sam Millar, ce sont aussi des hommes qui font la guerre, qui sont entrés en résistance en refusant de travailler. Sans vouloir juger de la situation politique, on ne peut qu’être révolté devant les scènes de tabassage, de torture, de harcèlement qui furent réalisées dans ces geôles. C’est une pure plongée en apnée dans le monde de l’horreur.

Et puis, on plonge dans la deuxième partie, comme si on nous avait plongé la tête sous l’eau pendant quelques minutes, à bout de souffle. Millar est sorti de prison après la mort de Bobby Sands et a immigré aux Etats Unis illégalement. Il va être licencié quand la police ferme le casino dans lequel il travaillait. Il va alors monter, avec quelques complices, l’incroyable vol du dépôt de la Brinks à Rochester.

Là aussi, on est frappé par le calme qui ressort de ces pages, que l’on peut opposer à la furie de Belfast. Mais c’est un homme qui veut survivre auquel on a droit ici, qui ne ressent plus rien, si ce n’est la nécessité de se procurer de l’argent. A la lecture plus classique de cette partie, je me suis dit que la vie de cet homme là est tout simplement incroyable, et qu’elle dépasse tous les scenarii que l’on aurait pu imaginer.

On the brinks, aller au bout des choses. Sam Millar a osé porter un regard sur son passé, nous jeter en pleine face ce qu’il a vécu, sans en rajouter, pour se livrer et pour livrer aux lecteurs un roman noir brillantissime. On pourra toujours se demander pourquoi il a été enfermé, où est passé l’argent de la Brinks, pour quel usage a-t-il été utilisé ? Il n’en reste pas moins que ce roman est parfait de bout en bout, que c’est un roman qui, à mon avis, a plus été écrit pour l’auteur lui-même que pour ses lecteurs, un roman sans concession, une confession noire d’un passé à ne pas oublier, qu’il faut ranger du coté de La bête contre les murs de Edward Bunker. Coup de cœur !

Dans les quelques avis piochés ici ou là, allez voir ceux de Jean Marc, Claude et Yan.

Ce billet est dédié à Claude (il saura pourquoi), à Richard (pour le conseil), à Coco (pour le prêt du livre), et à ma femme qui va me l’offrir pour la fête des pères.

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7 réflexions sur « On the brinks de Sam Millar (Seuil) »

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