Fin d’Amérique de Damien Ruzé (Krakoen)

Cette chronique pourrait s’appeler A la découverte d’un nouvel auteur. Alors, retenez bien ce nom, Damien Ruzé, car il se peut bien que vous en entendiez parler dans un futur proche. Cet auteur a un incroyable talent pour allier force psychologique des personnages et brossage d’ambiance. Voici Fin d’Amérique, un fantastique roman policier.

2004, Loiret. Une voiture est découverte dans la Loire. Le lieutenant Zollinger de la police judiciaire est appelé sur les lieux. Il s’avère que cette voiture aurait participé à un braquage d’un bar quelques jours auparavant. Lors de leur fuite, les voleurs ont percuté une jeune fille en scooter, qui est dans un état critique à l’hôpital. Zollinger ouvre le coffre, suivant une sorte de sixième sens … et découvre à l’intérieur le cadavre d’un jeune homme.

Rapidement, le corps livre son identité, il s’agit de David Lagardière, jeune acteur de films X sous le nom de Woodendick pour la taille de son appendice. Mais c’est aussi le fils du célèbre homme politique Jean Marc Lagardière, qui a participé à quelques magouilles financières avec des puits de pétrole en Ukraine. Entre les jaloux des films pornographiques, les histoires de cœur, les trafiquants de drogue et les truands de haut vol, qu’ils soient de l’est de l’Europe ou de France, Zollinger va avoir fort à faire pour démêler les fils de cette intrigue complexe.

Le plaisir de lire un livre commence par sa couverture. Si celle de Fin d’Amérique est sobre, noire avec un cerf agrémenté de quelques taches de sang, elle est en fait cartonnée, d’un carton épais comme l’était celle de la Série Noire d’antan. Cela donne une impression de sérieux, d’importance, et cela se démarque de ces couvertures cartonnées souples qui se cornent au moindre transport. Vous allez me trouver maniaque ? Peut-être. C’est aussi la raison pour laquelle je m’étais abonné à France Loisirs il y a fort longtemps avant qu’ils ne décident de passer aux couvertures souples. C’est donc avec un énorme plaisir que j’ai ouvert ce livre.

Et dès les premières pages, il est clair que Damien Ruzé est un auteur avec un style très littéraire, très posé. A force de lire des romans avec des phrases tronquées, des dialogues d’une demi ligne, on oublie que l’on est capable de raconter une histoire de façon littéraire, que l’on est capable de faire monter la tension en écrivant bien, clair et explicite, mais juste ce qu’il faut. Et si dans les dialogues apparaissent des anglicismes ou des abréviations, c’est pour mieux nous imprégner de l’époque. Et cela montre un sacré décalage avec le style que je n’ai pas trouvé désagréable.

Le personnage de Zollinger occupe le centre de l’intrigue, puisque l’histoire est racontée à la première personne. Dans la façon d’aborder la psychologie du personnage, dans la façon de raconter sa vie quotidienne, j’y ai retrouvé du Philippe Djian, cette manière d’être explicite mais pas trop dans la fouille psychologique du personnage principal. Ce flic n’est pas alcoolique, il abuse juste de café et de cigarettes. Il n’est pas divorcé ni veuf, il est juste amoureux et a peur de s’engager, préfère se plonger dans son enquête plutôt que de se poser des questions sur sa vie privée.

On y retrouve aussi au travers de ces 5 chapitres et 360 pages beaucoup de références et beaucoup de styles différents. Et ce que j’ai trouvé extraordinaire, c’est que Damien Ruzé est à l’aise et convaincant dans tous les styles. Que ce soient les scènes intimistes ou les scènes d’action, les déductions ou les dialogues, ce roman est un petit joyau de plaisir de lire. Si les chapitres sont longs, c’est aussi pour mieux nous imprégner du récit déroulé par Zollinger, avec un talent littéraire incroyable. Et puis, Zollinger étant un chasseur, nous avons droit à des passages de chasse dans les bois d’une beauté saisissante, qui m’ont rappelé Deer Hunter (Voyage au bout de l’enfer en français) du génialissime Michael Cimino.

Enfin, le dernier chapitre, ou peut-être devrais-je dire la dernière partie est d’une tension incroyable. Et je peux vous dire que lire cent pages en apnée, sans respirer, c’est dur. J’ai terminé ce roman réellement emballé et un peu rouge (à force de ne pas respirer). Et si cela se termine par le mot Fin, je n’ai qu’un regret : c’est le risque de ne pas retrouver Zollinger. Hey, Monsieur Ruzé, ne pourriez-vous pas faire comme M.Finger, c’est-à-dire nous écrire une autre enquête de Zollinger ?

L’avis de l’oncle Paul est ici

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4 réflexions sur « Fin d’Amérique de Damien Ruzé (Krakoen) »

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