Protocole 118 de Claire Le Luhern (Editions La Tengo)

Si vous êtes un fidèle de ces pages, vous savez ma passion pour la lecture de premiers romans. Alors, quoi de mieux que de lire le roman gagnant du prix Première Impression, organisé par les Editions La Tengo et la radio Le Mouv’ ?

Le Prix Première Impression a été créé en septembre 2011 par les Éditions La Tengo et Le Mouv’. Ce prix récompense par une première impression le vainqueur d’un concours mettant aux prises des auteurs qui n’ont jamais été publiés. Le jury 2013 était composé des journalistes du Mouv’,Olivier Cachin, Cyril Sauvageot, d’Anne-Julie Bémont des Éditions Radio France et Bruno Clément-Petremann, lauréat du Prix en 2012 pour son roman Strummerville.

A Sainte Anne, célèbre hopital psychiatrique de la région parisienne, Adrien Cipras est un psychopathe qui purge sa peine à vie, enfermé dans sa chambre. Amnésique, grâce aux médicaments qu’on lui donne, il est tenu bien à l’écart depuis qu’il a tué une jeune étudiante Alice Miège trente ans plus tôt. En ce vendredi 11 décembre, il ouvre les yeux et commence à retrouver la mémoire. Deux jours après, Adrien Cipras est retrouvé mort dans son lit.

Cela fait quatre mois que Juliette a rejoint la brigade criminelle. Elle travaille avec Patrice Hérès, un vieux de la vieille à la cinquantaine bien frappée. Apparemment, cette affaire ne passionne personne, alors c’est elle qui s’y colle. Les premières constatations de son enquête montrent que Adrien Cipras a été étouffé avec un coussin, c’est donc un meurtre. Puis le professeur Salfatis lui indique qu’il a fait l’objet d’un traitement au moment du meurtre d’Alice, le protocole 118 et qu’il aurait été incapable de marcher donc de tuer Alice. Et si la solution du meurtre d’Adrien Cipras trouvait ses origines trente années en arrière ? Et qui était Alice ?

En ce qui me concerne, ce roman a soufflé le chaud et le froid. Mais l’impression qui en ressort est que Claire Le Luhern a réussi à m’époustoufler … par moments. J’ai trouvé le début difficile, poussif. Car cette jeune auteure a un style direct, efficace qui m’a enchanté, sauf que par moments, c’est tellement dénué de descriptions qu’elle m’a égaré, n’ayant aucun repère pour certains personnages. Et, passé ce petit reproche, j’ai trouvé ce roman formidable.

Effectivement, Claire Le Luhern m’a époustouflé dans sa façon de construire ses personnages. Le ton est sombre, l’ambiance noire, et tous sont comme des fantômes trimbalant leurs cicatrices comme des boulets. Le mystère autour de leur vie, de leur passé est redoutablement bien entretenu, et si l’intrigue est assez simple, on ne devine pour autant rien du véritable coupable. Par contre, je garderai longtemps en mémoire les âmes écorchées vives qui hantent ce roman.

Et puis, il y a ce Paris, nocturne, sombre, inquiétant, que Claire Le Luhern brosse par petits traits, mais qui au détour d’une phrase font éclater une image d’une noirceur incroyable. On finit par croire qu’il ne fait jamais jour à Paris au mois de décembre, et que tout y est de la même couleur que les pensées des personnages. En fait, j’ai eu l’impression que l’auteur a mis du temps à s’installer, à trouver son rythme de croisière. Mais je peux vous dire que, passé les 50 premières pages, vous y trouverez des passages d’une noirceur inquiétante, des personnages abimés à souhait et une peinture de notre capitale hallucinante. Ce qui me fait dire que Claire Le Luhern a écrit un bon premier roman noir et que j’attends son deuxième roman pour confirmation avec impatience.

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