Comment tirer sa révérence de Malcolm Mackay (Liana Levi)

J’avais raté Il faut tuer Lewis Winter, et du coup, je commence la trilogie consacrée au crime à Glasgow par le deuxième roman. Il faut dire que ce roman a reçu le prix Deanston du meilleur polar écossais de l’année, devant Ian Rankin, Val McDermid, Ann Cleeves, Gordon Ferris et Denise Mina, excusez du peu !

Franck MacLeod est un vieux de la vieille, tueur pour la mafia depuis quarante ans. Quarante années de meurtres, aucun échec, aucune arrestation, pas la moindre journée en prison. Alors qu’il dépasse les 60 ans, il pourrait en montrer aux jeunes. Il travaille pour Peter Jamieson, le parrain de Glasgow, qui lui a payé une nouvelle hanche en plastique. Il revient donc après un arrêt de 4 mois en pleine forme, bien que boitant encore un peu.

Jamieson est en concurrence avec un autre parrain plus jeune, Shug Francis. Jamieson, affublé de son conseiller John Young, lui demande de se débarrasser de Tommy Scott, un jeune dealer ambitieux à la solde de Shug. Mais alors qu’il fait tous les repérages, Tommy, à l’aide de son comparse Balourd arrive à assommer Frank. Comme il n’est pas un tueur, Tommy appelle Shug pour qu’il lui envoie un tueur.

Jamieson arrive à être au courant de l’échec de Frank. Il envoie alors Calum MacLean pour le sauver, ce qui ne se fait jamais : un tueur qui échoue connait les risques et doit mourir. Mais Jamieson ressent beaucoup de compassion envers son ami Frank. Alors que la mission de Calum réussit, Jamieson doit se rendre à l’évidence que Frank doit raccrocher. Mais dans ce milieu, comment peut-on tirer sa révérence ?

Si le scenario est assez simple, c’est bien le monde que nous dépeint Malcolm MacKay qui retient l’attention dans ce roman. On est littéralement plongé dans le monde des tueurs, un métier bien à part où l’on doit effectuer une mission sans poser de questions. On a l’impression de voir des personnages qui vont au travail, en ayant en tête le travail bien fait. Il y a très peu de contacts avec les gens communs, ce qui fait que l’immersion est totale. On voit aussi que les tueurs tels qu’ils nous sont présentés sont tout le temps à l’affut du moindre détail, sachant déterminer s’ils sont suivis, ou notant chaque détail pouvant avoir une importance lors d’une de leur mission. Ce sont aussi, les tueurs, des hommes seuls, obligés de se replier sur eux-mêmes puisqu’ils ne peuvent avoir confiance qu’en eux-mêmes.

Et il y a le style de l’auteur, fait de petites phrases, de petits mots, comme des salves de mitraillettes. Il se met à la place de chaque personnage, durant un chapitre entier, et donne plein de détails, tous les détails que la personne en question voit et note. Ce style behavioriste est très efficace et redoutablement prenant puisqu’il colle parfaitement aux caractères des personnages. Certains auront du mal avec le style, arguant qu’il n’y a pas de dialogues pour aérer l’ensemble. D’un autre coté, ce sont des gens taciturnes, qui ne parlent que pour dire quelque chose. Et je peux vous dire que j’ai rarement lu un livre faisant vivre une dizaine de personnages dans ce style là, avec tant de vérité que j’ai trouvé cela passionnant. Sans entrer dans des détails superflus, à l’affut du moindre signe qui apparaitrait sur le visage d’un homme, Malcolm MacKay nous écrit là un roman bigrement original et je peux vous dire que j’ai adoré et que j’ai regretté de ne pas avoir lu Il faut tuer Lewis Winter. Et comme les deux romans peuvent se lire séparément, je peux encore me rattraper !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ici

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