J’ai voulu oublier ce jour de Laura Lippman (Toucan noir)

Le dernier roman de Laura Lippman est, d’après ses dires, le plus personnel, le plus autobiographique car il se déroule dans une ville imaginaire qui se rapproche le plus de celle son enfance. Dickeyville est une petite ville des Etats Unis ; on y trouve des bois, et une portion d’autoroute qui se termine en cul de sac, pour déboucher sur une petite route. Au bout, trone un énorme mur de béton. Nombreux sont ceux qui ont eu un accident de voiture au bout de cette autoroute jamais terminée.

C’est le cas de Gordon, dit Go-Go. Alors qu’il sort d’un bar, complètement saoul, il rumine des souvenirs d’un temps bien révolu, de ces cicatrices qui ne se referment pas. Il appuie sur l’accélérateur, sur cette autoroute sans issue, et encastre sa voiture dans le mur en béton. Accident ou suicide ? Ses amis d’enfance se retrouvent donc pour son enterrement, et renouent avec une ville et une vie qu’ils avaient laissées derrière eux.

Ils étaient cinq, comme les doigts de la main. C’était il y a plus de trente ans. Gwen, 10 ans était devenue la meilleure amie de Mickey, la plus grande, plus vieille que les autres de quatre ans. Ils avaient rapidement formé un groupe avec les frères Halloran, Tim, Sean et Gordon dit Go-Go. A cet âge, le monde est pur et n’est qu’amusement. Seul Go-Go semble plus lent que les autres, plus violent parfois aussi.

Juste à coté de Dickeyville, dans les bois où les cinq jeunes ont pris l’habitude de se retrouver, il y a une cabane. Les animaux domestiques en cage, poules, lapins, leur indiquent que c’est habité. Ils vont trouver une guitare sous le lit, puis rencontrer un ermite étrange du nom de Chicken George. Alors qu’un ouragan balaie la région, Chicken George est retrouvé mort, poussé au fond d‘un ravin. Ces trois familles vont être marquées par ce drame, d’autant plus que l’on dit que Chicken George aurait abusé de Go-Go.

Dire que ce roman est un roman à suspense serait tromper le futur lecteur. Car on a bien affaire là à un roman psychologique, qui va fouiller les personnages, et décrire leur façon de faire face à un drame qui les dépasse. Rarement, j’aurais lu un roman où l’auteure détaille à ce point les petits gestes, les petites expressions qui sont anecdotiques dans la plupart des cas, mais qui veulent dire tant de choses là où les paroles sont si inutiles.

Comment faire face à un drame ? Et comment surmonter des souvenirs que l’on a fini par se forger, modifier, pour les rendre plus beaux, moins durs pour soi et plus présentables vis-à-vis d’autrui. Les réactions de chacun vont être passés à la moulinette, avec toujours cette question lancinante pour le lecteur : Mais que s’est-il donc réellement passé lors de cet ouragan ? Et pourquoi trrente ans plus tard, Go-Go a-t-il jugé bon de s’encastrer dans ce mur de béton ?

Le rythme va être lent, pour arriver à une conclusion bien atroce et totalement différente de ce que l’on aura pu imaginer. Ma seule réserve vient de la traduction (il me semble) qui se veut parfois réellement littérale, rendant certaines expressions étranges, ou certains passages inutilement bavards. Assurément, ce roman vient de me faire découvrir une auteure à la subtilité rare, et J’ai voulu oublier ce jour est un beau roman sur les mensonges du passé qui deviennent les dures réalités d’aujourd’hui.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s