Le lapin borgne de Christoffer Carlsson (Balland)

Dans les lectures de polars, il faut parfois faire preuve de curiosité. Parfois ça marche, parfois pas. Il faut dire qu’un auteur inconnu chez nous, puisque Le lapin borgne est son premier roman traduit en France, où l’on annonce qu’il est annonciateur d’une nouvelle vague nordique, c’est aguichant. Mais quand on lit ce titre énigmatique, et surtout quand on voit cette couverture géniale, franchement, je ne pouvais pas résister.

Quand enfin, j’apprends que son auteur Christoffer Carlsson vient de remporter le prix littéraire « Best crime novel », en Suède pour l’un de ses ouvrages, je peux d’ors et déjà vous dire que l’on tient là une grande plume du polar, et qu’il va falloir suivre de très près ses futures publications.

David est un jeune étudiant en faculté de philosophie à Stockholm. Pour les vacances d’été, il va revenir dans son petit village natal, Dalen, et retrouver ses copains d’enfance, avec qui il va passer du bion temps. Depuis quelque temps, ils ont trouvé une vieille maison abandonnée, perdue au milieu des bois qui entourent Dalen. Ils se retrouvent donc là-bas, à bronzer, faire des barbecues, prendre des drogues ou faire l’amour. Le frère de David, a un frère, Markus qui est serveur dans un fast food. Avec ce travail là, ses parents jugent qu’il est en train de rater sa vie, alors que David passe pour le génie de la famille. David retrouve aussi Alex, la sœur de son meilleur ami Lukas. Si Lukas a un tempérament instable, Alex est une pure beauté et David ne tarde à retrouver la douceur de ses bras.

A la maison abandonnée, David découvre de jeunes gens comme lui. Il y a Rickard et Martin qui sont amoureux et qui souffrent de leur homosexualité devant les reproches des autres. Il y a Julian et Justine, frère et sœur mais amants dans la vie de tous les jours. Il y a enfin Lukas, leur chef de file, qui leur a soufflé l’idée de cambrioler les maisons fermées pour revendre des bibelots et ainsi se faire de l’argent facile.

Sauf qu’un de ces cambriolages se passe mal. Le vieil Emmanuel les surprend et les jeunes gens l’assomment avant de le ramener à la maison. Quand ils arrivent, David est en train de bronzer. Après une petite discussion sur le devenir du vieil Emmanuel, ce dernier se réveille, Lukas sort un pistolet et l’abat froidement dans le dos. Comment ces jeunes gens vont-ils surmonter leur culpabilité ? Et comment le jeune voisin Kasper affublé de son lapin borgne Lukas sait-il autant de choses ?

Inutile de vous dire que ce sujet est casse gueule : Faire vivre un village, sept jeunes gens devant nos yeux, les rendre suffisamment familiers pour que le lecteur de n’y perde pas entre eux. Christoffer Carlsson a choisi de ne pas nous assommer au début de son roman en nous les présentant longuement. C’est tout le contraire, il nous les pose les uns après les autres, au fur et à mesure de l’intrigue, et même si au début on a un peu de mal à suivre, on finit par identifier qui est qui très rapidement.

Ce roman est écrit à la première personne, c’est David qui parle, un témoin assisté comme on le dirait de nos jours. La période n’est pas forcément définie, mais il y a des téléphones portables. Les psychologies des personnages est ébouriffantes de justesse, écrite et décrite avec une sincérité qui joue beaucoup dans le charme de ce roman.

Et puis outre le drame qui va survenir, il y a toutes ces auras de mystère que Carlsson sème dans son roman, cette vieille maison qui, d’ans les yeux de David, semble évoluer. Il y a ce jeune voisin qui semble tout savoir parce que son lapin lui a raconté, il y a les parents qui sont absents, ces interrogatoires des policiers, ces réponses abstraites, qui veulent tant dire … et ne rien dire du tout. Et puis, la dernière page tournée, on se dit que ce roman est un témoignage, que la vérité est ailleurs, que tout ce qu’on vient de lire n’est que la vue d’une personne avec toute sa subjectivité. Et dans ces cas là, moi je dis : « BRAVO ! »

J’ai été littéralement pris par cette lecture, abasourdi par tant de finesse, de talent. Je viens de m’avaler 420 pages en 3 jours sans même me rendre compte de l’entourloupe. Evidemment, ceux qui aiment les romans d’action passeront leur chemin … ou essaieront pour assouvir leur curiosité. Ce roman m’a fortement fait penser au Maître des Illusions de Donna Tartt, c’est un roman totalement bluffant et impressionnant de maitrise. Nul doute qu’il trouvera sa place au pied du sapin, il en vaut largement la peine.

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