Jeudi noir de Michael Mention (Ombres noires)

Attention, coup de cœur !

J’avais 16 ans quand a eu lieu ce match mémorable. A l’époque, nous n’avions pas le droit de regarder la télévision (en noir et blanc) car il y avait école le lendemain. Mon frère et moi nous intéressions au football, surtout parce que notre père supportait le Stade de Reims. Alors nous avions choisi une équipe pour avoir le même centre d’intérêt que lui. Mon frère avait choisi Nantes, j’avais choisi Nancy six ans auparavant, quand le club était encore en division 2. J’avais vu, ou plutôt suivi, les débuts de Michel Platini à la télévision, le dimanche sur la première chaine, dans Téléfoot. Eh oui, à l’époque, il y avait du football à la télévision ! J’avais vécu le départ de Michel Platini à Saint Etienne comme une trahison, à tel point que je m’en rappelle encore aujourd’hui.

En 1982, c’était la coupe du monde de football, en Espagne. Nous regardions les matches le week-end. Je dois dire que je ne me rappelle pas qu’il y ait eu une ferveur comparable à celle que nous avons connu en 1998. Ce que je suis sur, c’est que ce match France Allemagne fut la première fois où nous avons eu le droit de regarder un match un soir de semaine. Et toute la petite famille était réunie dans la salle à manger, à regarder cet affrontement qui fut et reste encore aujourd’hui pour moi un immense moment d’émotions. Ce fut aussi un terrible traumatisme, à un point tel que je suis incapable de regarder ce match quand il est proposé lors de rediffusions aujourd’hui.

C’est cette demi-finale que Michael Mention nous propose de revivre dans son roman, avec toute la verve dont il est capable. Le principe est simple : reprendre le déroulement du match, en se mettant à la place d’un des joueurs. Pour ne pas prendre parti, Michael Mention se positionne bien sur le terrain, mais en lieu et place d’un joueur fictif. Nous avons alors droit à toutes les actions, et surtout toutes les pensées des joueurs français, de l’esprit battant aux désillusions du résultat final.

Car ce match est réellement spécial, à part parmi toutes les compétitions de football. Là où Michael Mention est fort, c’est de m’avoir permis de revivre toutes les émotions qui nous ont traversé en tant que spectateur. Du début fonceur des Allemands au redressement des Français en première mi-temps, de cette fin de première mi-temps aussi où nous les avons dominé aux ballons qui heurtèrent les poteaux, de cette agression de Schumacher aux oublis de l’arbitre, de ces prolongations où nous étions épuisés comme les joueurs jusqu’aux tirs au but sacrificiels.

Michael Mention profite de ce match pour montrer ce que fut cette société, ce qu’allait devenir le football mais aussi des passifs entre ces deux nations, de la guerre en passant par les racismes bas du front. Tout juste aurait-il pu rappeler que François Mitterrand a tout fait pour monter le Front National, ce qui monopolisait une partie de l’électorat de droite. Il montre aussi comment un simple match de football est devenu une lutte à mort pour la gloire d’une nation, comment le sport peut devenir une guerre.

Après ce match, pardon, ce livre, la seule chose que je veux dire, c’est Merci Michael de m’avoir permis de revoir ce match. Car si je ne peux pas le revoir à la télévision, son roman m’aura permis de me l’imaginer, grâce à ce style si direct, précis et imagé. C’est aussi en lisant ce livre que je m’explique pourquoi je suis dégoutté du football actuel. Les jeunes me diront que je suis un vieux dans ma tête, que je dis que « c’était mieux avant ». Mais quand on voit comment ces joueurs là sont allés au bout de leurs forces, au bout de leur volonté, au bout de leur âme, j’ai du mal à imaginer qu’aujourd’hui ils seraient capables de réitérer un match comme celui là. Même si vous n’aimez pas le football, vous vous devez de lire ce roman réellement hors du commun.

Coup de cœur !

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18 réflexions sur « Jeudi noir de Michael Mention (Ombres noires) »

  1. Que d’émotions… Même difficulté que vous pour regarder ce match. Je m’arrête à 3-1 pour la France. Les sentiments les plus forts que j’ai pus avoir lors d’un match de foot. Rien ne fera oublier tout ce que j’ai ressenti. La joie, la haine, la tristesse. Je vais me le procurer. Merci pour cette découverte.

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  2. Il y a pas à dire,ce bouquin fait s’exprimer de façon très spontanée.Je loue la clairvoyance de ton frère qui avait choisi le club qu’il fallait pour s’enthousiasmer pour du beau football avec le FC Nantes dont on est en train de voir le soir à la Beaujoire,l’émergence d’un renouveau sur le terrain comme dans les tribunes (à donner le frisson,ce mur jaune!!).

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    1. Ouais, mais le Nancy de l’époque … Platini, Rouiller … ça avait de la gueule, non ? Au fait, je suis en train de lire un vieux bouquin génial qui se passe à Wollanup. ça s’appelle Piège nuptial de Douglas Kennedy (édité en premier sous le titre cul de sac). Ton surnom, c’est un hasard ou une référence à ce roman ? Merci d’être passé ! Amitiés

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      1. Bien sûr,c’était à l’époque ou je partais vivre en Martinique où je n’avais jamais mis les pieds ni ne connaissait personne et où on me racontait tout et n’importe quoi sur cette île magnifique.J’avais hésité entre Wollanup et Nagaland qui représentait aussi un monde très étrange et très différent de ce que je vivais en France pour me créer une adresse mail et c’est resté.J’avais tellement aimé « Cul de sac ».Belle journée à toi Pierre.

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  3. Je me découvre pas mal de points en commun avec toi, mon ami. Ce titre de Michael va bien au delà de la simple retranscription et relecture du match, tu le dis bien, c’est toute la vision de cette époque dans une France bourrée de contradiction et qui préfigure déjà la mondialisation qui nous gouverne aujourd’hui.
    Un putain de super bouquin, un putain de super auteur.
    Merci à toi pour ce bel avis. 🙂

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    1. Oui, Geneviève, tous les quarantenaires et plus ne peuvent que se reconnaitre dans ce livre, ou ressentir un echo de leur jeunesse. Pour les autres, ils découvriront un auteur doué qui transforme un essai bigrement difficile, en osant parler de ce match ! Bisous

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