Arab jazz de Karim Miské (Points)

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre, premier roman d’un auteur remarqué de documentaires. Publié initialement en mars 2012 chez Viviane Hamy, Arab Jazz a reçu en 2012 le grand prix de littérature policière et en 2013 par le Prix du Goéland Masqué. Cette année, il est sélectionné par les éditions Points dans le cadre du prix Meilleurpolar.com.

L’intrigue se déroule dans le 19ème arrondissement de Paris. Ahmed Taroudant est un arabe qui vit d’allocations pour handicapés pour des problèmes psychologiques, ayant des difficultés à supporter les gens et à vivre en société. Sa passion est de lire des polars, des tonnes de polars. Ce matin là, quand il se réveille, il va sur son balcon et des gouttes de sang lui tombent dessus. Sa voisine du dessus, Laura Vignola a été assassinée.

Deux inspecteurs vont s’occuper de cette enquête : Rachel Kupferstein d’origine juive et Jean Hamelot, un breton pure souche. Rachel et Ahmed se découvrent une même passion pour James Ellroy, mais pour autant, Ahmed ne leur dit rien. Il va lui-même mener l’enquête en parallèle des policiers car il trouvait Laura bien sympathique.

Le meurtre de Laura a une mise en scène étrange : des orchidées ont été placées dans les toilettes et elle a subi plusieurs coups de couteaux avant d’être recouverte de sang de porc. Quand les policiers découvrent que les parents de Laura sont adeptes des Témoins de Jehovah, leurs soupçons se tournent vers un mobile religieux.

Ce roman, sous ses dehors d’enquête policière, est plus rusé et profond qu’il n’en a l’air au premier abord. Outre que les personnages sont formidables, grâce à des réactions et des dialogues réalistes et bien décrits, l’auteur arrive à nous montrer l’ambiance des quartiers de Paris, en mettant en valeur les différentes communautés, surtout religieuses, qui vivent en commun. Et il ne se contente pas de dire que tout va bien, il détaille aussi les excités de tous bords, les extrémistes qui, par exemple, refusent la mixité entre différentes religions.

Et pourtant, il est bien difficile d’aborder ce genre de sujet, tant on peut tomber dans la provocation facile et inutile ou bien dans le ridicule. Karim Miské évite toutes les lacunes, se contentant de montrer un état de fait, ces gens différents qui vivent ensemble, sans jamais les juger, avec beaucoup de respect aussi pour leurs croyances.

On pourrait aussi se demander d’où vient le titre de ce roman. En fait, c’est une référence à White Jazz de James Ellroy, ce qui sous-entend pour le titre du maître que c’est encore un coup des blancs. Effectivement, dans ce roman, il est facile de dire a priori que c’est le coup des uns ou des autres. On va y trouver des pistes à droite, à gauche, et on n’aura la solution que dans les dernières dizaines de pages, avec un final que j’ai trouvé bien amer, cynique et peut-être bien réaliste.

Et puis, il y a le style Miské, très détaillé sans forcément être lourdingue, qui prend le temps de montrer les décors, les gens, avec beaucoup de simplicité, mais aussi beaucoup d’érudition. On ressent que Karim Miské a mis beaucoup de passion dans son roman, et il la transmet fort bien. A la fin, on se demande d’ailleurs quand ce jeune homme va se mettre à écrire son deuxième roman … car on l’attend avec impatience.

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