L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran (Jigal)

Voici le dernier roman en date de Maurice Gouiran, et avez-vous vu le bandeau ? Je suis fier, oui, mais aussi heureux qu les éditions Jigal mettent en avant les blogs de passionnés de polar. Alors, un grand merc monsieur Gallier pour cette couverture et un grand merci Monsieur Gouiran pour ce roman

Clovis est un journaliste free-lance à la retraite. Quand il voit arriver Samia, il sait qu’il ne pourra rien lui refuser. Il l’a rencontrée il y a plus de trente ans. A l’époque, il était jeune, et avait François pour ami. Clovis et François se sont rencontrés pendant les massacres de Sabra et Chatilla. C’est là-bas qu’ils ont recueilli Samia, dont la famille a été exterminée. Elle venait de subir plusieurs viols. Entre pitié, compassion et amour, les deux hommes l’ont aidée à se reconstruire. Evidemment, ils étaient tous les deux amoureux d’elle, et elle a choisi François. Aujourd’hui, ils vivent près de Niort.

Quand Samia frappe à sa porte, Clovis sait que quelque chose est arrivé. François est parti enquêter sur la disparition de deux personnes qui, de près ou de loin, se renseignaient sur la béatification d’une religieuse, Sœur Encarnation. Clovis va donc s’embarquer pour Barcelone, avec les notes de François, que celui-ci a stocké sur un site internet. Il débarque donc à Barcelone et commence par des gens qui ont découvert sur le tard qu’ils ont été adoptés.

Et voilà Maurice Gouiran qui nous présente le scandale des bébés vendus du franquisme. Il faut savoir que l’église espagnole a commencé par vendre des orphelins aux Franquistes avant d’organiser un véritable commerce de nouveaux nés, et ce jusque dans les années 80, soit bien après la mort de Franco. Sur internet, on parle de 300 000 bébés volés et revendus pour des sommes indécentes. Cette affaire, bien qu’elle soit peu connue de ce coté ci des Pyrénées, rappelle aussi ce que firent les nazis avec les lebensborn.

Rien que pour ça, le roman de Maurice Gouiran vaut sa lecture, car cet auteur a à cœur de remuer des seaux de merde, où il ne fait pas bon mettre le nez. Chacun de ses romans vaut de l’or à une époque où on veut oublier et faire oublier, où on veut éviter que les gens pensent, où on veut que les gens fassent là où on leur dit de faire, où on nous met sur les têtes de linéaire les livres que l’on doit lire. Mais je m’égare …

Je vais vous dire pourquoi j’aime Maurice Gouiran : Il ne se formalise pas de détails, ses romans vont droit au but (c’est normal, il est de Marseille), ça va vite, on n’a pas le temps de s’apitoyer. Par contre, les intrigues sont toujours tirées au cordeau, les personnages sont formidables, et les sujets toujours aussi dérangeants. Les romans de Maurice Gouiran sont là pour nous rappeler des événements que l’on veut faire oublier.

Et ce roman va encore un peu plus loin. Car à faire des allers-retours entre l’enquête de Clovis, le journal écrit par François ou les anecdotes du passé de nos trois protagonistes, l’ensemble donne une impression d’improvisation. En fait, tout est fait pour que l’on s’attache à eux, pour qu’on les comprenne, qu’on adopte leur position. Et c’est quand on a tranquillement tourné les pages, que Maurice Gouiran nous assène sa dernière page. Nom de Dieu ! Les trois dernières lignes font mal !

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14 réflexions sur « L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran (Jigal) »

  1. Bonsoir Pierre,
    Je viens de l’acheter et effectivement le bandeau m’a interpellée. Passant sur ce blog au cas où 😉 je puis en découvrir ce que tu en penses 🙂 Super, je suis contente pour toi que le bandeau était lié à ton blog. Un bel hommage 🙂
    Je reviendrai écrire ce que j’en pense. C’est le premier livre que je lirai de cet auteur.
    A plus tard et passe un bon week-end.
    Amicalement
    Geneviève

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      1. Je n’avais pas vu qu’il en avait écrit autant. J’ai débuté. Va falloir que je me replonge dans les années 1980 et interroge les recherches historiques que l’auteur aborde. J’ai oublié des tas de choses depuis lors 🙂 Bon dimanche ensoleillé ici dans le S.O 😉

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  2. Bonne fin d’après-midi Pierre,
    Je viens de le terminer. 🙂
    Je n’ai pas lâché ce roman entre enquête journalistique, histoire noire et qui fait référence à des faits que j’ignorais pour l’Espagne et ayant même des répercussions jusque dans les Ardennes Belges, c’est peu dire et m’incite à aller gratter plus loin, comme tu l’écris si bien sur ton autre blog où j’avais d’abord mis mon commentaire. J’ai été distraite, je suis encore dans l’histoire 😉 . Hélas pas moyen d’utiliser la fonction « spoiler » chez WordPress. A la dernière page, il y a une phrase que je n’ai pas comprise où il est question de « Madame ». Un excellent témoignage journalistique, en profondeur géographique aussi. Je rêve de visiter Barcelone. L’écriture est incisive, et j’ai dégusté l’humour de l’auteur, même si c’est acide. Bonne journée Pierre et merci pour ta chronique. Amicalement. Geneviève

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    1. Ce que j’adore avec toi, c’est que tes avis sont « cash », directs, emplis d’émotions et d’honnêteté. Sur le même sujet, il y a aussi Mala Vida de marc Fernandez et Jour de colère de Diego Arrabal, pour les polars que je connais. Sinon, il y a l’indispensable Orphelins de sang de Patrick Bard, qui a le même sujet mais en Amérique et qui énormissime ! Amitiés

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      1. Bon w.e. Ici il pleut brrrkk ! Merci pour ton avis. Comme j’écris, je parle 😀 J’ai toujours le livre en tête vraiment chouette et une belle découverte. Merci pour les titres que je vais noter. En attendant, comme je suis fans de Lisa Gardner, me voilà avec le titre : « Les morsures du passé ». J’ai cherché dans les titres de l’auteur Maurice Gouiran. Je vais un peu attendre. Il est passionnant à lire sur un fonds politique de dénonciation, ce que j’aime beaucoup. A chacun ses opinions 🙂 Les titres je viens de les noter et les mettrai dans ma liste d’envies après en avoir lu le quatrième de couverture. Le dernier titre me semble aller dans le même sens que ce que je viens de lire. Amicalement et encore merci 🙂 Geneviève

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  3. Bonjour Pierre,
    En tant que Brindille, j’ai créé un nouveau blog uniquement consacré aux chroniques des livres. Et celui-ci est la premier que j’ai posté sur ce nouveau blog. Je t’ai mis comme lien amis 😉
    Ainsi que d’autres que j’ai découvert par hasard comme éditeurs ou liens de lectures.
    A bientôt et surtout bon w.e. de Pentecôte.
    Amicalement.
    Geneviève

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      1. Merci Pierre, je viens d’avoir un retour au sujet de cet auteur et je te cite pour l’autre livre que j’ai lu traitant du même sujet 🙂 Merci pour ton inscription. Et merci pour ton commentaire sur la sobriété de mon blog en décalage avec le fond quelque peu léger 😉 A bientôt pour d’autres chroniques 🙂 Bon lundi si tu ne travailles pas et bonne fin de soirée. M’en vais continuer à lire ce livre très étrange. Bises

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