2014, quelle année !

Avant tout, je tiens à vous souhaiter une excellente année 2015. Que 2015 vous apporte toutes les joies que vous pourriez désirer, dans votre vie professionnelle ou personnelle. Que 2015 vous comblent à travers vos lectures. Je tiens aussi à vous remercier. Merci aussi à tous ceux qui suivent chaque semaine mes billets, merci pour vos commentaires, merci aux auteurs qui me contactent, merci aux éditeurs et attachés de presse qui me font confiance. Et puis, merci à tous les potos et les potesses blogueurs passionnés … je vous envoie une bise !

2014 fut une année extraordinaire quant aux lectures que j’aurais faites. Moi qui d’habitude ne donne que quatre ou cinq coups de cœur par an, j’en ai décerné douze cette année. Le constat est le même pour les chouchous. J’ai eu quatorze chouchous là où je n’en donne que onze par an. Une année pleine et surtout pleine de sentiments, de passion et de rencontres avec des lecteurs, des blogueurs que j’espère revoir bien vite.

C’est Claude Le Nocher qui disait dans un commentaire qu’il ne servait à rien de faire pour la synthèse 2014 une liste interminable des romans. Au début je pensais en citer 14 (comme 2014) mais cela aurait voulu dire que l’année prochaine, j’en citerais 15. Donc, j’ai décidé de me saigner, et d’extraire de ma liste de romans extraordinaires dix titres. Et je peux vous dire que ce fut dur, une véritable torture de sortir des titres qui m’ont fait vibrer.

Voici donc une liste des 10 romans qui m’auront fait vibrer en 2014 … sur les 26 que j’aurais adorés … sur la centaine que j’aurais chroniquée … sur les 142 que j’aurais lus. Je les ai classés par ordre alphabétique du nom de l’auteur. Et pour être honnête, je serai bien incapable d’en sortir un seul par rapport à tous les autres.

Dernière conversation avec Lola FayeDernière conversation avec Lola Faye de Thomas H.Cook (Points)

Poubelle girlsPoubelle’s girls de Jeanne Desaubry (Lajouanie) ;

Abandonnés de DieuAbandonnés de Dieu de Peter Guttridge (Rouergue) ;

Ne reste que la violenceNe reste que la violence de Malcolm MacKay (Liana Levi) ;

Aux animaux la guerreAux animaux la guerre de Nicolas Mathieu (Actes Sud) ;

Jeudi noirJeudi noir de Mickael Mention (Ombres noires)

Rouge ou mortRouge ou mort de David Peace (Rivages) ;

Des forêts et des amesElena Piacentini : Des forêts et des âmes (Au délà du raisonnable) ;

Kind of blackSamuel Sutra : Kind of black (Terriciaë) ;

3000 chevauxAntonin Varenne : Trois mille chevaux vapeur (Albin Michel) ;

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une excellente bascule vers 2015, à découvrir de nouveaux auteurs, à être curieux. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

L’information du mardi : JazzActu.tv à l’honneur

Dans le genre Bonne Nouvelle, Bonne idée, le site JazzActu.tv a décidé de sortir deux recueils concernant les polars marquants de l’année 2014 et les disques de jazz marquants de l’année 2014. Bob Garcia, à l’origine de ce projet, a donc décidé de faire appel à des chroniqueurs amateurs (dont votre serviteur) pour livrer leur avis sur des conseils de lecture ou de musique.

Le résultat donne donc deux recueils de 130 pages environ que vous pouvez acquérir sur le site dont le lien est le suivant :

http://www.jazzactu.tv/events/la-redaction-de-jazzactu-tv-presente-les-52-albums-de-jazz-2014-les-52-polars-2014/

On peut y lire le message suivant :

La rédaction de JazzActu.tv présente Les 52 albums de Jazz 2014 et Les 52 Polars 2014 Disponibles en PDF (2 euros) ou en version papier (8 euros) à jazzactu.tv@gmail.com

vignettevideoaccueil-52-albums-PolarsUn an : 52 semaines : 52 coups de cœur « Albums de Jazz » & « Polars » !

Deux ouvrages de 130 pages rédigés par les 14 chroniqueuses et chroniqueurs de JazzActu.tv.

Un choix varié, ouvert et hautement subjectif, qui plaira à toutes les sensibilités des deux univers !

Dès demain, je vous présente ma synthèse de 2014. Alors je vous présente d’ors et déjà mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

Un Corse à Lille de Elena Piacentini (Ravet-Anceau)

Je l’annonce haut et fort, Elena Piacentini aura été l’auteure que j’aurais le plus lue cette année, avec l’inévitable Nadine Monfils. Les deux romans précédents, Le cimetière des chimères et Des forêts et des âmes, m’auront finalement décidé à remonter dans le temps, à acquérir puis lire les enquêtes du commissaire Leoni. Sauf que, cette fois-ci, je reprends tout depuis le début. Voici donc la première enquête du commissaire Leoni, nommé sobrement Un Corse à Lille, roman qui est paru chez Ravet-Anceau en 2008, et qui, sauf erreur de ma part, est malheureusement épuisé. J’en profite pour lancer un appel : rééditez le premier roman d’Elena Piacentini, s’il vous plait.

Le commissaire Leoni débarque à Lille après une mutation de Marseille. En même temps que lui, arrive sa grand-mère qui l’a élevé, Mémé Angèle. Entre eux, c’est l’amour filial que personne ne peut altérer. D’ailleurs, il est amusant de voir qu’ils se parlent en Corse quand ils se disent des mots d’amour. Pierre-Arsène Leoni débarque donc à Lille et est directement accueilli par des gens parlant ch’ti.

Il va faire connaissance avec son équipe, son adjoint cinquantenaire et bon vivant Baudoin Vangerghe, le lieutenant Casanova et bourreau des cœurs Thierry Muissen, le capitaine François de Saint-Venant qui est un prêtre défroqué marié et père de famille nombreuse, et le lieutenant et futur retraité Grégoire Parsky qui est un transfuge de l’armée. A cette équipe va venir s’ajouter une stagiaire Eleanore Martens, belle comme un cœur et fille de bonne famille.

Ils ne vont pas avoir l’occasion de faire connaissance bien longtemps, puisque deux affaires vont largement les occuper : Une belle jeune femme a été retrouvée assassinée dans un canal près des abattoirs. C’est probablement une prostituée mais malgré cela, Pierre-Arsène Leoni considère que cette affaire est aussi importante que les autres. Enfin, un chef d’entreprise retrouvé poignardé dans son bureau. Son corps comportait des inscriptions tracées sur le torse, et il avait été tué vraisemblablement ailleurs, étant donné le peu de traces de sang autour du corps. L’équipe de Leoni va être bien occupée.

Pour un premier roman, je dois dire qu’il m’a impressionné. Car c’est un roman policier dans la plus pure tradition, avec deux affaires principales, qui au-delà d’une intrigue fort bien menée, vient aborder des thèmes plus graves. Elena Piacentini aborde en effet le sujet de la prostitution de jeunes femmes, obligées de faire cela pour survivre, mais évoque aussi les enlèvements de ces jeunes femmes, peut-être pour pouvoir réaliser des snuff movies. Elle montre dans la deuxième enquête le monde des consultants en management, chargés d’éduquer les dirigeants inhumains et insensibles de certaines sociétés. A chaque fois, l’auteure ne prend pas partie, n’écrit pas un roman pour dénoncer, mais pour parler de sujets graves, ce que j’avais apprécié dans mes précédentes lectures.

Evidemment, le style est fluide, mais à ce point là, je dois dire que j’ai rarement eu l’occasion de lire un roman avec cette façon simple d’écrire une histoire et de la dérouler aussi facilement. Et ce qui fait la différence, c’est bien la façon d’aborder les personnages. L’auteure ne choisit pas forcément des noms faciles à retenir, mais elle met l’accent (avec subtilité) sur les personnalités, sur leur caractère. On a vraiment l’impression de vivre au milieu d’eux, et au bout d’un seul roman, de les connaitre depuis longtemps.

J’ai ainsi pu lire le premier roman de cette série, dont j’ai maintenant tous les volumes (merci Jean Michel Isebe), qui m’aura passionné puisque j’aurais mis à peine trois jours pour avaler ce polar de 450 pages environ. Tout juste pourrait-on reprocher que certains passages sont bavards, que l’auteure passe bien vite sur l’intégration d’un Corse parmi les gens du Nord, mais j’ai pour ma part été convaincu par ce roman, et il me tarde de lire la deuxième enquête de Pierre-Arsène Leoni, Art brut.

Le 7ème péché de Olivier Kourilsky (Éditions Glyphe)

Sept comme le nombre de romans policiers écrits par le professeur K, alias Olivier Kourilsky. Sept comme l’annonce le titre : Le 7ème péché. D’ailleurs, l’auteur l’annonce en préambule de son roman, le titre se veut plus un rappel du nombre de romans sortis qu’une mention des péchés.

Le personnage principal se nomme Christian Arribeau, et est un spécialiste des maladies rénales. Dévoré par une ambition sans bornes, il a choisi cette spécialité en étant sur qu’il aurait bien peu de concurrence. En fait, la seule chose qui le passionne est de monter en grade. Alors qu’il est professeur, il vise désormais un haut poste à la faculté, dont le doyen n’est autre que le père de sa femme Céline.

Il vient d’ailleurs de passer le grand oral, ce qui devrait lui assurer la gloire suprême, tant cela s’est bien passé. Emporté par une euphorie légitime, il envisage de passer chez sa meilleure amie et ancienne amante Delphine Valleur. Celle-ci a connu un malheureux accident et s’est retrouvé en fauteuil roulant ; malgré cela ils ont gardé d’excellents contacts.

Après quelques verres de champagne, il rentre enfin chez lui. Il pleut à verse, on n’y voit pas à 1à mètres. Dans une rue non loin de là, un homme traverse devant ses roues. Christian ne peut pas l’éviter et l’écrase. Après avoir écarté le corps dans le caniveau, il reprend sa route, conscient des risques qu’il prend, quand il a un deuxième accident au rond point suivant : sa voiture vient d’être heurtée par des cambrioleurs poursuivis par la police. Cet accident arrive au bon moment pour lui pour justifier des traces sur sa voiture … jusqu’à ce qu’une photo le montrant en train de bouger le corps ne lui arrive par la poste.

Ce roman est bigrement prenant. Et si on n’arrive pas à le lâcher, c’est bien parce que la psychologie des personnages est impeccable. De Arribeau, on retiendra surtout que c’est un personnage ignoble, d’abord facile, adoré surtout par les gens qui ne le connaissent pas. Car dès qu’on le fréquente un peu, sa vraie nature fait surface. C’est en fait un personnage bouffé par l’ambition, qui tuerait père et mère pour grimper dans la hiérarchie, et d’une attitude hautaine et dédaigneuse à souhait. Sa seule faiblesse est l’amour qu’il porte à Delphine … et encore, car je me demande s’il ne lui porte pas cet amour parce qu’elle est la seule à connaitre la seule erreur qu’il a commise dans sa vie professionnelle.

Vous allez me dire qu’un personnage ne suffit pas à tenir un roman. Non, évidemment, mais il est tellement vrai qu’il joue pour beaucoup dans l’intérêt de la lecture. Ensuite vient le style de l’auteur que je qualifierai de simple, mais surtout de bigrement efficace. Olivier Kourilsky a une façon de dessiner des scènes qui font qu’elles s’impriment immédiatement derrière nos rétines, alors qu’il se passe de grandes descriptions. Il y a aussi ces rebondissements dans l’intrigue, qui la rendent à la fois passionnante et pleine de suspense, relançant sans cesse l’intérêt de la lecture.

La seule chose sur laquelle je me pose des questions, est l’alternance entre la première personne du singulier pour Arribeau et la troisième personne du singulier pour l’enquête faite par les policiers. Ce changement de narration me fait me demander pourquoi l’auteur a choisi de faire parler Arribeau, alors que cela aurait pu passer autrement. Vous avouerez que c’est un bien petit reproche, surtout que c’est un roman policier qui sous ses atours classiques d’enquête, s’avère être une bien belle surprise … jusqu’à la dernière page. En tout cas, pour ma part, je l’ai lu en une journée, tant j’ai trouvé ça entrainant, et la couverture est aussi belle que l’intrigue est passionnante.

Aux animaux la guerre de Nicolas Mathieu (Actes sud)

Attention, Coup de cœur !

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je me devais de lire ce roman. Tout d’abord, c’est un premier roman, et j’adore ça. Ensuite, les amis Claude Le Nocher et Jean Marc Lahérrère en ont parlé, voire encensé. Effectivement, c’est un roman qu’il faut lire, impressionnant.

Dans les années 60. Pierre Duruy fut un tueur de l’OAS, le genre à ne pas se poser de questions, sans pitié, le genre à tuer de sang froid une femme que l’on soupçonne de faire partie des ennemis.

De nos jours, dans les Vosges. L’usine Velocia fait vivre la petite ville, voire même la région. Tout le monde y travaille, tout le monde se connait. Martel fut soldat à l’armée avant de devenir syndicaliste à l’usine. Puis, un peu par hasard, il est entré au CE. S’occupant de sa mère gravement malade, il se saigne pour lui payer une honorable maison de retraite. Puis, il a commencé à prendre de l’argent dans la caisse du CE. Pas beaucoup, de petites sommes, mais de plus en plus souvent. A la veille du contrôle fiscal du CE, il s’aperçoit qu’il manque 15 000 euros. Comment a-t-il pu se laisser aller comme cela ?

Rita Kleber est inspectrice du travail. Elle est d’une rigueur rare et d’ailleurs, l’affaire dont elle s’occupe est celle d’un stagiaire-boucher qui se fait exploiter par son patron. Elle arrive à dénouer les mensonges du patron et le menace s’il continue son esclavagisme.

Bruce est un collègue de Martel, un mec bati comme un camion. Il passe son temps à sculpter son corps. Pour boucler ses fins de mois, il assure la sécurité de petits concerts. Bruce est le petit fils de Pierre Duruy et le frère de Lydie, jeune femme immature.

Deux événements vont bouleverser la vie paisible de cette petite ville. Une nuit, les patrons de Velocia déménagent une presse de l’atelier sans prévenir personne, pour l’envoyer dans un pays où le cout de la main d’œuvre est moindre. En parallèle, Rita récupère une jeune femme étrangère, très belle, qui semble s’être échappée de son tortionnaire.

S’il y a un roman à citer sur la vie d’une petite ville en temps de crise économique, je crois bien que c’est celui-là. Prenant comme principe de centrer son intrigue sur les personnages, Nicolas Mathieu passe de l’un à l’autre pour faire avancer son histoire, tout en trouvant les petits détails qui font que cette histoire sonne vraie, juste, à tout moment. Même si les personnages ne sont pas forcément sympathiques, on les suit avec un grand intérêt et surtout, on a envie d’en savoir plus.

A la fois chroniques d’un temps qui s’éteint, à la fois chroniques sociales, ce roman se distingue par ces scènes choc, non pas par leur violence mais plutôt par ces petites phrases, ces petits dialogues, qui réveillent en nous ce que certains doivent connaitre aujourd’hui. Et il y en a tellement que c’est difficile pour moi de les citer. Quand Rita négocie avec le boucher, quand elle achète des habits pour la jeune échappée, quand Martel essaie de se sauver, quand les discussions avec la direction tournent autour du déménagement de la presse, ce sont autant de scènes incroyablement justes, vraies.

Ce roman est tellement fort dans sa simplicité qu’il pourrait bien entrer au panthéon des romans sociaux sur la France d’aujourd’hui, juste à coté de Lorraine Connection de Dominique Manotti. Vous n’y trouverez pas de scènes impressionnantes, mais une intrigue implacable, montée avec des personnages simples, des gens de tous les jours comme vous et moi. Et quand vous lirez le dernier chapitre, vous ne pourrez pas oublier ce voyage dans cette petite ville des Vosges, qui vous tirera bien quelques larmes ou bien des accès de rage. Coup de cœur !

Retour en noir de Jean Pierre Ferrière (Noir Délire)

Avec plus de 70 romans au compteur, Jean Pierre Ferrière fait partie des auteurs français prolifiques encore en activité pour notre plus grand bonheur. Retour en noir marque son retour après Dérapages en 2011.

Nous sommes en France, dans les années 60. Nathalie Farnel est une actrice qui a une quarantaine d’années, et qui a connu le succès au cinéma avant de tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, elle joue dans des pièces de théâtre et fait des tournées en province dans des salles à moitié vides. Elle regrette le bon temps, quand les gens l’adulaient et qu’elle n’avait pas à se soucier de l’argent.

Quand elle revient sur Paris, elle découvre qu’un de ses anciens films est ressorti et connait un grand succès dans les salles obscures. Il s’agit de Dévotion de Richard Stresner, qui fut tourné en 1944. Le réalisateur a été accusé de collaboration à la libération et est mort en détention. Finalement, elle se décide à aller voir le film, et s’aperçoit que la fin a été changée, puisque la femme mariée décide de rejoindre son amant, alors qu’il était prévu qu’elle reste avec son mari.

Elle décide alors de reprendre contact avec l’assistant du réalisateur, Pierre Rémusat, qui lui parait abandonné et dépressif. Il a tout donné à Richard Stresner et personne ne lui propose rien. Nathalie voit dans le succès du film une occasion de revenir sur le devant de la scène, et l’interview à Hervé de Saint Lieu une bonne occasion d’occuper la une des journaux. Mais le suicide de Pierre Rémusat va tout remettre en cause. D’ailleurs, s’agit-il d’un suicide ?

Si le personnage est Nathalie Farnel, cette actrice déchue, l’auteur se permet de passer de l’un à l’autre, et donc de fouiller quelques caractères tout en nous laissant dans le doute. Car on se demande à chaque fois qui est le gentil et qui est le méchant. Et, en nous trimballant entre chaud et froid, tous sont admirablement dessinés avec leurs qualités et leurs défauts. Et que ce soient les descriptions, les situations ou les dialogues, tout est fait avec une grande subtilité.

Par rapport aux autres romans de l’auteur, on retrouve cette fluidité du style, cette façon irrémédiable de conduire cette histoire jusqu’à une fin dramatique attendue, qui n’est pas celle que l’on attend. Si j’adore toujours la créativité de chaque scène, l’histoire m’a paru plus linéaire, le déroulement plus construit. Et puis surtout, le personnage de Nathalie Farnel qui peut apparaitre comme une victime se trouve être un sacré personnage trouble, obligé de commettre des horreurs pour assouvir un objectif qu’elle finit même par oublier, aveuglé par un Graal inatteignable.

Jean Pierre Ferrière nous donne à lire une bonne histoire où, l’air de rien, on dissèque la psychologie humaine, où il nous montre le monde des strass et leur futilité, où personne n’est tout blanc ni tout noir, tout cela avec une simplicité qui force le respect. Chacun a ses propres motivations, et va utiliser les autres pour arriver à ses fins et ce ballet s’avère finalement un opéra intemporel. Ce roman est une belle occasion de découvrir cet auteur si ce n’est déjà fait.

 Retrouvez l’avis de l’ami Claude ici

20 manières de se débarrasser des limaces de Jan Thirion (Editions Lajouanie)

Si vous lisez du polar, vous avez certainement déjà entendu parler de Jan Thirion. Et pourtant, vous n’aurez pas forcément ouvert un de ses romans ou nouvelles, vous n’aurez pas forcément lu une page de lui. Et pourtant cet auteur français en est à son quinzième roman, et il manie l’humour noir comme le boucher manie l’escalope. Avec délicatesse et cynisme de bon aloi.

Son dernier roman en date met en scène des gastéropodes. D’ailleurs, c’est indiqué dans le titre. Et, effectivement, on y trouvera des recettes pour tuer les limaces … mais ce n’est pas le sujet. Et si vous lisez la quatrième de couverture, cela ne vous aidera pas plus, si ce n’est que vous aurez la description des quelques personnages qui peuplent cette intrigue. Alors, de quoi parle exactement ce livre ?

C’est un roman de personnages, où chaque chapitre présente l’un d’eux. Cette alternance se fait avec simplicité, et cela forme une sorte de puzzle où la dernière pièce viendra se mettre en place à la toute fin. On y trouvera un journaliste, Sami, personnage central, qui veut devenir reporter de guerre, et qui passe son temps à faire des enregistrements. D’ailleurs, c’est le seul à parler à la première personne du singulier. Il y a Marc, tueur à gages, qui élève ses enfants comme il peut. Il y a le président de la république, encombré par une bêtise de jeunesse (il a tué sa femme) et qui veut gommer son égarement. Il y a Bela, jeune femme, qui fait partie d’un groupe terroriste. Il y a le colonel Blu, qui obéit aveuglément au Président, mais qui sait des choses. Il y a une petite fille, enlevée par un groupe terroriste, et qui va tout déclencher. Et il y a les limaces.

Entre polar sérieux au scenario implacable et farce cynique, ce roman compare les hommes aux limaces. On y trouvera mille et une façon de se débarrasser des limaces, certes, mais on y trouvera aussi une multitude de personnages où tout un chacun se retrouvera tout à tour dans le rôle de la limace ou de l’exterminateur de limaces. Car la limace ne cherche qu’une chose : s’empiffrer, quitte à se noyer dans une coupelle de bière.

Ne croyez pas que c’est un roman léger, écrit par-dessus la jambe. Le scenario est costaud, tous ces personnages vont avoir un lien les uns avec les autres, et ils vont tous se rejoindre dans un final au fin fond d’une forêt des Landes, qui s’il n’est pas spectaculaire, est bigrement noir et surtout bien cruel. Et puis, après avoir avalé ce livre et bien souri, on finit par se demander : Suis-je limace ou exterminateur de limaces ?

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ici