Aux animaux la guerre de Nicolas Mathieu (Actes sud)

Attention, Coup de cœur !

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je me devais de lire ce roman. Tout d’abord, c’est un premier roman, et j’adore ça. Ensuite, les amis Claude Le Nocher et Jean Marc Lahérrère en ont parlé, voire encensé. Effectivement, c’est un roman qu’il faut lire, impressionnant.

Dans les années 60. Pierre Duruy fut un tueur de l’OAS, le genre à ne pas se poser de questions, sans pitié, le genre à tuer de sang froid une femme que l’on soupçonne de faire partie des ennemis.

De nos jours, dans les Vosges. L’usine Velocia fait vivre la petite ville, voire même la région. Tout le monde y travaille, tout le monde se connait. Martel fut soldat à l’armée avant de devenir syndicaliste à l’usine. Puis, un peu par hasard, il est entré au CE. S’occupant de sa mère gravement malade, il se saigne pour lui payer une honorable maison de retraite. Puis, il a commencé à prendre de l’argent dans la caisse du CE. Pas beaucoup, de petites sommes, mais de plus en plus souvent. A la veille du contrôle fiscal du CE, il s’aperçoit qu’il manque 15 000 euros. Comment a-t-il pu se laisser aller comme cela ?

Rita Kleber est inspectrice du travail. Elle est d’une rigueur rare et d’ailleurs, l’affaire dont elle s’occupe est celle d’un stagiaire-boucher qui se fait exploiter par son patron. Elle arrive à dénouer les mensonges du patron et le menace s’il continue son esclavagisme.

Bruce est un collègue de Martel, un mec bati comme un camion. Il passe son temps à sculpter son corps. Pour boucler ses fins de mois, il assure la sécurité de petits concerts. Bruce est le petit fils de Pierre Duruy et le frère de Lydie, jeune femme immature.

Deux événements vont bouleverser la vie paisible de cette petite ville. Une nuit, les patrons de Velocia déménagent une presse de l’atelier sans prévenir personne, pour l’envoyer dans un pays où le cout de la main d’œuvre est moindre. En parallèle, Rita récupère une jeune femme étrangère, très belle, qui semble s’être échappée de son tortionnaire.

S’il y a un roman à citer sur la vie d’une petite ville en temps de crise économique, je crois bien que c’est celui-là. Prenant comme principe de centrer son intrigue sur les personnages, Nicolas Mathieu passe de l’un à l’autre pour faire avancer son histoire, tout en trouvant les petits détails qui font que cette histoire sonne vraie, juste, à tout moment. Même si les personnages ne sont pas forcément sympathiques, on les suit avec un grand intérêt et surtout, on a envie d’en savoir plus.

A la fois chroniques d’un temps qui s’éteint, à la fois chroniques sociales, ce roman se distingue par ces scènes choc, non pas par leur violence mais plutôt par ces petites phrases, ces petits dialogues, qui réveillent en nous ce que certains doivent connaitre aujourd’hui. Et il y en a tellement que c’est difficile pour moi de les citer. Quand Rita négocie avec le boucher, quand elle achète des habits pour la jeune échappée, quand Martel essaie de se sauver, quand les discussions avec la direction tournent autour du déménagement de la presse, ce sont autant de scènes incroyablement justes, vraies.

Ce roman est tellement fort dans sa simplicité qu’il pourrait bien entrer au panthéon des romans sociaux sur la France d’aujourd’hui, juste à coté de Lorraine Connection de Dominique Manotti. Vous n’y trouverez pas de scènes impressionnantes, mais une intrigue implacable, montée avec des personnages simples, des gens de tous les jours comme vous et moi. Et quand vous lirez le dernier chapitre, vous ne pourrez pas oublier ce voyage dans cette petite ville des Vosges, qui vous tirera bien quelques larmes ou bien des accès de rage. Coup de cœur !

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20 réflexions sur “ Aux animaux la guerre de Nicolas Mathieu (Actes sud) ”

  1. Et je suis donc le mouton noir.
    Alerté par les chroniques élogieuses,je l’ai lu et si je reconnais la pertinence de la comparaison avec Lorraine Connection,l’excellence des dialogues,la justesse de certaines situations,je n’ai pas réussi à entrer complètement dans l’histoire et je suis donc bien frustré,déçu tout en reconnaissant que pour un premier roman,c’est un énorme travail et une réussite mais assez loin de ses illustres prédécesseurs Manchette,Fajardie,Oppel.

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      1. Il y a aussi un commentaire très mitigé sur le Blog de JML « Actu du Noir ». « Aux animaux la guerre » est un bon premier roman,certes; mais je suis un peu étonné des critiques dithyrambiques dont il a fait l’objet depuis sa sortie (tant mieux pour l’auteur et son éditeur) . Voilà la question que je me pose à propos de ce type de roman noir : les lecteurs (certains blogueurs et critiques) seraient-ils plus sensibles à la thématique (ce que je pense) et à l’air du temps, qu’à la manière dont elle est prise en compte, dont elle est écrite et conduite?
        Amitiés
        Pierre

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      2. Bonne question, Pierre. Moi même, je l’ai mis dans mon Top10. Et je ne le regrette pas. J’en parle aussi beaucoup autour de moi. Maintenant, je ne pense pas que ce roman soit un chef d’oeuvre, c’est un excellent roman social. C’est aussi une lecture marquante, dans l’air du temps, comme tu dis. Personnellement, je me suis laissé porter par ces personnages, par leur destin inéluctable. Il montre, ne juge pas et ses dialogues font mouche. Et pour arrêter de tourner autour du pot et répondre à ta question : Quel genre littéraire aujourd’hui est capable de donner la parole aux pauvres gens, à part le polar ? Merci de ton message, et de remuer des questions importantes. Amitiés

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      3. Je ne mets pas en doute les qualités d’écrivain de Nicolas Matthieu qui a réussi avec « Aux animaux la guerre » à entrer avec bonheur dans le cercle des bons premiers romans. J’espère qu’il tiendra la route sur la durée et c’est bien tout le mal que l’on peut lui souhaiter (en tous les cas il a l’air bien sympathique). Le polar donne effectivement la parole à ceux qui ne l’ont pas :aux sans-grades, aux petites gens, aux humbles (là le coup est assez réussi). Mais le mundillo du polar tente parfois de nous faire prendre des vessies pour des lanternes en faisant de l’habillage pour nous faire avaler certains romans dans l’air du temps, littérairement moyen mais encensés par la critique (témoin ce débat qui a eu lieu récemment lors d’une manifestation liée au genre où l’on se posait la question de savoir si « le polar ethno »
        ne serait pas la nouvelle forme du polar engagé »? Bon sang mais c’est bien sûr!
        Amitiés
        Pierre

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      4. Oui, je comprends ton point de vue. Littérairement moyen n’est pas le terme que j’emploierai pour parler de ce roman. Ceci dit, oui, l’intrigue traine en longueur, est simple. Mais je trouve dans ce roman de formidables personnages et une justesse de ton qui ont fait tilt en ce qui me concerne. Tous les critiques peuvent encenser ou faire de la pub ou se donner bonne conscience à travers certains titres. Ils peuvent aussi créer une mode comme tu le dis (même si le terme n’est approprié) comme ils l’ont fait avec les polars scandinaves. J’espère en tous cas avoir donné envie de lire ce livre, et surtout avoir décrit de la façon la plus honnête possible mon avis, mon ressenti. Après, chacun ses gouts. Je pense que, au moins les blogueurs ne font pas partie de ces modes qui ne reposent sur rien… même s’ils y participent. D’ailleurs les éditeurs l’ont compris en envoyant des exemplaires de SP. Pour Aux animaux la guerre, je l’ai acheté. Donc je ne fais pas de la complaisance quand j’en parle. J’ai vraiment adoré. Amitiés

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      5. J’ai dû mal m’exprimer. Je ne qualifiais pas « Aux animaux la Guerre » de littérairement moyen (j’ai précisé dans mes deux post que c’était un bon premier roman, assez réussi et que j’avais apprécié). J’ai fait une digression à propos de l’air du temps et des modes en faisant référence à ce que certains appelle le polar ethno et qui seraient le nouveau polar engagé ou l’art de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Pour être clair je parlais de Yeruldelgger, de Mapuche et de Le détroit des loups…trois romans encensés par la critique….mais je ne discute pas les goûts et les couleurs!
        Amitiés
        Pierre

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      6. Effectivement, j’avais mal interprété tes propos. Le polar ethno, pour moi, ce n’est qu’une étiquette de plus. Pour moi, ce qui compte, c’est le plaisir de lire. Après, beaucoup pensent que les gens n’ont pas le temps de choisir, qu’il faut leur faciliter la tache, et donc on subit la maladie des étiquettes et des indicateurs. Des 3 que tu cites, je n’ai lu que Mapuche. Que j’ai trouvé très bon, mais je suis mal placé pour être objectif, car je suis fan de Caryl Ferey. Je trouve ça, comme tu le dis, con (excuse moi le terme) de classer ces romans très différents dans une catégorie réductrice … comme tout classement d’ailleurs. Donc je suis d’accord avec toi, le polar ethno, c’est de grand n’importe quoi. Et vive les bons romans ! Amitiés

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      7. Je ne dirai qu’une chose : Que Caryl prenne son temps. J’aime tellement ses personnages et leur humanité (ce que j’avais évoqié pour Facteurs d’ombres). Pour info, je vais lire le 2ème Manoook probablement bientôt et il faudrait que je lise Olivier Truc … Et dès que Caryl Ferey sort son livre, je l’achète et je le lis dans la foulée, c’est sur ! Amitiés

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  2. Je viens de terminer  » aux animaux la guerre  » et me suis laissée happée par l’histoire. Ne sont pas hyper attachants, ces personnages, mais on veut savoir la suite, ce qui n’est déjà pas si mal !
    J’ai une petite restriction : un petit peu longuet sur les derniers chapitres.

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    1. Salut, ce genre de livre tient grace à la force de ses personnages. Et à la véracité qui ressort des ces scènes incroyablement justes. Tu trouveras les mêmes qualités dans Les salauds devront payer de Emmanuel Grand chez Liana Levi que j’ai trouvé impressionnant. A bientôt

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