Grossir le ciel de Franck Bouysse (Manufacture du livre)

J’en avais beaucoup entendu parler, de ce roman, pour ses qualités stylistiques. Et pour ne pas gâcher mon plaisir, je l’ai pris sans regarder la quatrième de couverture. Je peux vous dire que ce roman est excellent, excellent, excellent.

« C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d’attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passés par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l’année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles. »

Dans ce paysage perdu des Cévennes, deux hommes, Gus et Abel. Ils vivent tous les deux seuls, chacun dans leur coin. On est en janvier 2006, il fait froid, la terre est recouverte de neige et l’Abbé Pierre vient de mourir. Gus est en chasse avec son chien Mars. Un coup de feu déchire le silence des bois, puis un cri retentit. Il n’est pas sur de vouloir savoir d’où cela vient … cela attendra demain …

Il faut se laisser porter par le style de l’auteur, et apprécier ce ton bourru qui va nous accompagner tout au long de ce roman. Et je dois dire que c’est une sacrée découverte personnelle que ce roman, tant le rythme lancinant se fait calme, agrémenté de l’élevage des bêtes et des activités champêtres. Cela sent bon le cru, la campagne perdue où le téléphone n’arrive pas encore dans ces maisons isolées, perdues au milieu des bois. On y part à la chasse avec le chien, dans ce paysage enneigé, pour trouver la nourriture du jour. On va voir le voisin, et on partage le vin de bienvenue, même si ces gens-là ne sont réellement accueillants.

Il y a bien des gens qui passent pour vendre qui des bibles qui des choses dont on n’a pas besoin. On peut dire que Gus sait les recevoir. Car en plus d’être un bon éleveur, il a de la répartie, le Gus. Et on trouve là des scènes fort drôles qui aboutissent au découragement du visiteur. Mais il ne faut pas se mentir, ce roman est un roman noir, dont le fil dramatique va se construire doucement pour arriver à un dénouement à la fois inattendu et violent. Certains pensent que seuls les Américains savent écrire sur la nature et la dureté de la vie à la campagne. Erreur ! Ce roman est formidable, dur, âpre, et original.

Si on a l’impression de se laisser mener, dans cette visite de nos campagnes, c’est pour mieux se faire surprendre par les personnalités de ce roman. Ces hommes sont bourrus, mais pas dénués d’humanité quand il s’agit de se donner un coup de main. Ils ne sont pas attachants, mais ils savent se débrouiller au milieu d’une nature hostile. Et du style aux personnages, ce roman forme un ensemble cohérent et surtout un suspense prenant à propos duquel vous parlerez longtemps. Je suis sur que c’est un roman qui fonctionnera longtemps grâce au bouche à oreille car c’est un roman hors du commun, impressionnant de maitrise qui vous fera voir différemment nos vertes contrées.

18 réflexions sur « Grossir le ciel de Franck Bouysse (Manufacture du livre) »

  1. Ma dernière grande émotion litteraire de 2014 !!! un vrai bijou ce roman ! comme quoi on peut faire un très grand roman avec trois fois rien comme ingrédient,juste un zeste de talent magnifique pour nous offir un livre qui ne l’est pas moins.

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  2. Coucou,
    Je vais me lancer pour ce second livre de cet auteur pour moi. J’aimerais lire la même écriture même si elle est antérieure à son dernier livre, autre chose pour m’ en faire une idée différente en fonction du récit.
    Je viens de terminer un livre Le Jardin des Papillons (le Collectionneur T1, qui fait froid dans le dos. La fin hélas est bâclée, dommage. Au cas où ??? 🙂
    Le T2 me laisserait dubitative et n’est pas encore sorti. Amitiés. Geneviève

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