Le bazar et la nécessité de Samuel Sutra (Flamant noir)

Quatrième aventure de Tonton, ce roman humoristique est aussi un événement, puisque notre gentleman cambrioleur, au bord de la retraite, va se trouver affublé d’un fils. Et pas n’importe quel fils …

Alors qu’il était en train de travailler dans sa gigantesque propriété sise sur les bords de la Marne, c’est-à-dire qu’il était allongé dans le jardin en train de se faire faire les pieds par sa domestique Donatienne, une lettre est arrivée à le faire taire, que dis-je, est arrivée à le laisser ébahi. A tel point qu’il est en resté bouche bée, laissant s’écouler quelques larmes de bave dans sa cuvette.

A ce moment là, Gérard déboule dans sa Mercedes et un superbe dérapage non contrôlé, pour faire part à Tonton qui est aussi son oncle, de son prochain coup. Il trouve Tonton dans un état catatonique inquiétant, et le contenu de sa lettre est sans équivoque : Tonton a un fils. Une larme point au coin de l’œil de l’illustre dérobeur de biens.

Ils s’en vont voir Marylou Bresson, la mère du fils prodigue, qui lui apprend que ce dernier est flic et qu’il rêve de serrer son père. Les rêves de Tonton s’écroulent comme un château de cartes mal monté, et le coup proposé par Gérard va lui donner l’occasion de donner une leçon à son fils. On n’arrête pas aussi facilement un virtuose du vol de haut vol. Ils vont donc monter un coup pour dérober les joyaux du Maharadja Janaydjamarh.

Sur Black Novel, je vais continuer à chanter (même si je chante faux) les louanges de Samuel Sutra. Car je considère cet auteur comme étant à ce jour l’un des auteurs les plus doués de sa génération. Il est, en effet, capable de se fendre d’une série comique à mi-chemin entre Dortmunder et Les tontons flingueurs et en même temps écrire de merveilleux romans noirs subtils comme Kind of Black. Bref, je vais continuer à parler de Samuel Sutra, car c’est un auteur rare et trop injustement inconnu.

Dans ce nouvel épisode de Tonton, Tonton a affaire avec un fils, qu’il a eu lors d’un épisode oublié, presque une erreur. Et comble de malchance, ce fils est flic. Évidemment, tout ceci n’est pas sérieux, et ce n’est pas le principe de cette série. Prenez un génie de la cambriole, un de ceux qui sont capables de dérober un joyau sans effusion de sang ; Affublez le d’une bande de tarés mous du bulbe et vous aurez la base de la série. D’ailleurs, le moins débile de la bande est aveugle, c’est vous dire …

Si le scenario de ce nouvel épisode est toujours aussi bien construit, tout en restant assez simple (car il ne faut pas non plus se prendre la tête, c’est de la grande littérature de divertissement), j’ai ressenti à sa lecture une sorte de retenue de la part de l’auteur. On n’y retrouve pas l’humour déjanté de l’épisode précédent mais plutôt de l’humour drolatique basé sur des phrases longues issues d’un autre temps. Et cela me fait toujours aussi rire.

On y retrouve aussi des maximes en début de chaque chapitre, qui sont autant de vérités hilarantes, que l’on devrait lire et relire chaque matin. Telle celle là : « Je ne remets jamais à demain ce que je peux me permettre de ne pas faire du tout. » ou bien celle-ci : « L’abus d’alcool est dangereux. Surtout pour la santé de ceux qui me parlent mal quand je suis bourrée. ». Ou bien : « Un conseil, Gérard. Les femmes, n’essaie jamais de les convaincre. Attends juste qu’elles changent d’avis ».

Et puis il y a ces descriptions géniales qui, au passage, vous donneront une idée du style de ce livre. J’en veux de celle-ci qui montre l’arrivée de Tonton chez son amour de jeunesse et où on découvre la propriétaire des lieux :

« La porte se déverrouilla de deux coups de clefs retentissants et, à hauteur de regard … rien. Rien, car à son ancienne conquête, Tonton n’avais pas du faire chavirer que le cœur. Il avait du lui mettre la tête en bas une paire de fois, car la souris voyait le monde en contre-plongée et plafonnait à un timide mètre cinquante du sol. Taillée dans un bâton de sucette, elle devait chausser du 30, se fringuer au rayon layette de luxe et être passée reine dans l’art des nœuds marins à force de s’arrimer le sous-tif en lui faisant faire deux tours de poitrine. »

Génial, je vous dis.

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7 réflexions sur “ Le bazar et la nécessité de Samuel Sutra (Flamant noir) ”

  1. Nous sommes bien d’accord sur les talents du Monsieur ! Et en effet, s’avoir passer d’un « Kind Of Black » à la série de « Tonton », il faut avoir une sacré plume. Et il mérite amplement d’être mieux connu dans le milieu littéraire.

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