Miettes de sang de Claire Favan (Toucan)

Après Le tueur intime, Le tueur de l’ombre et Apnée noire, Miettes de sang est le quatrième roman de Claire Favan. Seulement. Je dis seulement, car à la lecture de son dernier roman, on sent une telle maitrise que l’on a du mal à imaginer que ce n’est que la quatrième.

Comment prendre le lecteur à contre pied … ou à contre œil ? C’est un peu la réflexion que je me suis faite en fermant ce livre. Devant la pléthore de romans policiers et autres thrillers qui sortent chaque année, il est bien difficile de trouver des traitements originaux. Dans celui de Claire Favan, tout est tenu à bout de bras par son personnage principal, Dany Myers. C’est un jeune homme timide, effacé, qui vit dans l’ombre d’une mère possessive et autoritaire. Son père était le chef de la police locale et un véritable héros. Lui a atterri dans la police en tant que lieutenant grâce à un coup de piston, du moins c’est ce que tout le monde pense au poste. C’est pour cela qu’il s’attire les foudres de ses collègues.

Invité à diner chez Sean Elliott, le capitaine, Dany accepte même s’il ne comprend pas pourquoi Sean lui fait cet honneur. Quand il arrive, toutes les lumières de la maison sont éteintes … Bizarre ! La porte est ouverte … Bizarre ! A l’intérieur, c’est le massacre. Sean a été torturé, découpé. Le sang décore les murs. Et la femme de Sean, May s’est apparemment suicidée.

Dany, choqué, va vouloir enquêter mais Ben, qui doit prendre la suite de Sean le prend de haut, le traite comme un débile, l’insulte. Pour Ben, May a tué Sean et s’est suicidée, affaire classée. Dany n’y croit pas. May est très croyante, elle n’aurait pas commis l’irréparable. Quand il découvre quelques jours plus tard une scène identique où une famille est assassinée et le fils présumé coupable, les similitudes sont trop flagrantes. Il va vite s’apercevoir que ces événements font partie d’une série.

Au risque de me répéter, J’adore Claire Favan par sa façon de construire ses personnages. J’aime sa façon de poser ses pions, et de dérouler son intrigue sans que je puisse en deviner la fin avant la dernière page. Bref, pour moi, Claire Favan écrit du divertissement haut de gamme, et réconcilie les amateurs de romans policiers et les amateurs de thriller. Car, l’autre qualité que j’apprécie par-dessus tout chez Claire, c’est l’absence de scènes sanguinolentes. Certes, il y a des meurtres, ils sont horribles, mais elle nous fait la grâce d’éviter des descriptions gore.

Ici, nous avons un personnage en béton, un lâche, un pleutre, un timide, le genre de personne que l’on peut confondre avec une ombre dans la rue, tant il est transparent. Il est rare de trouver des romans avec des antihéros aussi marqués, ou alors on les trouve généralement dans des romans comiques, où ils font office de victimes. Ici, Dany est sur le devant de la scène, et il s’en excuse presque … Alors même si parfois, je trouve que Claire grossit un peu trop le trait, en insistant sur le fait qu’il est maltraité, insulté, je dois dire que certaines de ses réactions sont remarquablement bien trouvées et qu’elles créent chez le lecteur une sympathie immédiate.

Le ton du roman est sérieux et Claire nous montre le vilain gentil canard, le mouton blanc du troupeau puisqu’il va vite découvrir par hasard que tout le poste de police est corrompu jusqu’à la moelle. Si la situation n’est pas inédite, ces deux faits mis bout à bout participent à la construction psychologique du personnage et au déroulement de l’intrigue. Et on le sait bien, quoi de mieux qu’un personnage seul contre tous, enquêtant envers et contre tous. Et pour le coup, Dany se retrouve bien seul dans tous les compartiments de la vie.

Claire Favan est aussi très douée pour mener son intrigue. Le déroulement est remarquablement logique, les pierres se montent sans accroc sur le mur, et vous pouvez être sur de ne pas deviner le dénouement. Ajouté à cela une fluidité du style que beaucoup peuvent lui envier, ces Miettes de sang s’avèrent un excellent divertissement qui a le mérite de jouer avec les codes de plusieurs genres. Grâce à toutes ces qualités, il est évident que ce roman plaira au plus grand nombre. A vous de plonger dans cette histoire sombre, et de suivre Dany dans sa misérable vie.

14 réflexions sur « Miettes de sang de Claire Favan (Toucan) »

  1. Bonsoir Pierre.
    Pour moi c’est mon cinquième livre après une grosse et longue interruption après la parution de ses deux premiers livres qui se suivent.
    Dans celui-ci j’admire une autre maîtrise de la composition de son texte, après Inexorable que j’ai adoré.
    Quelle construction élaborée, soignée. Il y en a des pistes dans toutes les pistes que notre lieutenant doit suivre. Elle est parfaitement arrivée à m’exaspérer sur le caractère de ce personnage tel que tu le décris et que j’ai eu tant de fois envie d’aller secouer pour se révolter. Et je me suis dit : »Bien joué Claire Favan ». J’ai un peu interrompu ma lecture à cause de ce personnage. J’ai repris et l’enquête a pris le dessus. Pour la fin j’avais quelques soupçons, rien de concret, ce n’est que lorsqu’il interpelle enfin un suspect, que je comprends. Je me suis demandée comment l’auteure allait nous servit la fin. Et, tout n’est qu’en grenage hélas dans ce livre. La fin m’a beaucoup attristée de par le déchaînement inéluctable de la vérité. Je retiens une chose, la construction élaborée et parfaite de ce livre. Elle m’a scotchée par cette écriture fluide, simple dans l’étude des personnages. Je devrais aller lire si Yvan l’a interviewée à ce sujet sinon sur YouTube et l’écouter en parler.
    Bonne nuit Perré et merci pour ta chronique très juste.bizzz

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    1. Salut Geneviève, J’ai beaucoup aimé Miettes de sang et probablement plus encore Dompteur d’anges. Je n’ai pas lu Inexorable ni son dernier Les cicatrices qui attendent gentiment leur tour dans mes bibliothèques. En fait, en ce moment, je n’ai pas envie de lire ce genre de polar; je suis plutôt dans le politique, et de retour en 1968. BIZ

      Aimé par 1 personne

      1. La politique, j’en ai un qui m’attend de Maurice Gouiran Franco est mort jeudi. Le troisième volet de WInslow sur le cartel. Pour la politique, ah oui ! Biz

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