L’homme de la montagne de Joyce Maynard (Editions Philippe Rey)

La découverte de ce roman, je le dois à Richard, dit le Concierge Masqué. Je n’aurais jamais eu idée de le lire, pour deux raisons. La première est que ce roman est sorti au rayon littérature blanche, la deuxième est que la quatrième de couverture ma parait bien peu aguicheuse. Tout cela m’amène à une conclusion : Le clivage entre littérature blanche et littérature noire est d’un ridicule risible, ce qui est important, c’est qu’un roman soit bon … ou pas. Mon conseil est donc simple : Ne lisez pas le résumé en quatrième de couverture, achetez ce roman et dégustez.

Dans les années 70, Rachel Toricelli est une jeune adolescente de 13 ans. Les vacances estivales approchent et elle va être obligée de passer ses vacances dans la maison familiale, avec sa sœur Patty, âgée de 11 ans. Elle préférerait passer son temps avec ses copines, qui se targuent d’avoir leur règles et d’être décidées à avoir leur première expérience sexuelle. Au lieu de cela, elle va passer ses journées dans la montagne boisée qui s’élève juste derrière la maison.

Quand le corps d’une première jeune fille est retrouvé dans les bois, cela va pigmenter des vacances qui auraient pu paraitre bien mornes. En plus, c’est le père de Rachel et Patty qui va être chargé de l’enquête. Alors, outre les jeux auxquels peuvent s’adonner deux jeunes enfants laissés libres à elles mêmes par une mère absente (ou du moins un peu déprimée), elles vont se faire des scenarii et essayer d’aider leur père, comme lui les aide en leur donnant des règles de vie.

Quand les meurtres vont s’accumuler, ce père protecteur va être de plus en plus absent. Ajouté à cela qu’il est un charmeur naturel, l’éclatement de la cellule familiale est inéluctable. La relation entre le père et les filles va donc devenir épisodique et Rachel va assister à la déchéance de son père héros, harcelée qu’elle est avec ses problèmes personnels de la découverte de la vie sexuelle.

Ce roman n’est pas un bête thriller, où l’héroïne part à la recherche d’un serial killer. C’est en fait, sous la forme d’un roman écrit par la narratrice, un journal introspectif de toutes les émotions et les attentes que peut ressentir une jeune fille de 13 ans, à l’aube du passage à l’âge adulte. Et l’auteure creuse différents thèmes centrés sur la famille, les relations Père-Fille, sur l’adolescence, sur l’amitié et sur les liens si particuliers entre sœurs. Je me suis souvent dit d’ailleurs que c’est un roman très proche de l’univers de Megan Abbott ou de Thomas H.Cook.

On suit l’évolution de Rachel, de ses relations avec le père héros, figure inébranlable du protecteur, renforcée par le fait qu’il est la vedette de ces événements, puisqu’il passe à la télévision en tant qu’enquêteur sur les meurtres qui surviennent dans cette petite ville. Malgré la menace qui plane autour de cette forêt, les deux enfants vont continuer à s’amuser, comme si de rien n’était. Puis, la police étant en échec devant ces mystères, la pression augmente sur les épaules du père de Rachel, et il y laisse sa santé, devient plus absent, taciturne, fatigué, épuisé. Alors les deux filles vont mener leur enquête pour inverser les rôles et essayer de l’aider.

Le roman est tellement juste, les sentiments exprimés tellement réalistes, que l’on se laisse prendre par cette histoire. On en vient même à oublier les meurtres et à suivre les histoires de famille, on est immergé dans la psychologie de cette jeune fille qui parait à la fois si adulte et si inconsciente. Et cela est d’autant plus fort qu’on se prend d’amitié pour Rachel et pour son entourage. Quand arrivent les événements dramatiques (annoncés mystérieusement au début du roman), ils sont décrits en une seule phrase et ces trois phrases sont tellement simples et bien écrites que l’on est frappé directement au cœur. Et je n’ai pas honte à la dire, j’ai pleuré, j’ai relu ces phrases et j’ai pleuré à nouveau.

Alors, certes, au début, j’y ai trouvé des moments maladroits. Est-ce voulu par l’auteure ou bien est-ce des faiblesses de traduction ? Je ne sais pas, mais je me suis laissé emporter, j’ai dévoré cette histoire, j’ai parcouru ces sentiers boisés si inquiétants la nuit venue, j’ai voulu aider Rachel, j’ai voulu la serrer dans mes bras. C’est un roman à forte teneur émotive, que je garderai bien au chaud au fond de mon cœur, que je ne suis pas prêt d’oublier, et qui démontre une fois de plus qu’il est bien idiot de vouloir mettre des étiquettes sur les styles de romans, de vouloir séparer littérature blanche et littérature noire. Quand un roman est bon, il est bon, et celui-ci est excellent.

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9 réflexions sur “ L’homme de la montagne de Joyce Maynard (Editions Philippe Rey) ”

  1. Mon ami Pierre,
    Je suis toujours admiratif devant la diversité de la richesse humaine. Tu as adoré ce roman, tu en parles avec une telle sensibilité que tu ne peux vraiment l’avoir aimé qu’à la folie. Le hasard fait que « L’homme de la montagne » est ma prochaine chronique et sans être un mauvais roman, il ne m’a pas mis à genoux. Alors, avec ta permission bien entendu, je mettrai le lien vers ta chronique. La bise.

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    1. Merci, c’est gentil de mettre le lien vers mon billet. J’ai une fille qui va, dans quelques années, avoir 13 ans. Je passe beaucoup de temps à les regarder, à les comprendre. Forcément, ce livre me parle … d’eux et de moi aussi. A part quelsues coquilles de traduction, il m’a énormément touché et ma femme aussi. Amitiés

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  2. J’ai aussi beaucoup aimé ce livre où pour moi le thriller passe au second plan ! J’ai adoré sa manière de raconter ses souvenirs avec sa sœur, la relation avec ce père…un vrai coup de coeur !

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