Trait bleu de Jacques Bablon (Jigal)

Quand j’ai rencontré Jimmy Gallier (le propriétaire des éditions Jigal) au Salon du livre de Paris, cela faisait deux semaines que j’avais lu (dévoré serait plutôt le bon terme) ce petit roman de 150 pages. Et je lui ai dit que je n’avais toujours pas écrit mon avis, car je ne savais pas comment aborder ce billet. Et ça commence comme ça …

« Tout a commencé quand on a retrouvé le corps de Julian McBridge au fond de l’étang que les Jones avaient fait assécher pour compter les carpes. Ils auraient plutôt eu l’idée de repeindre leur porte de grange ou de s’enfiler en buvant des Budweiser et c’était bon pour moi. McBridge n’était pas venu ici faire trempette, ça faisait deux ans que je l’avais balancé là par une nuit sans lune avec un couteau de chasse planté dans le bide. 835 carpes et 1 restant de McBridge. Les Jones avaient un cadavre sur les bras, ils ont commencé à se poser les questions qui vont avec… »

Le narrateur a pris vingt ans pour le meurtre de Julian McBridge. Il reçoit des visites, pas beaucoup, car il n’a personne à qui parler à part Iggy, son meilleur pote, qui est effondré de le trouver derrière les barreaux. Il a droit à des séances de psy, à qui il invente une vie d’adolescent maltraité, parce que c’est ce que le psy veut entendre. Il se lie aussi avec Whitney Harrison, qui visite les prisonniers bénévolement.

Sa vie bascule quand il est libéré, à la suite de la révision de son procès. Il n’a rien demandé, c’est juste que Julian McBridge n’est pas mort d’un coup de couteau, mais d’une balle. Iggy s’est dénoncé. Le narrateur retourne donc chez lui et apprend quelque temps après qu’Iggy s’est pendu en prison. C’est le début de son errance dans racine, d’une âme en peine qui va subir les événements dramatiques qui vont le poursuivre …

Le fait que l’auteur ait situé son roman aux Etats-Unis colle bien avec les paysages gigantesques et délaissés de tout humain. Ne restent que des pauvres bougres courant après un idéal dont ils n’ont pas idée. Alors, il va y avoir des rencontres, des bonnes et des mauvaises, mais plus l’intrigue se construit, plus le château de cartes monte, et plus on se dirige vers une fin inéluctable.

Ce qui est remarquable dans ce roman, dans ce premier roman, c’est surtout ce style sans concession, fait de phrases courtes, de style haché, de descriptions faites d’un seul adjectif, de ce choix judicieux de chaque mot, de cette volonté revendiquée de l’efficacité à tout prix. De ce point de vue là, le roman forme un tout d’une unité rare, et j’y ai surtout vu une passion pour les polars américains, les plus grands. C’est ce que j’avais dit à Jimmy Gallier quand on s’est vus : Il y a du James Sallis dans ce roman.

Alors vous n’y trouverez pas de sang, ni de descriptions au long court, pas de psychologies détaillées, si ce n’est celle du narrateur. Par contre, vous y trouverez un roman avec des fulgurances, de ces phrases qui frappent comme des évidences, de ces traits de poésie qui font d’un simple polar un livre de chevet. Je ne vais pas vous conseiller de le lire, je vous demande de le lire. Jacques Bablon a écrit un grand livre, et qu’il vous plaise ou non, il va vous secouer, sans violence, juste avec ses mots. De la force de la littérature sur la vie.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici.

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8 réflexions sur « Trait bleu de Jacques Bablon (Jigal) »

      1. Oui, mais c’était la petite liste noire, là, maintenant, c’est la toute grande liste noire, celle des blogs à ne pas suivre sous peine de se voir terminer dans le rouge à la banque ! mdr

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