Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion)

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de roman de Val McDermid. Et pourtant, quand on a lu le Chant des sirènes, La fureur dans le sang ou l’excellent Quatre garçons dans la nuit, on devrait sauter sur tous ses nouveaux romans. Dans mon cas, c’est probablement la taille de ses romans qui me fait hésiter. En ce qui concerne Lignes de fuite, mes collègues blogueurs en ont parlé en bien, en très bien même, et donc je me suis lancé. Et une nouvelle fois, je suis tombé sous le charme.

A l’aéroport de Chicago, Stephanie Harker vient passer des vacances avec son petit Jimmy. Elle doit passer les contrôles douaniers avant de prendre sa correspondance et espère que tout va bien se passer. Elle sait qu’elle va faire sonner le portique, car elle a une prothèse métallique dans la jambe. Elle demande donc à Jimmy de l’attendre, pendant que les douaniers lui demandent de passer en cabine. C’est là qu’elle voit un homme s’approcher de Jimmy, et l’emmener. Elle crie, prévient les hommes en uniforme qui ne l’écoutent pas, hurle tant et si bien que les douaniers sont obligés de la calmer au Taser.

Vivian McKuras fait partie du FBI mais vit mal sa mise à l’écart à l’aéroport de Chicago. Il est clair qu’il n’y a pas grand’chose de passionnant à y faire. Cette disparition d’enfant va lui permettre de se passionner pour cette mère de famille. Elle déclenche l’Alerte Amber (l’équivalent de l’Alerte Enlèvement chez nous) et va donc longuement interroger Stephanie Harker, pour essayer de trouver des pistes qui l’amèneraient à retrouver Jimmy sain et sauf.

Stephanie Harker est écrivain fantôme, c’est-à-dire qu’elle est payée pour écrire les biographies des personnages célèbres. Elle passe du temps avec ces stars pour mieux déterminer la façon dont elle doit présenter l’image publique que la star veut donner. Il y a 5 ans, elle a rencontré Scarlett Higgins, une pauvre fille devenue l’idole du peuple à la suite de son passage dans une émission de téléréalité. Petit à petit, Scarlett enceinte et Stephanie vont apprendre à mieux se connaitre et devenir amies.

Si les 50 premières pages peuvent laisser penser à une enquête à la recherche d’un enfant disparu, le ton change brutalement ensuite. D’ailleurs, la narration passe à la première personne du singulier, et on pénètre directement dans la psychologie de Stephanie, dont le métier est de découvrir ses clients stars mais aussi de déterminer la part de vérité et de mensonges dans ce qu’ils racontent. Et à partir de ce moment là, le roman devient plus psychologique que policier, et plus passionnant aussi.

Car avec l’histoire de Stephanie, sa vie privée, et ce qu’elle découvre dans la vie de Scarlett, on se retrouve avec un mystère bien plus grand que la disparition de Jimmy. Et c’est d’autant plus intéressant que Val McDermid nous montre le derrière du décor, des personnages qui peuvent avoir l’air honnête, mais qui, en fait, jouent tout le temps la comédie, même dans leur vie de tous les jours. Séparer le vrai du faux devient à ce moment là un véritable problème, et même nous, nous avons du mal à déterminer la part d’honnêteté dans les relations que l’on lit entre ces deux femmes.

Et puis, il y a ces relations avec la presse people, avec les medias en général. Car on retrouve des gens qui ont décidé de se mettre en lumière pour le meilleur et pour le pire. Le pire, c’est ce harcèlement constant dont ils font preuve. Je me dis qu’ils l’ont bien cherché, mais à travers quelques événements qui apparaissent par la suite, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un malaise devant ces charognards, armés d’une caméra à l’épaule.

Et plus on enchaine les pages, plus le livre devient passionnant, à la fois par les événements que Val McDermid invente, même si certains m’ont semblé jusqu’auboutistes, à la fois par cette justesse dans la peinture des personnages. Et cela ne serait pas complet si je ne précisais pas un formidable revirement de situation qui remet à plat tout ce que vous aviez pu échafauder comme hypothèses. Une nouvelle fois, Val McDermid, en grande auteure de talent, a su construire un roman qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. C’est du costaud, du roman psychologique comme on aimerait en lire plus souvent.

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9 réflexions sur “ Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion) ”

  1. Comme toi j’avais lu les 3 monuments que tu cites, et puis, je ne sais pourquoi, j’ai arrêté de la suivre. Et bien ta chronique va me précipiter vers ce dernier !

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  2. Salut Pierre
    Je connais mal l’œuvre de Val McDermid, mais ce suspense-là m’a carrément séduit. Sans doute parce qu’il explore la vie des protagonistes, sans qu’il s’agisse seulement d’une « traque » du ravisseur.
    Amitiés.

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    1. Salut Claude, Si tu as le temps, j’ai mis les 3 romans que je préfère de Val McDermid. Mais du temps, on en manque tous ! L’aspect psychologique est toujours important dans ses romans, avec la défense des minorités ou des homosexuels. Ici, c’est un autre aspect de la vie quotidienne qu’elle explore, tout en conservant quelques zones sombres. Une très grande réussite avec un suspense jusqu’au dernier chapitre. Amitiés

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