Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky (Atelier Mosesu)

Inutile de vous dire que j’avais peur d’ouvrir ce roman. Et pourtant, je l’ai acheté au Salon du Livre de Paris, parce que je pensais que c’était une lecture importante, et je ne me trompais pas. C’est une lecture importante, ô combien importante.

Gunther Frazentich est un vieil homme maintenant. Il se rappelle sa jeunesse, lui qui est né en 1918 d’une famille de fermiers. Il était peu attiré par les travaux liés à la terre ; il était plutôt attiré par le dessin. Dès qu’il avait un peu de temps, il prenait une feuille de papier, un fusain et se mettait à tracer des traits. Ses parents ne voyant pas l’intérêt de nourrir une bouche inutile, ils l’ont envoyé, à l’âge de vingt ans, via le parti nazi pour construire le camp de Ravensbrück.

Ravensbrück était un camp de femmes. Il participa à sa mise en place, puis il passa gardien, avant qu’un des nazis découvre son talent. A partir de ce moment, les soldats, les dirigeants vont lui demander de dessiner ; certains voulaient leur portrait pour flatter leur fierté ; d’autres voulaient qu’il participe à la grande œuvre du docteur de la morgue : dessiner le corps humain sur lequel ils se livrent à des expérimentations.

Gunther n’est pas homme à se rebeller. D’ailleurs, il aurait très rapidement été exécuté. Alors, il se réfugie dans son art, essayant de dessiner pour oublier, mais aussi pour laisser une trace, faire de son art un témoignage des horreurs auxquelles il va assister.

Il vaut mieux avoir le cœur bien accroché pour lire ce livre. Car si le sujet peut faire peur, le traitement est encore pire que ce que l’on peut imaginer. Car les atermoiements de ce jeune homme vont très vite devenir un témoignage plus vrai que nature de ce qui s’est passé dans ce camp de la mort. On assiste aux débarquements de plus en plus nombreux de femmes, qui arrivent avec des formes féminines, des cheveux soyeux, pour finir par des corps dépouillés de toute fierté, de toute vie.

On y assiste à toute la vie du camp, de la tonte, des repas miséreux, des intimidations, des tortures, de l’absence de soins, des autopsies horribles, des morts par milliers, des corps brulés. Il y a bien un semblant d’histoire d’amour qui pourrait relever, soulager le ton d’ensemble, mais non, c’est bien l’horreur la plus totale à laquelle on assiste, comme un spectateur involontaire mais révolté.

Alors, dans notre période trouble, où des cinglés parlent de détails de l’histoire, où des excités du bulbe prônent la violence et la haine d’autrui, ce roman en forme de témoignage apparait comme une lecture utile, nécessaire, obligatoire pour que plus jamais on ne puisse revivre ce genre d’horreurs. Un roman important à ranger à coté de La mort est mon métier de Robert Merle.

Ne ratez pas les avis des amis Claude, Oncle Paul ou Loley, ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Publicités

16 réflexions sur “ Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky (Atelier Mosesu) ”

  1. Déjà noté sur ma liste depuis sa sortie ! Niveau roman dur sur cette période, j’en ai déjà lu quelques uns dont certains que je n’ai jamais terminé car j’arrivais à mon point de non-retour.

    J'aime

  2. Bonjour Pierre
    Un roman dur en effet, mais la réalité fut peut-être encore plus cruelle. Et il est bon que ce genre de roman existe, surtout en ce moment où les dérives racistes, sectaires, homophobes se multiplient
    Merci et amitiés

    J'aime

  3. Merci pour le lien, Pierre.
    Tu fais bien de souligner la résurgence de l’intolérance, qui conduit plus ou moins vite à l’autoritarisme haineux et à la répression mortifère. Les fanatiques de tous horizons ne liront pas ce genre de livres. C’est donc aux citoyens de rester vigilants.
    Amitiés.

    J'aime

    1. Salut Claude, ton billet et celui de Paul, sans oublier l’interview du concierge sont des avis très bien écrits qui ne m’ont pas inspiré mais qui m’auraient donné envie de lire ce livre. Je souhaite qu’un grand nombre le lise pour ne pas oublier. Même si j’ai du mal à comprendre comment on peut arriver à de telles atrocités. Amitiés

      J'aime

  4. Belle chronique, très touchante.
    Je ne sais pas si je suis encore capable de lire ce genre de romans. Je sais que c’est nécessaire mais je suis comme Belette. …dur pour moi d’aller au bout. ..
    C’est drôle. ..on lit parfois les pires horreurs au fil de nos lectures mais quand ça touche la vérité, ça devient insoutenable. En tout cas pour moi.

    J'aime

    1. Je suis dans le même cas que toi, même si les horreurs, aujourd’hui, les horreurs littéraires ne m’intéressent plus. Bien que ce soit un roman, ça sent la vérité alors que l’auteur n’a pas connu les camps. Et la vérité dépasse la fiction. L’imagination de l’homme n’a pas de limites dans l’horreur.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s