Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar (Asphalte)

Après La vie est un tango, les éditions Asphalte nous donnent à lire le deuxième roman de Lorenzo Lunar. On retrouve toutes les qualités de son premier roman ainsi que son personnage de flic, Leo Martin. Du pur plaisir, de la lecture intelligente.

Le roman se déroule à Santa Clara, Cuba. Pedrusco, le spécialiste du cirage, se réveille difficilement de sa cuite de la veille. Il vient de découvrir un cadavre, à coté de la gare routière. Leo Martin est rapidement sur place. La mort remonte à 4 heures du matin. Le mort a eu la tête écrabouillée par un objet contondant, comme un marteau de cordonnier.

Le mort s’appelle Francisco Cordié Montero, il avait 45 ans, Après avoir été enseignant, il devient danseur professionnel, déménage à Varadero et vit chez une vieille dame qui meurt subitement. Francisco hérite de la vieille dame et monte des spectacles. Il est aussi connu pour être bisexuel et proxénète.

Leo Martin pense tout de suite à son ennemi juré, Chago Le Bœuf. De profession cordonnier, il officie dans tous les trafics possibles, mais s’en est toujours sorti. Ce même jour, Leo Martin reçoit une visite. C’est Chago Le Bœuf qui vient porter plainte : on lui a volé un marteau. Leo Martin a du mal à le croire. Mais Chago Le Bœuf lui conseille de faire le tour des prostituées pour faire avancer son enquête de meurtre.

Ce roman est plus costaud que le premier. Comprenez qu’il a un peu plus de pages, et surtout que le style s’affirme. Lorenzo Lunar garde son style direct, et nous donne une leçon sur l’équilibre entre narration et dialogues, des dialogues remarquables d’ailleurs. Si on pourrait rapprocher cet auteur des grands auteurs américains, auteurs de polars noirs sociaux, c’est à mon avis parce qu’il est lui-même libraire, et qu’il a du assimiler certains codes du polar.

Le personnage de Leo Martin est un témoin de son époque. Comme dans le précédent roman, il a l’occasion lors de son enquête de côtoyer beaucoup de gens et de se retrouver dans des situations qui montrent leur quotidien. Après nous avoir montré les regrets que les anciens ressentaient comparativement à la vie moderne, nous nous retrouvons dans une société extrêmement pauvre. Le seul avenir pour les femmes est de se prostituer afin de se trouver un mari ou un amant qui a un bon poste politique. Sans prendre parti ou même juger ses congénères, Lorenzo Lunar montre, détaille et d’une certaine façon dénonce.

Il y a aussi cette pauvreté, à propos de laquelle l’auteur ne s’appesantit pas, mais qui est bien présente et pesante. Il n’y a qu’à voir la mère de Leo préparer une soupe avec ce qui lui reste dans la cuisine. Ou bien, les gens qui attendent les bons pour obtenir de l’huile et pouvoir faire enfin une vinaigrette digne de ce nom. Ou encore, l’attente devant la pizzeria qui dépasse les deux heures, mais à propos de laquelle les gens se sont résignés … parce qu’ils n’ont tout simplement pas le choix.

Ce roman de Lorenzo Lunar, c’est une intrigue policière très bien ficelée, c’est un style percutant, des dialogues formidables. Et c’est aussi une lecture intelligente, c’est une sorte de reportage, c’est un état des lieux d’un pays qui s’enfonce dans la course pour l’argent, laissant sur le bas-côté le peuple qui crève de faim. C’est une photographie du Cuba d’aujourd’hui vue de l’intérieur. C’est un roman fort. Lorenzo Lunar est le héraut du Cuba moderne.

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6 réflexions sur « Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar (Asphalte) »

  1. Mon ami Pierre, comme tu me fais envie, là. Je vais sûrement ajouter à ma liste de souhaits ce Lorenzo Lunar, en commençant par le premier, j’aime bien faire les choses dans l’ordre.
    Magnifique billet que tu nous as pondu là. 🙂

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