Une nuit trop douce pour mourir de Maurice Gouiran (Jigal)

Cela fait un petit bout de temps que je suis les productions de Maurice Gouiran pour deux raisons principales : son style est redoutablement efficace et Maurice Gouiran met toujours le doigt là où ça fait mal. Ce nouveau roman ne déroge pas à cette règle.

Ancien journaliste, aujourd’hui à la retraite, Clovis Narigou n’hésite pas à filer un coup de main à ses amis pour enquêter et résoudre des affaires complexes. En cette fin de journée, Clovis est invité par Raf sur son voilier de pêcheur en galante compagnie, puisqu’ils dinent avec deux stagiaires de la police, Samantha et Davina. Clovis a une faiblesse : il ne peut résister à l’appel de la chair surtout quand il a affaire à des jeunettes.

Deux affaires secouent le microcosme marseillais. La première concerne une guerre entre la mafia corse et la mafia marseillaise, avec un mort par jour. C’est un tel massacre que les clients du bar s’amusent à incrémenter le score comme on regarderait un match de handball. Les discussions deviennent donc : Marseille 15 – Corse 13 ! Dans le même temps, un tueur sévit dans la cité phocéenne et a déjà fait deux victimes. Il a éventré deux jeunes femmes, et son mode opératoire ressemble étrangement à Jack l’éventreur. Pour autant, il n’est pas considéré comme un tueur en série, puisqu’on ne dénombre que 2 mortes !

Quand la troisième victime est découverte, la police recherche évidemment les points communs entre les jeunes femmes. Et Clovis, qui enquête en sous-marin, va rouvrir un dossier qui l’a passionné auparavant : celui de Jack l’éventreur. En effet, le tueur se met à écrire des lettres au commissaire qui ressemblent étrangement à celle que Jack envoya à la presse de l’époque.

On retrouve dans cette enquête tout ce pour quoi on l’aime. C’est du bon style fluide, direct, efficace, et on commence à avoir l’habitude de ce personnage immature de Clovis dès qu’une mini-jupe apparait. Par rapport aux autres enquêtes que j’ai pu lire, j’ajouterai un poil d’humour, beaucoup d’érudition sans vouloir étaler sa science sur Jack l’éventreur, et aussi un certain agacement.

Pourquoi je parle d’agacement ? J’ai la sensation que Maurice Gouiran montre certains aspects de notre vie moderne sans vouloir s’appesantir, et qu’on y ressent non plus une colère noire mais plutôt une sorte de haussement d’épaules, comme s’il nous disait : Et voilà comment notre vie devient stupide et absurde. Comme je le disais plus haut, l’exemple des règles régissant les actes d’un tueur en série ou non ! Il faut 3 meurtres pour que l’on daigne lui donner ce « titre » et ainsi bénéficier des logiciels de recoupements d’indices. Moi qui aime l’humour noir, et qui suis cynique de nature, je trouve ça tellement drôle. Comme Maurice Gouiran d’ailleurs.

Donc, Clovis oscille entre deux événements : la guerre corsico-marseillaise et le tueur en passe de devenir en série. C’est le petit bémol que je mettrais vis-à-vis de cette aventure. Maurice Gouiran semble hésiter entre les deux, passant de l’une à l’autre, au gré des balades de Clovis. Ce n’est que vers le milieu du roman que Clovis est appelé à l’aide. Et là, je retrouve le Gouiran que j’aime, tout en hargne, tout en rage noire, vis-à-vis du commerce de nourrissons, pour les couples des pays civilisés.

De quoi vomir, gueuler, hurler ! J’avais déjà lu un roman sur ce sujet (Orphelins de sang de Patrick Bard) et celui-ci en rajoute une couche, version « comment ? Vous ne saviez pas ? ouvrez les yeux ! ». Une nuit trop douce pour mourir, une bonne cuvée, un bon polar, qui une nouvelle fois, fait mouche dans le choix de son roman.

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12 réflexions sur « Une nuit trop douce pour mourir de Maurice Gouiran (Jigal) »

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