Sale époque de Gilles Schlesser (Parigramme)

Ce billet est dédié à mon pote Yvan.

Gilles Schlesser est un auteur dont on ne parle pas assez. Car avec des intrigues policières très bien menées, il nous plonge dans le passé avec un tel talent que l’on est vraiment immergé dans des époques révolues. Ce roman ne fait pas exception à la règle.

1902, Paris est en émoi. Les difficultés économiques font place à la consternation avec plusieurs affaires qui occupent le quotidien des Parisiens. Si Dreyfus vient d’être reconnu innocent, Emile Zola vient de mourir, empoisonné par du dioxyde de carbone du au feu de la cheminée de sa chambre. Dans le même temps, l’une des jumelles Frou-Frou vient d’être assassinée dans les loges des Folies Bergères.

S’il n’est pas en charge de l’affaire Zola, Louis Gardel est suffisamment peiné pour s’intéresser à l’enquête, confiée à son collègue Cornette. Il ne tarde pas à s’apercevoir que le travail est bâclé. Louis Gardel doit lui faire le jour sur la mort d’Olympe de Bléville, l’une des sœurs Frou-Frou. Et pour ce faire, il va être obligé de faire connaissance avec ces deux célébrités du tout Paris.

Ces deux jumelles se sont rencontrées à l’âge de 16 ans, puisqu’elles sont en fait orphelines et ont été placées dans des familles d’accueil. Elles ont rapidement fait le buzz à Paris et ont compté de nombreux amants, qu’elles consciencieusement ruiné par les cadeaux (bijoux, appartements, habits) qu’elles leur ont demandé. Louis Gardel trouve d’ailleurs une lettre de menace dans la loge. Etant donné le nombre de prétendants ou d’amants ou d’amantes qu’elles ont eu, l’enquête s’annonce bien difficile.

Si vous ne connaissez pas Gilles Schlesser, ce roman est peut-être bien celui qui pourrait vous rendre dépendant de ses romans. Car ce roman, outre qu’il soit proposé à moins de 13 euros pour un moyen format, est un pur plaisir de lecture. Car ce roman policier dans la forme montre tant de choses, donne tant de messages importants que c’en est touchant, et en plein cœur.

Le contexte est éloquent, montrant une société xénophobe, deux clans s’opposant violemment depuis le procès Dreyfus. Le sentiment antijuif monte comme un catalyseur de toutes les haines, mettant en avant des boucs émissaires faciles. Et par moments, Gilles Schlesser nous assène des vérités de tous temps, qui sont tellement justes dans les mots choisis, telles celle-ci ponctionnée page 23 :

« La capitale du monde est en train de pourrir de l’intérieur, rongée par l’argent, le sexe, l’effondrement des valeurs, le gouffre abyssale séparant les riches et les manants. Pauvre France … Ces Montesquiou, ces Castellane, ces Morny, ces Sagan qui auraient du être diplomates, entrepreneurs, protecteurs des arts, ne sont que des dandys suicidaires, des oisifs inutiles à la société. »

Ce que j’ai adoré dans ce roman, c’est ce talent de nous immerger dans un autre temps, avec une facilité qui force le respect. Ce sont ces petites remarques, ces petits détails qui font que l’on se retrouve au milieu des rues sales de Paris, entouré de gens célèbres, et que l’on y croit. D’ailleurs, on ne pense même pas à comparer les décors avec ceux d’aujourd’hui, on est juste pris dans le tourbillon du temps. J’en ai même rater une station de métro, c’est dire.

Et puis, il y a l’enquête, formidablement menée et surtout avec un final bien amer, tellement réaliste. Il y a aussi ces personnages formidablement dessinés. Même si Louis Gardel occupe le premier plan, avec son collègue Galabert, les personnages secondaires sont bien présents et sont mieux que de simples à-valoir. Gardel est passionnant, originaire de la province, de Brie Comte Robert (aujourd’hui cette petite ville fait partie de la région parisienne !) ; c’est un homme qui a un complexe d’infériorité face aux Parisiens pur jus. Vous l’aurez compris, c’est un formidable roman policier pour lequel j’ai beaucoup d’attachement, un voyage dans le temps, un livre important aussi par ce qu’il montre, parce que l’on construit l’avenir sur les leçons du passé.

 Ne ratez pas l’ avis de l’ami Claude

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26 réflexions sur “ Sale époque de Gilles Schlesser (Parigramme) ”

      1. Non, hormis les mains qui tremblent quand il boit sa soupe à la cuillère et bien évidemment, il en met plein ses poils de barbe… Bon, on ne le voit pas dans les reportages, mais il a un déambulateur !!

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  1. Je note l’auteur et le titre parce que je ne connais pas Gilles Schlesser. Tu me rends carrément fou, mon ami Pierre et tu n’es pas le seul, c’est ça le pire… du meilleur, évidemment. Amitiés, mon pilleur littéraire.

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    1. Je tiens à signaler, cher ami, que si les auteurs n’étaient pas si bons, je dirais moins de choses et donc il y aurait moins de tentations. D’ailleurs, si on se voit en septembre, je t’amène une brouette de livres ! A bientôt mon ami

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